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27.11.2007

La République finira-t-elle par imploser ?

J’évoque régulièrement sur ce blog les errements de la politique de « miroir aux alouettes » que conduit notre actuelle majorité, pour la simple raison que c’est toute notre société qui en paiera tôt ou tard les conséquences, et ces dernières, à n’en pas douter, seront de plus en plus lourdes.

Au cas où certains avaient pu, de manière enfantine, l’espérer, les événements de Villiers-le-Bel sont là pour nous le rappeler : la nomination d’une Rachida Dati ou d’une Rama Yade, que l’on exhibe dans tous les voyages officiels comme les totems d’une France « métissée » qui se porterait bien, n’a aucune incidence sur le maintien de la paix dans certains de nos territoires où les lois de la République ont de plus en plus de mal à être appliquées.

Il suffit de se plonger dans le quotidien des pompiers, médecins ou enseignants des quartiers dits « sensibles » pour réaliser qu’il y a bien aujourd’hui deux France, et que le défi que nous devons tous participer à relever est d’éviter la dislocation de la France dans un proche avenir. C’est pour cette raison que j’attire l’attention, dans « Le puzzle de l’intégration », sur la grande prudence dont nous devons faire preuve, non seulement dans la politique de décentralisation, mais aussi dans le parachutage de personnalités politiques au seul motif qu’elles seraient d’origine étrangère, donc susceptibles de mieux capter les voix d’électeurs de la même origine.

Le décès de deux adolescents à Villiers-Le-Bel a aussitôt déclenché de nouvelles scènes d’émeutes, rappelant celles de novembre 2005. En quelques heures se sont produits incendies de véhicules, destructions de postes de police et de bâtiments publics (école, bibliothèque, centre des impôts…) et de boutiques du centre ville, incendie d’une entreprise, agressions de plusieurs dizaines de policiers et de pompiers… et l’insurrection semble à présent se propager aux quartiers environnants.

Voici à ce propos quelques réactions significatives.

Jean-Yves Bugelli, n°2 du syndicat de police « Alliance », au micro de France Inter : « Depuis 2005, on n’a rien réglé au fond donc c’est vrai qu’un évènement comme celui-là peut déclencher quelque chose. C’est une éventualité. Je ne dis pas que c’est attendu. Je ne dis pas que tous les éléments sont réunis pour cela, mais c’est vrai quand on voit les réactions qui sont quand même complètement démesurées par rapport aux faits eux-mêmes […] »

Patrice Ribereau, secrétaire général adjoint du syndicat « Synergie Officiers » : « Les événements dans leur intensité et dans leur niveau de violence ont largement dépassé cette nuit ce qu’on a pu connaître à Villiers-le-Bel et à Sarcelles il y a deux ans pendant les émeutes de 2005. On a assisté à des scènes de violence d’une rare sauvagerie cette nuit, que ce soit des scènes de razzia, de pillage mais aussi d’agressions envers nos collègues notamment, et c’est nouveau, avec des tirs d’armes à feu, de fusils à pompes et de fusils de chasse sur nos collègues. Auquel cas là on n’est plus dans des violences urbaines ordinaires si on peut dire, mais on bascule dans la guérilla urbaine. »

Fabrice Drouelle, présentateur du journal de 13h de France Inter : « C’est justement parce que l’on ne sait pas ce qui s’est passé que Villiers-le-Bel s’est embrasé ». Question : depuis quand, lorsqu’« on ne sait pas », est-on légitimé à saccager ? Ce commentaire de Fabrice Drouelle, que je considère par ailleurs comme un très bon journaliste, montre à quel point notre société a pris l’habitude de participer à légitimer la violence en la justifiant.

Yvan Hallouin, présentateur du 19/20 de France 3, informe quant à lui ses téléspectateurs : « Précisons que ce reportage aurait dû être plus complet. D’autres témoignages avaient été recueillis, mais l’équipe s’est fait agresser en milieu de journée sur les lieux de l’accident. La caméra et les images ont été volées. »

François Hollande, toujours au micro de France Inter : « ces violences sont inexcusables, sont inacceptables et en même temps elles traduisent une crise sociale, une crise politique […] La première solution, c’est de régler la crise sociale profonde dans l’emploi […] Pourquoi les logements ne sont attribués que dans certaines villes ? […] Je fais aujourd’hui la proposition : lorsque les maires n’attribuent pas les 20% de logements sociaux dans leurs villes, eh bien ce sera le Préfet qui se substituera à eux. »

Vous noterez que François Hollande, tout en affirmant que ces violences sont inexcusables, insinue dans le même temps qu’elles auraient pour origine des questions de logement ou d’emploi. Il trouve donc ainsi une justification aux agressions d’agents de l’État et aux dégradations. Je pose donc la question à M. Hollande : si la France entrait en récession économique, comme cela s’est déjà maintes fois produit au cours de son Histoire, devrions-nous alors nous attendre à la voir brûler ?

Les habitants de Villiers-le-Bel ont quant à eux immédiatement réclamé que les policiers qui conduisaient la voiture impliquée dans l’accident soient déclarés coupables, avant même que les enquêteurs aient pu effectuer leur travail. Pour avoir la paix, l’État français devra-t-il un jour offrir la tête de ses policiers ?

Face à des comportements de violence quels qu’ils soient, l’ensemble de notre classe politique doit opposer un front républicain commun et uni. Lorsque ce n’est pas le cas, et que certaines personnalités politiques tentent d’accréditer le bien-fondé de la violence, alors ceux qui souhaitent en découdre avec la République l’interprètent comme un signe de compréhension et d’encouragement. Les conséquences en sont terribles pour tous, et pour les habitants des quartiers « sensibles » en premier lieu.

Comment peut-on s’étonner que les entrepreneurs et les commerçants désertent certains quartiers, alors même que l’État y alloue des sommes conséquentes en avantages fiscaux, quand on voit le climat qui y règne même en dehors des périodes d’insurrection ? Comment peut-on encore s’interroger sur les hésitations des entreprises, à la lecture de certains CV portant l’adresse de quartiers qui renvoient régulièrement à l’opinion publique une image des plus déplorables ? Comment peut-on encore surseoir à sensibiliser les parents de ces délinquants aux comportements que la société française attend de tout parent ? Comment s’étonner que personne en France ne souhaite accueillir des logements sociaux de gaieté de cœur ? Et ce n’est pas une loi coercitive telle que la « loi SRU » qui règlera le problème d’acquisition des règles de comportement qu’attend la société française. En l’état actuel des choses, l’application de cette loi ne conduirait qu’à disséminer dans tous les autres territoires les problèmes des quartiers sensibles. Cessons de mettre en œuvre des idées qui ne feront qu’amplifier les difficultés au lieu de les résorber !

Nous vivons une période d’hypocrisie qui n’a que trop duré. Il est maintenant urgent de cesser de cautionner la violence en la justifiant. Comme je le développe dans « Le puzzle de l’intégration », cette attitude est terrible de conséquences pour l’éducation des enfants issus de l’immigration. Il faut cesser de laisser croire à des quartiers entiers que l’on peut réussir un jour à décrocher un emploi sans fournir le minimum d’investissement requis au cours de l’apprentissage scolaire, et en bafouant les règles élémentaires du « savoir vivre ensemble » propres à la société française. En poussant le système scolaire à attribuer des notes et des diplômes sans rapport avec le niveau réel des élèves, nos dirigeants politiques desservent en réalité les enfants, qui sont devenus incapables d’établir un lien de causalité entre leur niveau d’investissement ou de désinvestissement personnel, et leur réussite ou leur exclusion ultérieure.

Il faut d’autre part que le Ministre de la Justice s’occupe de toute urgence des vrais dossiers liés à la délinquance, au lieu de faire diversion en tentant de modifier une carte judiciaire qui n’aurait pour inconvénient que de dater de 1958. Quand, par exemple, le Ministre de la Justice s’occupera-t-elle de démanteler les réseaux d’économie parallèle ? Je répète ici ce que j’ai écrit dans « le Puzzle de l’intégration » : tant que les élèves des quartiers sensibles auront sous leurs yeux des exemples de « réussite » facile, jamais ils ne développeront d’effort réel à l’école. Plus grands, ils lutteront à leur tour contre la présence policière sur des territoires qui ne sont plus vraiment sous contrôle de la République française. Ni ce sujet, ni celui du traitement de la délinquance, n’ont connu d’amélioration de la part de Nicolas Sarkozy, qui fut pourtant Ministre de l’intérieur pendant quatre ans, ou de Rachida Dati, qui fut sa conseillère Place Beauvau. Nous avons, bien au contraire, enregistré une nette dégradation. Ils ont à présent le devoir de cesser de faire illusion en ne se préoccupant que de communication, pour traiter véritablement le fond des problèmes, car la colère des Français pourrait être un jour à la hauteur de la déception !

Le problème de l’immigration-insertion-intégration est un défi majeur pour la France de demain. Je dirais même que c’est le principal défi que devra relever la France, tant il pèse sur son avenir. Ses conséquences se font déjà sentir dans notre enseignement supérieur, altérant de ce fait l’aptitude de la France à relever les défis posés par la mondialisation. Ce ne sont pas les quelques milliards d’euros que vient de promettre le gouvernement qui porteront le niveau réel des élèves à l’entrée du supérieur à un niveau suffisant ; pas plus qu’ils ne donneront, aux 20% de la population estudiantine qui ne possèdent pas le minimum de culture générale nécessaire à un bon déroulement de scolarité, le niveau d’excellence qui seul permettra à la France de tenir sa place dans une compétition internationale sans merci. L’Inde et la Chine forment à présent une élite qui détient, elle, de vrais diplômes et de véritables compétences leur permettant de créer les produits innovants qui seront demain achetés par les consommateurs de la planète entière. Que sera l’avenir d’une France exclue de la compétition internationale ?

Notre classe politique devra se résoudre à aborder le puzzle de l’intégration en considérant l’ensemble de ses pièces, et non plus en le réduisant à une seule de ses pièces, qui plus est la plus insignifiante, celle du niveau économique des familles issues de l’immigration. Les raisons de l’échec de l’insertion dans la société française, sans même évoquer celles de l’intégration dans la communauté nationale, se trouvent en effet bien ailleurs…

Commentaires

Je n'ai qu'un seul mot: BRAVO!

Ecrit par : raph | 29.11.2007

Ces émeutes ont un goût de cendre car elles ont été d’une violence jamais atteinte et ceci est le révélateur de l’éclatement du Réseau social, de son délitement, de l’apparition de deux France, l’une qui vit dans la paix, et l’autre dans l’angoisse de l’agression et des émeutes.

Comment en est-on arrivés là ?...

Il y a plusieurs raisons, mais la principale me semble le fait que nous vivons depuis trois décennies au sein d’un Etat qui s’est progressivement transformé en un totalitarisme mafieux dans lequel le Président de la République n’est contrôlé ni par les institutions, ni par les citoyens.

Cette situation pathogène a permis de développer une corruption de nos dirigeants politiques à un niveau est inégalé dans aucune autre démocratie du monde occidental.

Et si cet embrasement de Villiers-le-Bel n’était, en fait, qu’un soubresaut d’une république à l’agonie qui a été incapable de donner une véritable formation humaine aux jeunes et de leur assurer un avenir ?

Je me dois d’apporter un développement à ces affirmations :

J’ai créé, en novembre 1993, un laboratoire d’idées « les Clippers de France » qui avait pour ambition de définir les conditions dans lesquelles il serait possible de donner un complément de formation humaine aux jeunes, notamment à ceux des banlieues, par la navigation, en équipage, à bord de grands voiliers :

http://euroclippers.typepad.fr/mon_weblog/le_tarangini_voiliercole_de_la_marine_indienne/index.html

Cette association a compté jusqu’à trente amiraux, dont trois chefs d’Etat Major de la Royale, mais aussi des capitaines au long cours, des capitaines de pêche, des éducateurs, des psychiatres, un magistrat de chambre des comptes, le directeur de marketing d’une très importante société du spatial, etc…

En avril 1995, j’ai reçu une lettre de Jacques Chirac qui me souhaitait bonne chance dans cette entreprise…

Notre président de la république a préféré ignorer un ensemble d’études et de recommandations émises par une élite maritime qui s’était constituée afin d’améliorer l’avenir des jeunes…

Pour quelles raisons ?...

En serions nous là si un important programme de formation humaine des jeunes avait été mis en place il y après de dix ans ?...

Puis, en janvier 1998, j’ai dénoncé, à la DNEF, le détournement des indemnités de la guerre du Golfe par François Mitterrand, et qui se monte à près de 3,5 milliards de dollars:

http://euroclippers.typepad.fr/mon_weblog/socialisme_et_corruption/index.html

Ce détournement de fonds aurait permis de faire construire, pour nos jeunes étudiants, lycéens ou marginalisés, près de 100 voiliers de 80 mètres du type « Gorch Fock », voilier-école de Marine allemande !!!...

Puis, il faut savoir que, de 1998 à 2007, j’ai alerté régulièrement l’Elysée sur cette affaire !...

Pour quelles raisons notre ancien président de la République, Jacques Chirac, a-t-il protégé les responsables d’un détournement de fonds publics de plusieurs milliards de dollars?...

Je dois avouer que j’ai maintenant acquis la certitude que nous avons été dirigés, jusqu’à maintenant, non pas par de véritables dirigeants mais par d’authentiques mafieux, sans scrupule, qui sont plus soucieux d’arriver au pouvoir et de se constituer une fortune colossale plutôt que d’être de vrais chefs d’Etat.

Ces dirigeants peuvent-ils réellement faire les bons choix pour nos « ados » ?

Non, bien sûr, et c’est ainsi que j’avance l’hypothèse que la situation dramatique dans laquelle se trouve nos banlieues, et par là même nos forces de l’ordre, ainsi qu’à l’ensemble de la société, pourrait bien avoir pour principal responsable Jacques Chirac qui n’a à aucun moment lutté contre la corruption installée par les Mitterrandiens.

Mais, s’il ne faut pas sous-estimer l’aspect négatif des années mitterrandiennes, nous devons reconnaître que la rupture n’a pas eu lieu avec Jacques Chirac.

En effet, en 1995, celui-ci avait la possibilité de lancer un important programme maritime pour les jeunes, et il n’a rien fait alors même qu’il ignorait, volontairement, le détournement des indemnités de la guerre du Golfe par François Mitterrand…

Jusqu’à quand devrons-nous supporter un tel niveau de corruption et d’irresponsabilité mafieuse ?...

Jusqu’à quand les fonctionnaires de nos grands ministères, les journalistes de nos nombreux journaux, les dirigeants de nos grandes sociétés, seront-ils les complices, par peur, lâcheté ou compromission, d’un système mafieux dans lequel chaque citoyen se doit d’être le sujet du prince qui nous gouverne ?

Nicolas Sarkozy sera-t-il celui de la rupture ?...

Et si notre nouveau chef de l’Etat, dont la popularité s’érode progressivement, n’a pas le courage de faire table rase d’une époque rétrograde indigne d’une démocratie, de s’occuper réellement des jeunes, il y aura, inévitablement, d’autres émeutes, et à chaque fois un peu plus violente.

Voilà où nous en sommes.

Jean-Charles Duboc

Ecrit par : Jean-Charles DUBOC | 30.11.2007

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