20.06.2008

Coupables de non-assistance à France en danger!

C’est ainsi que l’Histoire risque bien de nous qualifier, et de qualifier tous ceux qui auront assisté à la lente agonie de la France. Cette agonie, il est important de le préciser, est le sort désormais réservé à de nombreux autres pays européens.

Je m’apprêtais à vous publier un billet sur l’autisme de la HALDE, pour évoquer la croisade qu’elle mène contre notre société et contre les entreprises, quand un vent de terreur s’est subitement abattu sur Vitry-le-François. Tout événement tragique survenant dans une banlieue « sensible » est désormais exploité pour déclencher des expéditions punitives contre la société. Nos médias, dont beaucoup auront été les complices de l’aggravation de la situation en France, nous ont à nouveau ressorti leur couplet sur le niveau de vie des familles de Vitry-le-François, la couleur des murs des quartiers… Pourquoi les médias sont-ils à mes yeux complices de la lente et sûre descente de la France aux enfers ? Parce que ce sont eux qui ont diffusé les analyses fausses ou tronquées sur le sujet de l’échec de l’intégration, censurant dans le même temps les nombreux travaux et réflexions de tous ceux qui avaient déjà commencé à soulever le voile sur l’horreur qui guettait la France.

Le maire de Vitry-le-François, Jean-Pierre Bouquet (PS), raconte au journal le Monde : « Il s’agissait d’un déchaînement de violence, extrêmement brutal, très difficile à contrôler. Le signe, aussi, qu’on fait face, en France, dans notre société, à une violence latente qui peut surgir n’importe quand. »

Une des causes de ces problèmes est que nos hommes politiques, nos journalistes et leurs familles  ne sont pas installés dans ces quartiers, et qu’ils n’y vivent pas quotidiennement. Si eux et leurs enfants avaient participé à y augmenter le taux de mixité sociale imposé par ailleurs aux Français dits « d’en bas » (loi SRU), jamais en effet la République ne se serait retrouvée dans une telle situation. Jamais les écoles de ces quartiers, qui auraient été celles de leurs enfants, n’auraient eu le loisir de se transformer en lieux où nombre d’enseignants travaillent la peur au ventre. S’ils étaient, eux et leurs enfants, confrontés à la réalité de la régression démocratique et sociale imposée à la France, nos hommes et femmes politiques auraient rapidement compris que leurs analyses étaient des plus simplistes et des plus dangereuses. Les journalistes, dont les enfants auraient été scolarisés dans les écoles des quartiers sensibles, auraient miraculeusement su trouver les mots justes pour dénoncer des propositions et des actions politiques qui de toute évidence conduisaient leurs propres enfants, autant que ceux issus de l’immigration, à l’échec et la mise au ban de la société. Le refus de Ségolène Royal, candidate à présider au destin du peuple français, d’inscrire son fils au cours Florent pour cause de quartier trop populaire, nous renseigne sur le niveau de confiance qu’accorde notre classe politique à sa propre capacité à sauver la France du mal qui la gangrène.

Proposition à soumettre à nos élus (qui ne l’accepteront bien entendu jamais) : que la loi SRU soit accompagnée de la publication du taux d’élus, de ministres, de journalistes qui résident dans les quartiers sensibles, c’est-à-dire ceux qui sont prompts à entrer en ébullition.

06.06.2008

Rachida Dati : quand l’hôpital se moque de la charité…

L’annulation d’un mariage à Lille pour cause de non-conformité de la marchandise reçue, et donc retournée à l’envoyeur – car il s’agit de cela et de rien d’autre, tant le statut de la femme se trouve atrophié au sein de certaines familles – suscite de très vives réactions de la part de notre classe politique. Or, cela fait bien longtemps que de telles histoires se produisent sur la terre de France, terre dite des droits de l’Homme. De même que cela fait bien longtemps qu’une écrasante proportion de mariages « mixtes », qui ne possèdent de mixte que le nom, ne sont dans les faits que l’aboutissement de tractations entre deux parties, dans le but de permettre à l’heureux élu, qui réside de l’autre côté de la Méditerranée, d’obtenir ce que je dénomme dans Le puzzle de l’intégration « le fameux sésame ». Par leur nombre très élevé, ces mariages sont devenus une question centrale, car ils sont une cause directe de l’aggravation du problème de la non-insertion et de la non-intégration. Cette question n’est en effet pas étrangère au refus de plus en plus manifeste de l’utilisation, par les migrants et leurs descendants, de la langue française ; au durcissement des positions des « jeunes » issus de l’immigration ; à l’importation d’attitudes ou de convictions que les Français ne sont pas prêts à reconnaître, car ils les considèrent comme antinomiques de l’identité française… Si le taux de mariages mixtes pouvait, à une époque bien antérieure, être le signe d’une amélioration de l’intégration, il est à présent devenu le signe patent de l’échec de l’intégration.

Alors, quoi de neuf sous nos tropiques ? Ce qui est nouveau, c’est qu’apparaît au grand jour, aux yeux des Français de souche, et grâce à l’inacceptable décision du TGI de Lille, la brutalité de situations bien réelles qui ont cours en France. Et à présent, beaucoup de nos hommes et femmes politiques qui savaient déjà tout cela ne peuvent plus détourner les yeux et faire comme s’ils n’avaient rien vu. La classe politique, dont le devoir est d’anticiper, démontre ici avec brio qu’elle est en réalité à la traîne. Afin que la question des mariages de complaisance, qui rend encore plus improbable l’intégration de ceux qui se trouvent déjà sur le territoire français, soit véritablement prise en considération par notre classe politique, souhaitons qu’une affaire terrible – aux yeux des Français – surgisse dans le paysage public. La gouvernance par scandales successifs viendrait ainsi au secours de notre société.

Extrait du Puzzle de l’intégration : « Les familles de l’immigration récente qui ont des enfants en âge d’être mariés, se trouvent extrêmement sollicitées pour conclure des alliances […] Cela pose un problème d’une extrême gravité aux enfants de l’immigration, qui perdent par la même occasion la liberté du choix de leur conjoint, ou qui s’engagent dans une lutte acharnée et parfois désespérée pour la préserver.

Cette aberration couvre tantôt des mariages de complaisance, tantôt des mariages forcés pour que les heureux bénéficiaires puissent à leur tour devenir « Français ». Ce phénomène est connu depuis très longtemps par notre classe politique. En pensant défendre la liberté de mariage des enfants issus de l’immigration avec des étrangers, les Français soutiennent le plus souvent, dans les faits, la confiscation de la liberté de ces enfants de se marier avec le conjoint de leur choix. »

Dans ce contexte, Rachida Dati fait preuve d’un incroyable toupet en rejetant sur la gauche la responsabilité de tous les errements en matière de politique d’intégration, alors que la droite et la gauche ont partagé le pouvoir à quasi-égalité depuis trois décennies. Comment peut-elle se permettre de telles attaques, elle qui a de prime abord trouvé des justifications à cette annulation de mariage? Rachida Dati est-elle bien placée pour critiquer la politique d’intégration menée par la gauche ? Elle qui fut conseillère à la prévention de la délinquance de Nicolas Sarkozy Place Beauvau ; période qui n’a pas vu la délinquance des enfants issus de l’immigration régresser, mais au contraire exploser, comme elle l’exposait elle-même le 22 juin 2007 au Tribunal de Grande Instance de Bobigny. Le coût de l’incarcération d’un mineur, arme lourde mais impuissante bien que très prisée de l’actuel Ministre de la Justice, est d’environ 230 000 euros par an. Ne serait-ce que pour contribuer au nécessaire allégement de la dépense publique, l’État ne devrait-il pas se muscler davantage sur les dossiers dont il se doit d’assumer la responsabilité, puisque le « bien vivre ensemble » en dépend ? Pour mémoire, je rappellerais ici ce que Rachida Dati ne peut en aucun cas ignorer : contrairement à ce qu’elle a osé affirmer devant la représentation nationale, ce qu’elle dénomme « la politique des grands frères » n’a jamais été fabriquée par la gauche…

Il me semble par ailleurs important de préciser que ni la gauche, ni la droite n’ont souhaité mener la France au chaos. Notre personnel politique a considérablement sous-estimé la complexité des problèmes. Il a parié sur le fait que le temps viendrait à bout de toutes les difficultés. Combien de fois ai-je entendu dans le milieu politique : « la France en a vu d’autres » ! Quel regard la société porterait-elle sur un parent qui aurait observé avec autant de détachement et d’indifférence son enfant soumis à une terrible épreuve ?

Vu la gravité des défis que nous devons tous participer à relever, il est irresponsable de dépenser la moindre énergie à tenter de déterminer qui, de la gauche ou de la droite, sur le sujet de l’intégration, a par le passé perpétré le plus grand nombre de mauvaises actions politiques. Je pense qu'il est désormais bien trop tard pour se permettre un tel luxe. Nous devons veiller à nous focaliser sur ce qui se déroule, et il est manifeste que l'équipe politique qui détient aujourd’hui le pouvoir de décision, si elle n’est pas raisonnée à temps, affaiblira de manière irréversible, sans l’avoir prémédité, les fondations de la maison France ; j’insiste sur le terme « irréversible ». L’ironie du sort pour les Français est que l’élection présidentielle de 2007 se sera gagnée sur le thème de l’identité nationale.

 

31.05.2008

De l’accommodement raisonnable dans les sociétés dites développées…

L’« accommodement raisonnable », que je décris dans Le puzzle de l’intégration, est une thèse concoctée par de savants experts et reprise par des hommes politiques gourmands de solutions « prêtes à poser » ou « prêtes à penser », et qui n’ont pas su comprendre que l’insertion des flux migratoires n’était pas un luxe, mais une obligation si l’on souhaitait préserver la stabilité des sociétés d’accueil. Je précise bien que j’évoque ici l’insertion (obligatoire), et non l’intégration (facultative). Voir Le puzzle de l’intégration pour les différences fondamentales entre ces deux concepts.

Extrait du préambule de la Constitution :

« Le peuple français proclame solennellement son attachement aux Droits de l’Homme et aux principes de la souveraineté nationale tels qu'ils ont été définis par la Déclaration de 1789 […] »

Art. 5 de la Déclaration des Droits de l'homme et du citoyen :

« La Loi n'a le droit de défendre que les actions nuisibles à la Société. Tout ce qui n'est pas défendu par la Loi ne peut être empêché, et nul ne peut être contraint à faire ce qu'elle n'ordonne pas. »

Que m’inspire la récente annulation d’un mariage par le TGI de Lille ? La réponse figure dans Le puzzle de l’intégration :

« La société française est encore très loin du modèle de société qui saurait être jugé acceptable par nombre de ses migrants. Elle n’est donc qu’au début des demandes de son adaptation. Son attitude freudienne (compréhension, justification et mansuétude) est systématiquement interprétée comme autant de signes de faiblesse, par tous ceux qui ont été éduqués dans une culture privilégiant les attitudes et les modes de communication basés sur l’autorité et le rapport de forces. Plus elle sera perçue comme accommodante, et plus les demandes d’accommodation afflueront, obligeant de fait l’individu d’origine immigrée à se plier aux lois dictées par son groupe d’origine, et non plus à celles que dicte la République. Une République faible ne sera d’aucun secours pour l’immigré confronté au processus d’insertion, et à plus forte raison à celui de l’intégration.

L’engagement de la République à faire respecter ses fondamentaux soutient et guide, par ailleurs, ceux qui hésitent, ceux qui titubent face aux difficultés de l’acceptation d’une identité différente de celle de leurs ancêtres biologiques. Plus la République sera forte, plus elle sera en mesure de donner force et courage à ceux qui souhaitent l’intégrer, car c’est elle qui assumera, face à son groupe d’origine, la responsabilité de l’adaptation de l’individu dans le processus d’insertion, puis dans celui de l’intégration. Plus la République sera faible et le montrera, plus l’individu se trouvera dans l’obligation de la sacrifier.

C’est à l’État qu’incombe la responsabilité de trouver le moyen de faire triompher le respect de ses fondamentaux, et en particulier ceux des Droits de l’Homme. Celui qui veut s’insérer ne le peut pas toujours, car la réplique de son groupe peut s’avérer beaucoup plus insupportable que celle de la société française. Sans une assurance de protection forte, incarnée par une République qui assume ses responsabilités, beaucoup ne sauront pas franchir le pas d’une insertion, et encore moins d’une intégration, dont le coût peut se révéler dissuasif. La République ne doit plus fermer les yeux ou les détourner, pour simuler n’avoir rien vu. Elle se doit de toujours rester aux côtés des « faibles », et de les protéger en étendant sur eux le manteau de ses valeurs fondamentales. »

La France fut une terre des Droits de l’Homme, mais la France ne l’est plus. Le redeviendra-t-elle ? C’est le défi le plus important qu’elle doit relever dans le contexte d’aujourd’hui. Si elle échoue, elle sera au mieux vouée au sort tragique de la société libanaise régulièrement secouée de convulsions, et au pire à la scission.

29.05.2008

Pourquoi faire compliqué quand on peut faire simpliste ?

Les exemples ci-dessous étant tirés de notre vie politique, je ne peux même pas me permettre la mention « toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite.

_______________

Notre école maternelle ne parvient pas à mettre tous les enfants debout. Beaucoup d’entre eux parviennent encore à quatre pattes à l’école primaire. Cela les empêche de saisir toutes les perches que leur tendent les enseignants du primaire.

Solution : supprimer la maternelle.

_______________

La carte scolaire est contournée par les parents qui ont la possibilité de ne pas faire payer à leurs enfants plusieurs décennies d’errements de notre classe politique.

Solution : supprimer la carte scolaire.

Pour les effets pervers, voir les pays qui ont déjà testé et en sont revenus.

_______________

Les enfants des banlieues sensibles qui souhaitent étudier en sont parfois, et même de plus en plus souvent, empêchés par leurs petits camarades de classe.

Solution : encourager les meilleurs d’entre eux à fuir les établissements de leurs quartiers.

Tout a été prévu. Comme cela condamnera à terme les établissements des banlieues les plus sensibles, désertés par leurs meilleurs éléments, les plus problématiques d’entre eux seront alors fermés, et leurs effectifs répartis dans d’autres établissements. C’est une nouvelle technique d’extinction des incendies : lorsque subsistent des braises, les récupérer et les disséminer. Il faudrait breveter le procédé, puis aller le proposer à tous les pompiers de la planète.

_______________

Le baccalauréat semble n’avoir plus guère de valeur. Même en faisant plus d’un mois de grève par an, la majorité des élèves de Terminale décrochent d’ailleurs leur bout de papier. Un mois d’absentéisme n’a donc aucune incidence sur le taux et le niveau d’acquisition des programmes.

Solution : supprimer le baccalauréat. En prime, cela ferait économiser à l’État le coût de l’organisation des épreuves de vérification des connaissances.

_______________

Nos entreprises rencontrent de plus en plus de difficultés à recruter des thésards pour nourrir leurs activités de recherche. Sur certains sujets de très haute technologie, elles ne trouvent plus un seul Français.

Solution : importer des étudiants étrangers (souvent moins bien formés que nos propres étudiants dans les domaines scientifiques). Tout est prévu : pour les domaines qui touchent à la Défense nationale, la Délégation Générale pour l’Armement tient la liste des pays à éviter ; ceux qui présentent un risque fort de secréter en leur sein de potentiels futurs terroristes, ainsi que les pays actuels ou potentiels concurrents de la France.

Mais, me direz-vous, pourquoi ne pas mettre en place les moyens de garder nos propres chercheurs qui se résolvent, souvent à contrecœur, à l’exil vers les laboratoires étrangers ? Et ne faudrait-il pas également motiver nos jeunes têtes bien formées à s’orienter davantage vers la recherche et l’innovation ?

_______________

De plus en plus de filles sont en détresse, car les garçons les respectent de moins en moins. Ils leur mènent la vie dure. Cela empêche les filles d’étudier dans des conditions normales. Sans compter que beaucoup d’entre elles ne font plus de sport, surtout dans certains quartiers (car ça ne se fait pas… et ne parlons même pas de la piscine !!!)

Solution : inscrire dans la loi la possibilité de séparer dorénavant filles et garçons dans certains cours. Oui, c’est bien ainsi que l’on propose de traiter certains des maux auxquels se trouve soumise la société française du XXIème siècle. Des maux que Fadela Amara identifiait comme liés à l’évolution du machisme de la société française. Il fallait oser une telle explication ; elle l’a fait, et sans complexe !

_______________

Plus de 500 000 emplois ne trouvent pas preneur en France et ce, malgré notre taux de chômage élevé.

Solution : demander au ministère de l’immigration d’importer des quotas d’immigrés.

Mais, me direz-vous, plus de 30% des jeunes sont au chômage dans les quartiers sensibles. Peu importe, puisque Jacques Attali a sorti sa calculette et déclaré : tant d’immigrés importés = tant de points de croissance en plus…

_______________

Les nouveaux entrants rencontrent de très grandes difficultés d’insertion.

Solution : adopter la discrimination positive, et modifier pour cela le préambule de la Constitution.

Pas grand risque de faire des remous, car personne ne dira rien ou presque, et les Français n’en seront même pas avertis. C’est bien plus prudent, car ces derniers tiennent encore trop au legs de leur Histoire : pas assez modernes en effet, pas assez mondialisés.

Seul un député, Jean-Pierre Grand, a tenté, le 21 mai, d’alerter ses pairs au micro de l’Assemblée nationale : « Le préambule et l’ensemble des articles de la Constitution forment philosophiquement, juridiquement et politiquement un tout cohérent. Aussi, vous comprendrez que l’on puisse s’interroger sur les motivations du Gouvernement de dissocier l’examen du préambule de la Constitution du texte aujourd’hui soumis au vote du Parlement, alors qu’une nouvelle rédaction a été confiée par le Président de la République à une commission présidée par Simone Veil. » La presse, quant à elle, a à peine évoqué la question du préambule. Circulez, il n’y a rien à voir !

Comme me le disait très récemment l’un de mes anciens professeurs : un texte aussi fondamental, auquel on aurait apporté une modification qui ferait régresser la France de plusieurs siècles, et qui plus est, sans même en avoir prévenu le peuple, n’a aucune chance de perdurer.

L’avenir nous dira si mon professeur avait vu juste, et si c’est le cas, l’avenir nous dira également par quels moyens le peuple aura alors défait ce que son élite politique aura voulu lui imposer « à l’insu de son plein gré ».

Je tiens à dire le grand respect et l’immense admiration que j’éprouve pour les députés et sénateurs qui parviennent à rester concentrés sur la nature des véritables enjeux, et à garder la tête froide malgré la tension et la fébrilité qui règnent actuellement au palais Bourbon et au palais du Luxembourg, malgré aussi les pressions qui s’y exercent.

Une réforme qui bouleverserait le fonctionnement de nos institutions et la vie dans notre société, ne mériterait-elle pas sagesse et réflexion, plutôt que tractations politiciennes dans et entre les groupes parlementaires ?

15.05.2008

Une pensée pour ce si cher Liban, et aussi pour l’Europe

Le Liban plonge à nouveau dans la guerre civile, traduction de la haine que se vouent désormais les différentes sensibilités en présence. Que dire de ce cher Liban, autrefois surnommé « la Suisse du Moyen-Orient » ? Il y a seulement quelques jours, je lisais des spécialistes exprimant la conviction que le Liban ne renouerait plus jamais avec les guerres fratricides : non, les Libanais avaient bien trop souffert pour s’y replonger ; ils avaient désormais compris que leur destin ne pouvait qu’être collectif. La grande naïveté de ces conclusions m’avait sidérée : je savais le contraire plus que probable, pour une multitude de raisons dont je ne citerai qu’une : toute la structure politique du Liban, toute l’organisation de sa société entretiennent, sur le terrain, le séparatisme des Libanais, le communautarisme. Comment, dans ces conditions, espérer faire naître, à moyen ou long terme, un sentiment d’unité des citoyens qui viendrait transcender toutes les autres dimensions, qui tiendrait à distance tout ce qui fournit prétexte à se regarder comme différents et à se déchirer ? C’est tout simplement impossible !

Dans Le puzzle de l’intégration, j’évoque le grand risque qu’encourrait la France à se « libaniser ». Or elle est à présent en voie de libanisation avancée, et les Français l’ont au demeurant déjà compris. Il faudrait véritablement être aveugle pour ne pas le percevoir, tant cette libanisation se conjugue désormais au quotidien. Au Liban, les tensions dévastatrices sont le fait de groupes qui appartiennent pourtant à la même ethnie, qui partagent le même passé. Qu’adviendra-t-il de la société française, alors que nous sommes dans un cas de figure autrement plus complexe ?

Nous disposions de quelques années seulement pour tenter de redresser la barre, quelques années pour tirer l’enseignement des erreurs passées et bâtir un projet de paix pour l’avenir. Or chaque jour nous apporte son lot d’errements politiques, qui nous coûteront à tous. Car il faut en prendre conscience, nul ne sortira vainqueur de l’irréparable ; le Liban et l’Algérie sont là pour en témoigner.

Il manque à notre classe politique un fil conducteur, un esprit de cohérence qui la mènerait vers la réalisation d’une véritable vision au service de l’intérêt général. Cette regrettable faiblesse n’est pas l’apanage de la France ; elle est malheureusement largement partagée par d’autres classes politiques à travers l’Europe. Signe des temps, et il n’y a là nul hasard, la majorité des élections qui se sont tenues en Europe ont donné le pouvoir à des candidats de droite, flirtant avec l’extrême droite. Le risque est là, bien présent, que les peuples européens, désormais trop inquiets pour réfléchir un tant soit peu, ne réinstallent le populisme en Europe. L’Histoire ne serait-elle finalement qu’un éternel recommencement ? L’Humanité aurait-elle donc régulièrement besoin de nuages sombres, puis de déluges, pour savoir apprécier à nouveau à leur juste valeur les bienfaits des rayons du soleil ? Qui sont finalement les plus fautifs dans tout cela ? Sont-ce les populistes qui excellent dans l’exploitation de la faiblesse de peuples rendus hagards par la peur de disparaître ? Ou sont-ce les sages qui n’ont pas su puiser en eux le courage de parler, et surtout de se lever à temps ?

Nous vivons à une époque où le père, le pouvoir politique, a perdu la raison. Non seulement le père ne protège plus ses enfants du pire, mais c’est lui qui leur en fait courir le risque ; celui d’une descente aux enfers. Après l’invitation à peine voilée faite au prêtre, au rabbin, à l’imam de venir s’immiscer dans l’espace public ; après l’alignement de la France sur les positions des adeptes de l’axe du bien et du mal pour départager les Hommes sur Terre ; après la lettre de mission envoyée à la commission Veil pour tenter de subdiviser, de manière officielle, le peuple français, voici l’Europe qui entre dans la danse macabre et demande à la France de transposer une directive qui a trait à la lutte contre les « discriminations ». Et l’impayable Nadine Morano de rappeler aux élus de la Nation encore habités de raison : « La Commission européenne nous a demandé très explicitement de reprendre sa définition des discriminations. Si le Parlement [français] retient une autre définition, la Commission n’hésitera pas à saisir la Cour de justice européenne, qui lui donne raison dans 95% des cas. »

L’Europe organise elle-même sa subdivision en victimes et bourreaux, creusant ainsi le lit du torrent de sang qui pourrait un jour inonder ses plaines. La Saint-Barthélemy est un souvenir à présent trop fugace pour nous rappeler la fragilité du lien de cohésion. William Shakespeare ne conseillait-il pas d’« abandonner ceux qui s’abandonnent eux-mêmes » ? Oui, mais les peuples européens ont-ils jamais souhaité s’abandonner ? N’est-ce pas plutôt le pouvoir politique qui, sans le savoir bien sûr, et sans le vouloir, les conduit au sacrifice ?

Le 6 mai dernier, lors d’un débat à l’université de Paris-Dauphine, l’ancien Premier ministre Dominique de Villepin a tenu les propos suivants : « La politique, c’est le lieu et le moyen d’accompagner un peuple pour le destin qu’il s’est choisi. » C’est là où le bât blesse, car, à n’en point douter, ni le peuple français, ni les autres peuples européens n’ont choisi le destin qui leur est fait. C’est cette méprise qui toujours conduit aux révolutions : un peuple qui prend conscience d’avoir été dessaisi du choix de son destin tente de le reprendre en main.

Rêvons donc que le père, le pouvoir politique, se ressaisisse ! La France doit à nouveau montrer le chemin. Elle doit ouvrir la voie.

02.05.2008

De la liberté de pensée et de jugement

« Ne demande pas ce que ton pays peut faire pour toi, demande ce que tu peux faire pour ton pays.» John Fitzgerald Kennedy

Pour que les Français recommencent à penser à leur pays et acceptent de s’engager dans la construction d’un projet collectif, il sera incontournable de leur restituer un droit élémentaire, qui leur a été confisqué : celui d’exprimer et d’assumer ce que « Français » et « France » signifient dans leur cœur, dans leur âme, dans leur esprit, mais surtout dans leur inconscient collectif.

Moi, à qui les hasards de la vie ont permis d’approcher au plus près l’intimité de deux peuples, je mesure combien le sort fait au peuple français est de pure folie. Notre classe politique s’alarme des misères de nombreux autres peuples sur Terre, et semble en effet dans le même temps rester sourde et aveugle à la détresse psychologique de son propre peuple. La « liberté de pensée et de jugement » ne doit pas se fixer de frontières ! L’homme politique qui réussira à relever ce défi confèrera aux Français la force qui leur permettra de puiser en eux le courage d’affronter, puis de vaincre, les difficultés qui se posent à la France. C’est la confiance en ce que l’on est, qui constitue la clef de voûte de tout l’édifice commun. C’est elle qui permettra de redonner de la cohérence aux projets politiques, qui s’inscriront alors naturellement et spontanément dans le respect de l’intérêt général. La vision de la France, ce sont les Français qui la portent en eux.

Pour bien surfer sur la vague de la mondialisation, les Français ont plus que jamais besoin qu’on ne les prive pas de la possibilité de « faire France ».

28.04.2008

Regard de Michel Rocard

C’était il y a 18 ans, le Premier ministre Michel Rocard intervenait devant les Députés français au sujet de l’immigration-intégration. Peu importe que l’on partage ou non son positionnement politique, Michel Rocard est, à mon humble avis, une personnalité dont les analyses incitent le plus souvent à la réflexion et au questionnement. Il est terrible de constater que ses recommandations de sagesse n’auront jamais été suivies d’effet, mais que sa prophétie se sera, elle, malheureusement accomplie. On mesure combien notre classe politique, de gauche comme de droite, a été dans l’incapacité de remplir la première de ses missions, celle de préserver la France « des déchirures graves et durables du tissu social français », comme l’exprime Michel Rocard. Malgré cela, je continue de croire, comme je l’ai écrit dans le Puzzle de l’intégration, que « le peuple français va se ressaisir ».

Je vous cite ci-dessous quelques extraits de l’allocution de Michel Rocard. Si vous le souhaitez, vous pourrez la lire ici dans son intégralité.


Intervention de Michel Rocard, Premier ministre, à l’Assemblée nationale, le 22 mai 1990

« Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les Députés,

La France s’est réveillée à Carpentras avec un goût de cendres à la bouche. Il y avait donc pire que les attitudes racistes, le déni de mémoire, il nous a fallu découvrir l’horreur des sépultures violées, le supplice infligé aux morts. Cette transgression inouïe nous a laissés en état de choc. Mais le soulèvement civique des Français face à l’horreur nous donne des raisons d’espérer.

Partout en France, des jeunes et des moins jeunes, des citoyens de toutes conditions, de toutes confessions et de toutes idéologies se sont levés presque instinctivement pour faire barrage.

Ce sursaut national, s’il emprunte aux meilleures traditions de la France dont nous sommes fiers, nous crée à nous, hommes et femmes politiques, des responsabilités particulières.

Certes, on n’abolira pas en quelques semaines un climat délétère fait de peurs irrationnelles habilement exploitées, de fantasmes nourris par des données sciemment déformées, d’exaspérations individuelles, sensibles aux discours insidieux sur l’exclusion. I1 y faudra du temps, une mobilisation continue des consciences politiques et morales, bref il faudra au quotidien et en actes faire vivre nos valeurs.

Notre responsabilité, ici Gouvernement et Assemblée Nationale réunis, est de nous accorder non pas nécessairement sur la totalité des politiques mais sur les données du problème, sur une méthode, une démarche, je dirais presque une éthique du bien public.

Nous devons cela à nos concitoyens, pour que le soulèvement civique perdure, diffuse et s’approfondisse.

[…]

Aujourd’hui, pour peu que l’on remonte aux arrières grands-parents, un Français sur trois est d’ascendance étrangère.

L’intégration s’est donc réalisée. Les discriminations liées à l’origine ont pu être peu à peu surmontées. La France ne présente pas le visage d’une société faite de Communautés juxtaposées.

[…]

Il a fallu que les immigrés supportent des humiliations, consentent les efforts que demandait l’intégration. Au quotidien, elle a été tissée de multiples incompréhensions, d’une foule de petits heurts entre les populations qui ont fait la France. Les tensions ont été parfois vives. Nous nous devons de rappeler les émeutes contre les ouvriers italiens à la fin du siècle dernier, la xénophobie violente des années trente, les attentats contre les maghrébins plus récemment.

Mais, encore une fois, l’intégration s’est faite. La France a su trouver dans ses valeurs, dans ses institutions, la capacité de demeurer elle-même.

[…]

Nous devons aujourd’hui assurer le triomphe de la conception républicaine, ouverte, de la Nation, celle qui assure des droits pour chacun et fait accepter des devoirs pour tous. "Il n’y a qu’une histoire de France !", disait le Général de Gaulle en 1964 et l’immigration fait partie de cette histoire.

L’intégration qui est seule conforme au génie français, demande un effort de la population accueillante et une volonté de la population accueillie pour surmonter les difficultés réelles de la cohabitation. Il revient aux responsables politiques, aux élus de la Nation d’exprimer clairement les termes du contrat d’intégration : la collectivité nationale doit reconnaître aux résidents d’origine étrangère des droits, dont il faut assurer la réalisation effective, mais ceux-ci doivent assumer tous les devoirs de la règle commune.

Nous devons affronter les réalités d’aujourd’hui en ayant présents à l’esprit les enseignements de notre histoire. Ils nous indiquent où est le chemin, où sont nos ressources et nos moyens. Pour mettre en oeuvre une politique cohérente, il faut y ajouter un diagnostic exact sur notre présent.

Le fait majeur, qui domine les problèmes que nous rencontrons, tient à ce que la France n’est plus une terre d’immigration. Nous ne pouvons plus, en effet, recevoir un flux massif et incontrôlé sans que cela n’hypothèque gravement et tout ensemble d’abord l’équilibre social de la Nation, ensuite les chances d’intégration des étrangers installés, enfin l’avenir même de nouvelles vagues d’arrivants et des pays d’où ils viennent.

[…]

C’est justement pour assurer le respect de nos valeurs et préserver efficacement la dignité des étrangers eux-mêmes que nous ne devons en accueillir qu’autant que nous pouvons en intégrer.

A partir de ces constats, nous devons affirmer les principes qui conduisent et continueront d’inspirer la politique de notre pays.

[…]

Je ne ferai pas l’injure aux gouvernements qui nous ont précédés de croire qu’ils sont restés inertes. Nous non plus évidemment.

Refoulements aux frontières, réforme de l’OFPRA, répression du travail clandestin, tout cela commence à produire des effets tangibles.

[…]

Il reste d’une part que ces solutions exigent toujours du temps et d’autre part qu’on doit inlassablement chercher à les améliorer, à les compléter, à les accélérer.

[…]

Ce débat n’est pas législatif et ne peut donc se conclure par des décisions juridiques.

Mais il peut créer l’état d’esprit propice à l’action consensuelle et dépassionnée qu’exigent l’importance et la gravité du sujet.

Nous sommes prêts à parler de tout, loyalement, sérieusement, sereinement.

[…]

On a beaucoup parlé à ce propos du droit de vote des étrangers aux élections locales.

Tout le monde sait que les socialistes l’ont inscrit au nombre de leurs espérances comme aboutissement d’une intégration pleinement réussie, et nous n’en sommes certes pas là.

Tout le monde doit se rappeler également que le Président de la République lui-même, dans sa Lettre à tous les Français, affirmait son souhait de voir la chose se faire un jour, mais prenait acte, quitte à le déplorer, de ce qu’une grande majorité des Français y sont hostiles.

Pour ma part je m’en suis toujours tenu à cette ligne. Et sans même exciper du préalable constitutionnel, sans m’arrêter aux obstacles politiques pourtant évidents, j’ai adhéré au constat de la Lettre à tous les Français.

[…]

Pour en revenir au droit de vote des étrangers, je suis bien décidé, en ce qui me concerne, à ne pas plus en parler demain que je ne l’ai fait hier. Et j’apprécie à sa juste mesure l’effort fait par les instances du Parti socialiste pour s’engager officiellement dans la même voie, quitte à affronter à ce propos quelques difficultés qu’il saura surmonter.

Dès lors, il ne dépend plus que de vous de faire quitter à ce thème le devant de la scène.

Pour le reste, que je crois plus important, il y a deux scénarios possibles.

Premier scénario : les intérêts politiciens à court terme l’emportent. Malgré l’importance du problème chacun cherche avant tout à prendre le pas sur l’autre, consacre les ressources de son imagination non à chercher des solutions mais à prouver que l’autre est responsable, disqualifie tout effort de convergence et de réalisme, multiplie les querelles de préséances, de préjugés et subordonne toute discussion à la renonciation préalable de l’autre à toutes ses convictions.

Et l’aboutissement est connu : dans quelques années d’ici l’efficacité des efforts aura été certes pas anéantie mais largement entamée, l’impression d’échec sera dominante quelle que soit la réalité, et chaque camp renverra sur l’autre la responsabilité rétrospective des dégâts constatés. Au premier rang de ceux-ici figureraient alors des problèmes considérables et insolubles, des déchirures graves et durables du tissu social français et, accessoirement car cela deviendrait accessoire au regard de ce qui précède, nous déplorerions tous une nouvelle progression des idées les plus fausses qui sont aussi les plus indignes. Nous n’aurions plus alors en commun que les yeux pour pleurer.

Second scénario : dès demain ou après-demain, à la lumière de ce débat et de vos réactions au rapport, j’adresse à tous les dirigeants invités à Matignon un document retraçant l’ensemble des orientations ou propositions évoquées aujourd’hui par les divers orateurs, en distinguant celles qui semblent faire déjà l’objet d’un accord, celles sur lesquelles un accord est possible, celles sur lesquelles il n’y a pas d’accord.

[…]

Ces différences et ces discordes qui nourrissent l’opposition entre gauche et droite sont naturelles et saines. Mais il est des sujets et il est des moments qui exigent qu’on s’élève au-dessus des divisions, ou au moins qu’on essaye de bonne foi.

[…]

D’ores et déjà j’insiste cependant sur un point fondamental à mes yeux : nous ne pourrons réussir l’intégration des étrangers qu’à condition de réussir celles des Français exclus ou marginalisés. Nous ne pourrons apporter de réponses aux difficultés cumulées que rencontrent les étrangers qu’en répondant aux difficultés de même nature que rencontrent des Français.

C’est contre toutes les exclusions que nous devons lutter ainsi, et celles qui frappent des Français en situation difficile ne sont certes pas moins graves ou moins prioritaires que celles qui affectent les étrangers. Au demeurant, les remèdes sont souvent les mêmes, qu’il s’agisse de formation, d’emploi ou de logement, et c’est pour ces remèdes que nous devons nous battre indépendamment de l’origine de ceux qui en bénéficieront et qui ne seront pas tous des étrangers, loin s’en faut.

Si la tâche qui nous attend est immense, s’il n’y a guère de solution simple, je ne connais pas d’exemple dans notre histoire d’un défi que la France ait relevé sans succès. Dès lors qu’est fixée une direction claire et conforme à son génie propre, notre peuple est capable de venir à bout de n’importe quelle difficulté et d’étonner le monde.

Nous ne pouvons pas - hélas - soulager toutes les misères de la planète.

Nous pouvons - heureusement - intégrer harmonieusement ceux qui vivent régulièrement sur notre territoire et entendent y rester.

[…]

Mais qu’on ne compte pas sur nous pour nous décharger de l’ensemble des problèmes sur une commission de sages, si compétents soient-ils.

Car je refuse de croire définitivement inconciliables la politique et la sagesse.

C’est donc pour une fois l’ensemble des forces politiques parlementaires que j’invite à être ces sages lucides et volontaires, responsables et pondérés dont la France et les Français ont un besoin urgent. »

24.04.2008

Les habits neufs de l’empereur…

Après seulement un an d’exercice du pouvoir, le Président de la République est désavoué par une majorité des Français. Que s’est-il donc passé pour que l’élan de confiance qu’il avait suscité dans le cœur des Français appartienne déjà au passé ?

Il semble que Nicolas Sarkozy ait négligé un élément essentiel : la France n’est pas une terre vierge, et le peuple français est dépositaire d’une longue histoire avec laquelle il n’a nulle envie de rompre. Nicolas Sarkozy est manifestement convaincu que les Français, en l’élisant, lui ont donné carte blanche pour faire table rase de tout, y compris de leur passé. Là réside un réel malentendu ; une terrible méprise.

Nicolas Sarkozy s’est permis, sans aucun complexe, de changer tous les repères des Français, aussi bien ceux qui ont trait à l’image du Président de la République que ceux qui concernent les fondamentaux de l’idéal républicain. Son comportement personnel le place au niveau de n’importe quel quidam, quand il est censé incarner la France, ce qu’il a visiblement encore un peu de mal à intégrer.

Plus préoccupant : depuis qu’il est élu, Nicolas Sarkozy s’emploie à trahir la confiance de ceux qui avaient cru en lui pour traiter en profondeur un certain nombre de sujets qui engagent l’avenir de la France. Non seulement peu de sujets sont traités de manière sérieuse, mais pire, il s’emploie à démolir ceux qui étaient le fruit d’un consensus national très net. Ainsi, il torpille la sage stratégie d’indépendance de la politique française sur la scène internationale, comme en témoigne sa décision de renforcer l’effort de guerre en Afghanistan ou encore sa volonté de faire de la France un pion parmi d’autres au service de la stratégie Otanienne des États-Unis d’Amérique ; ou encore, il bouscule les fondamentaux de l’idéal républicain, comme la laïcité et l’égalité républicaine. Comment les Français qui ont voté pour lui réagiront-ils s’il réussit à faire modifier le préambule de la Constitution pour permettre la mise en œuvre de la discrimination positive ? Il y a fort à parier que le jour où suffisamment de Français de souche se seront trouvés confrontés, dans leurs démarche quotidiennes ou celles de leurs enfants, aux conséquences de la discrimination négative envers eux, c’est dans la rue que cela se résoudra.

Tant que la démocratie nous offrait la possibilité d’une alternance politique crédible, les Français pouvaient encore se tenir « tranquilles ». Ce n’est plus le cas désormais, car ils ne croient plus en une gauche qui s’est montrée bien incapable de regarder la réalité en face ; une gauche qui aura mis des décennies à comprendre que pour répartir la richesse, il fallait d’abord la créer, et qui n’a toujours pas compris que la France était dans l’incapacité d’intégrer des flux d’immigrés sans cesse croissants ; cette gauche inconsciente qui continue à réclamer la régularisation massive de pauvres venus des pays du Sud, alors que l’on sait à présent que les problèmes identitaires que rencontrent ces derniers les empêchent très souvent de s’intégrer, et même parfois de s’insérer. Comment faire admettre à des Français qui ont voté pour l’ordre en mai 2007, que des patrons hors la loi, puisqu’ils bafouent le droit français, ne soient pas sanctionnés alors qu’ils ont eu recours à des clandestins (sans-papiers), quand dans le même temps on explique, à ces mêmes Français, que les jeunes des banlieues peuvent à tout moment incendier la France au motif qu’ils sont sans emploi ? Où est la cohérence de nos hommes politiques ? Où est leur sens des responsabilités ?

Nicolas Sarkozy parviendra-t-il à surmonter son manque flagrant de cohérence, de fil conducteur dans ses décisions, sa carence de vision pour la France, qui le fait désormais apparaître comme une personnalité politique qui manque de stabilité et de sagesse ? Nicolas Sarkozy parviendra-t-il à faire taire Nicolas Sarkozy, pour que naisse enfin la dimension « représentant du peuple de France » ? Celui qui déclarait que l’histoire de France le laissait froid, pourra-t-il s’ouvrir pour accueillir enfin la France en lui ? Depuis le début, c’est à ce niveau que réside le véritable problème de cette présidence. Comment diriger un peuple, comment l’incarner, comment sentir, en fermant les yeux, cette nécessité absolue de respecter le socle sur lequel repose tout l’édifice France, sans cette inscription dans l’Histoire, sans en porter dans son inconscient la charge émotionnelle et affective ? Dans une époque troublée, dans une époque où le peuple doute si fortement de lui-même, cette dimension devient incontournable.

Article dans l'Expansion

L’Expansion publie, sur son site internet, l’article que son rédacteur en chef, Bernard Poulet, avait consacré au Puzzle de l’intégration.

09.04.2008

Quand le Président largue une bombe à retardement...

Une bombe a été larguée au dernier Conseil des Ministres. Le Président de la République a officiellement lancé le comité qui aura pour mission de réfléchir à la modification du préambule de la Constitution française. Par ces temps où les hommes politiques paraissent convaincus que la Constitution leur appartient, il me semble important de rappeler qu’elle est en réalité celle du peuple français, et qu’il est dangereux qu’ils tentent de l’adapter pour la rendre conforme à leurs desiderata !

Pourtant, le peuple français est très loin d’imaginer quels seront les effets de cette bombe, si la commission présidée par Simone Veil vient à accorder au Président français sa bénédiction pour le « jouet » qu’il réclame depuis si longtemps : la discrimination positive ! Certes, il faudrait encore en passer par le Congrès de Versailles, mais ce dernier ne nous a-t-il pas démontré qu’il ne constitue plus à présent qu’une simple formalité...

Voici un extrait de la lettre de mission : « Faut-il rendre possibles de nouvelles politiques d’intégration valorisant davantage la diversité de la société française pour favoriser le respect effectif du principe d’égalité ? »

Nicolas Sarkozy précise que l’enjeu est de permettre à la Constitution d’être « à nouveau en avance sur son temps ». Que signifie pour lui « être en avance sur son temps », alors qu’il veut à tout prix imposer aux Français une régression de plusieurs siècles, en ouvrant la porte à la fragmentation d’une nation qu’il aura fallu si longtemps pour unifier ?

Ci-dessous, la liste des membres qui auront la lourde tâche de dire si le principe fondamental d’Égalité doit continuer à vivre, ou s’il doit mourir :

Simone Veil, Présidente du comité de réflexion ;
Bernard Accoyer, président de l’Assemblée nationale ;
Francine Bardy, conseillère à la Cour de cassation ;
Claude Bébéar, ancien président d’Axa ;
Denys de Béchillon, professeur de droit public à Pau ;
Philippe Bélaval, conseiller d’État ;
Richard Descoings, directeur de l’Institut d’études politiques de Paris ;
Samia Essabaa, professeur d’anglais dans un lycée professionnel de Noisy-le-Sec ;
Patrice Gélard, sénateur (UMP) de Seine-Maritime ;
Axel Kahn, directeur de recherche à l’Inserm ;
Pierre Manent, directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales;
Jean-François Sirinelli, directeur du Centre d’histoire de Sciences Po.

À première vue y figurent deux farouches apôtres de la discrimination positive, Richard Descoings et Claude Bébéar.

La commission rendra ses conclusions avant l'été 2008. J’espère vivement qu’étant présidée par une femme aussi pleine de sagesse que Simone Veil, elle saura réaliser qu’il est extrêmement dangereux de permettre aux dirigeants politiques de notre pays de rompre avec des éléments constitutifs de l’identité nationale française. Les Français finiraient en effet, tôt ou tard, par en prendre conscience, et là… Ceux qui connaissent un tant soit peu l’Histoire de France savent que c’est le pas de trop qu’il convient de ne pas franchir.

Toutes les notes