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21.02.2008

La France est-elle en danger ?

Ma réponse est OUI, et c’est au demeurant ce que j’ai exprimé tout au long du Puzzle de l’intégration. C’est même la raison principale de l’écriture de cet essai ; ne jamais me reprocher d’avoir tu ce qui devait être dit. Face aux menaces qui pèsent sur la France, chacun de nous risque de se trouver un jour confronté à l’examen de sa propre conscience.

Le 14 février dernier, dix-sept personnalités politiques, dont l’ancien Chef de cabinet du Général de Gaulle, Pierre Lefranc, ont signé un appel à la vigilance républicaine. Loin d’arborer la même couleur sur notre échiquier politique, ces personnalités exprimaient une même inquiétude : que soient altérés des principes fondamentaux, piliers de la maison France.

J’aurais aimé que leur appel fasse également référence à l’« égalité républicaine », par opposition à la discrimination positive. Je vous renvoie à la première partie du Puzzle de l’intégration pour vous aider à identifier les raisons profondes qui feront de cette politique inégalitaire, le fossoyeur de l’identité française.

Voici un extrait de la conclusion du Puzzle de l’intégration : « Face à des dangers qui menacent sérieusement de faire voler en éclats la cohésion de la France, le clivage gauche-droite n’est plus pertinent. Il est même dangereusement inadapté, car il pousse à des alliances contre nature. C’est ce qu’il nous est aujourd’hui donné de constater sur l’échiquier politique, aussi bien à droite qu’à gauche, où des femmes et des hommes politiques républicains se rangent derrière des personnalités qui défendent la mise en œuvre de politiques qui mineront notre cohésion nationale. Il n’y a aucune nécessité qui soit plus impérieuse que la défense de notre cohésion. Pour s’en convaincre, il suffit de s’interroger sur ce qui adviendrait de la France si elle éclatait et se subdivisait, rompant de ce fait avec une France « une et indivisible ». Il est urgent que tous ceux qui sont attachés à l’idéal républicain qui a maintenu cette France unie et pacifiée se donnent la main pour permettre à notre pays de traverser cette zone de turbulences. »

Toutes les actions politiques qui tendent à diviser le corps social (discrimination positive, instrumentalisation de la mémoire ou de l’Histoire…), toutes les actions politiques qui tendent à introduire, dans l’espace public, des sujets prétextes à affrontements (révision de la laïcité, défense d’une France « diverse » et non d’une France « une et indivisible »…), doivent se voir opposer un front républicain déterminé et aussi large que possible. Ce qui est ici en jeu n’est pas tant de plaire ou de déplaire à quelque homme politique que ce soit, fût-il Président de la République ; non, ce qui est en jeu, c’est simplement de veiller à ce que l’oxygène que respire la France ne soit pas raréfié davantage, à un moment où son cœur bat si faiblement, si difficilement.

N’est-ce pas, en outre, aider le Président de la République, que d’attirer son attention sur le risque qu’il encourt d’entrer dans l’histoire de France comme ayant participé à creuser le tombeau de l’identité française?

Commentaires

La France en danger ? ou plus exactement la France "une et indivisible", celle des Jacobins, celle qui justifiera le "populicide" (dixit Gracchus Babeuf) des Vendéens ?

La France dont vous parlez est une France déterminée historiquement, particulière, et qui n'est pas à elle seule l'essence de la France.

Vous identifiez la France et la République : la France est un pays et la République en est le mode de gouvernement. Versailles, le Louvre, la cathédrale de Strasbourg ou Louis XIII, c'est aussi la France.

La République jacobine va peut-être mourir, en effet, mais pas la France. La France, grâce à l'Europe, va redécouvrir ses identités régionales, autrement dit ses racines culturelles, linguistiques (celtes, basques, latines, germaniques), religieuses (chrétienne), que la République a effacées. C'est pendant le 19° siècle que la République inventa "nos ancêtres les Gaulois". Jamais un Français du 17° siècle ne se pensa de tels ancêtres.

L'Etat républicain au 19° siècle aura d'abord appliqué aux populations régionales ce qu'elle fera dans l'empire colonial : l'assimilation, le monolinguisme comme principe d'unification.

L'identité française jacobine est purement juridique, citoyenne, entraînant de ce fait l'égalité républicaine : mais cette égalité est l'égalité algébrique, celle par laquelle nous sommes tous égaux numériquement (en tant qu'un citoyen). La discrimination positive est l'égalité au sens géométrique.

Or, depuis trente ans, l'immigration massive et extra-européenne a changé la donne : on ne peut obliger personne à être français,
assimilé (mon père est né en Tunisie, cela n'a pas fait de lui un tunisien). Cette reconnaissance factuelle que la France est multi-ethnique et multi-culturelle est un signe de courage et de lucidité. Qu'on soit d'accord ou pas, Sarkozy a compris que l'identité, aujourd'hui, n'est plus citoyenne mais ethnique, culturelle et religieuse. C'est comme ça.

En 2004, Jean-Pierre Raffarin, alors Premier Ministre, a fait rajouter à l'article 1 de la Constitution que la République française était "décentralisée". C'en est fini de l'indivisibilité de la République, à terme.

Avec la ratification de la Charte sur les langues régionales et minoritaires, la Charte des Droits Fondamentaux, la construction inter-régionale, les euro-régions, comment voulez-vous que la France demeure une République imperméable, inébranlable, face à ces changements de population et de contexte politique et géo-politique ?

Il me semble qu'aujourd'hui, revient sur la scène le refoulé de la République jacobine : la question ethnique, linguistique et religieuse, justement (les particularismes ou communautarismes, sexuels, ethniques...).

Ce qui met la République en danger, c'est son immobilisme, son administration édifiée par Napoléon, son centralisme, sa bureaucratie, ses énarques de la Cour de Comptes qui ont géré notre pays depuis trente ans. Les Chirac et Villepin, entre autres, n'auront fait que gérer l'impotence de l'Etat républicain face aux défis de notre pays. Un peu plus de décentralisation, une plus grande démocratie locale, un plus grand pouvoir au Parlement, voilà ce qu'il faut pour la République.

Il y a trois ans, l'écrivain Jean Raspail, dans Le Figaro, avait écrit que les élites françaises avaient trahi la patrie pour la République et ses valeurs. Pour ma part, vive la patrie (son territoire, son histoire, sa culture, son style) et tant pis pour la République, la démocratie me suffit.

Toutefois, votre réflexion sur cette question de l'immigration-intégration-insertion est de loin la plus pertinente depuis bien des années d'aveuglement et d'anti-racisme béat (à l'exception de Malek Bouhti qui fit des propositions courageuses sur ces questions au PS, avant de se faire taxer de lepéniste !).

Bien àvous.

Ecrit par : un idiot | 23.02.2008

Désolé mais je ne suis pas du tout d'accord avec vos conclusions - je m'adresse au précédent intervenant. Je pense qu'un état "multi-ethnique" tel que vous le dépeignez sera synonyme de tribalisation, à terme donc de conflits violents comme il en existe en diverses parties du monde.
Je crois, au contraire, que l'analyse de Mme Sorel est la plus sensée et pertinente que j'ai pu lire ou entendre depuis fort longtemps.
Voilà pourquoi je suis fermement opposé à toute importation d'un système aberrant - celui de "l'affirmative action" car parfaitement contraire aux valeurs qui ont forgé ce pays. Accepter la parcellisation, c'est accepter le retour de haines ethniques, religieuses et autres, telles que celles que la France a vécu pendant près de 1000 ans avec les effets que l'on connaît!
Ce qu'il faut faire, c'est avant tout éviter les fausses "bonnes solutions importées " et rétablir l'égalité républicaine comme Mme Sorel l'a indiqué lors d'une interview permettant l'ascension sociale qui au jour d'aujourd'hui est bloqué - empêchée, devrais-je dire, par tous les lobbies (ou castes si je puis me permettre ce terme) qui ne veulent pas perdre leurs avantages acquis...

Ecrit par : daredevil2007 | 24.02.2008

L'île de la Réunion est multi-ethnique et multi-confessionnelle et à ma connaissance, pas de haine ou de guerre civile à l'horizon ! Cette île a d'ailleurs obtenu une dérogation concernant la loi sur le port des signes religieux à l'école.

Il n'y a jamis eu de guerre ethnique en France ! Les conflits entre catholiques et protestants n'ont jamais rien eu d'ethnique.

Les conflits ethniques à travers le monde n'ont pas l'ethnie pour cause, mais bien souvent des inégalités économiques et sociales, des rivalités politiques (cf Amy Chua "Un monde en flammes", 2007). La Slovénie s'est déclarée indépendante et n'a connu aucune guerre. Idem dans les pays baltes avec les minorités russes.

Affirmer de façon péremptoire que l'affirmation d'une identité ethnique, linguistique et culturelle conduit à une tribalisation et à la guerre inévitable, relève plus d'une affirmation idéologique que d'un constat historique (allez expliquer cela au Conseil de l'Europe, à Strasbourg). Les liens entre les citoyens sont juridiques devant la Loi, mais un Berbère, un Alsacien, un Martiniquais ou un Corse, ça existe . On ne déduit pas de la citoyenneté ma culture, mon histoire, mes us et coutumes... Bref, mon identité ne se réduit pas à ma seule carte d'identité, justement.

Lorsque Louis XIV s'adressait aux Français, il ne disait pas "à mon peuple" mais "à mes peuples".

Je ne vois pas en quoi l'école bilingue breton-français ou basque-français est une tribalisation. Dans le cas contraire, vous avez la lecture jacobine (celle du FN, notamment, résolument anti-bilinguisme) qui voit dans le citoyen quelqu'un qui n'a pas d'origine, pas de couleur, pas de langue maternelle... Or, nous sortons depuis quelques années de cette vision abstraite.(cf. "La fin de l'illusion jacobine" Edouard Balladur, 2003)

Dans les écoles françaises, des enseignants algériens enseignent l'arabe aux jeunes français d'origine maghrébine. Dans ce cas, généralisons et appliquons cela pour ceux dont les origines sont en Europe, c'est tout.

Je n'ai à aucun moment nié la pertinence de l'analyse de Malika Soral (lisez bien la fin du post). Je faisais seulement le constat suivant :

1) la France est maintenant multi-ethnique et multi-culturelle.
(suivre de près le cas de Mayotte)

2) la construction européenne (est-ce un modèle importé pour vous ? et d'où ? êtes-vous contre la construction européenne ?) entérine le fait ethnique, linguistique, religieux et même sexuel (la Charte des Droits Fodamentaux et on sait l'importance du terme ethnique pour les Hongrois lors de la rédaction du Traité Constitutionnel))

3) la Belgique peut se scinder.

4) l'UE a, majoritairement, reconnu l'indépendance du Kossovo (sur le critère d'homogénéité ethnique sur un territoire).

5) D'où ma question : la République jacobine est-elle le seul modèle adapté aux changements internes et externes de ces 30 dernières années ? L'époque ouverte par la Révolution fraçaise (ou, plus précisément, par l'imposition de la version jacobine et non girondine de la Révolution, en 1793 par la Terreur) n'est-elle pas close depuis quelques années (1989 et l'effondrement de l'URSS) ?

5) je ne fais pas de politique, je n'ai rien à défendre. Je cherche juste à comprendre ce que devient l'époque dans laquelle je vis.

6) Ne soyez pas désolé d'être en désaccord avec mes propos, je ne cherche pas à plaire.

7) Ce qui peut attiser les haines, ce n'est pas l'affirmation de l'identité ethnique ou linguistique, mais bien la culpabilisation d'une partie de la population, les Blancs.
La culpabilisation et la victimisation attisent les ressentiments (cf le dernier livre de Marc Ferrro sur le rôle du ressentiment dans l'Histoire).

8) si Malika Soral a raison, dans ce cas, la classe politique française porte une immense responsabilité. Tant pis pour nous, citoyens ! Après tout, c'est nous qui votons, non ?

"Welgeschichte ist Weltgericht" (L'Histoire du Monde est le jugement du monde, GWF. HEGEL)

Ecrit par : un idiot | 25.02.2008

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