« Persévérons ! | Page d'accueil | Dépassionner, pour pouvoir agir ! »
15 octobre 2009
De la crédibilité de la parole en politique…
Voici un extrait du discours du Président de la République sur la réforme du lycée : « La création du lycée, c’est le geste fondateur de notre éducation nationale, c’est un geste qui signifiait très concrètement la fin des privilèges de la naissance. Cela voulait dire que désormais en France, c’est de l’école que sortiront les élites, et pas de la naissance. Cela voulait dire désormais que ce qui compte en France pour réussir, ce n’est plus d’être bien né pour réussir, c’est travailler dur et avoir fait la preuve par ses études, par son travail, de sa valeur. Principe de justice mais en même temps, principe d’efficacité car quel meilleur critère que celui du savoir et de la compétence pour désigner ceux qui doivent exercer des responsabilités. »
Voici à présent plusieurs extraits du discours que le Président de la République avait prononcé à l’École Polytechnique en décembre 2008. Ce discours avait pour objectif d’imposer, aux acteurs économiques ainsi qu’à ceux de la formation, de mettre en œuvre la discrimination positive. Il y tressait des lauriers à l’Institut Montaigne et Sciences Po Paris, qui sont les lames les plus acérées, en France, contre l’égalité républicaine :
« Ces dernières années, beaucoup d’initiatives ont été prises pour changer la donne.
Je pense à Sciences Po, qui a instauré une voie d’accès réservée à des lycéens méritants de l’éducation prioritaire. Je pense à l’institut Montaigne, qui a mobilisé plus de 2000 entreprises autour des engagements de sa charte de la diversité. […]
Il faut aller au-delà, inciter les entreprises à introduire la diversité au cœur de leur gestion des ressources humaines. À partir d’une certaine taille, elles devront obligatoirement faire état dans leur bilan social des actions qu’elles conduisent sur ce sujet. Un “label diversité” va être créé pour valoriser les meilleures pratiques. Il sera attribué aux entreprises, mais aussi aux administrations ou collectivités locales, engagées dans une démarche active de promotion de la diversité. Les premiers labels seront attribués dès janvier. Je demande également que l’on examine comment l’exécution des grands marchés publics de l’État pourrait être conditionnée à la mise en œuvre par les entreprises d’actions favorables à la diversité. Il faut utiliser tous les moyens pour inciter les acteurs à faire de ce sujet une priorité. […]
Pour mener à bien ces réformes, la France doit se doter d’outils statistiques permettant de mesurer sa diversité, pour identifier précisément ses retards et mesurer ses progrès. […]
Je veux une mobilisation de tout l’appareil de l’État, de toutes les administrations et de tous les ministères. Je veux que l’État soit exemplaire. Exemplaire dans la mise en œuvre des politiques en faveur de l’égalité des chances, exemplaire dans la lutte contre les discriminations, exemplaire dans la promotion de la diversité, exemplaire en matière de transparence sur les résultats. Mais il n’y a pas que l’État qui doit être exemplaire. Il y a aussi les collectivités locales. Il y a aussi les partis politiques. Il y a aussi les entreprises.»
Je cite Nicolas Sarkozy, car c’est lui qui détient aujourd’hui entre ses mains le pouvoir d’influer sur le destin de la France ; mais bien d’autres personnalités politiques de premier plan multiplient, tout comme lui, incohérences et contradictions, ce qui décrédibilise considérablement la parole politique.
Le soutien du Président de la République à la nomination de son fils, âgé de 23 ans et sans aucun diplôme ni véritable expérience professionnelle, va à l’encontre du principe d’Égalité républicaine, « principe de justice mais en même temps, principe d’efficacité car quel meilleur critère que celui du savoir et de la compétence pour désigner ceux qui doivent exercer des responsabilités », dixit le Président lui-même. Ce soutien fait apparaître au grand jour que Nicolas Sarkozy semble ignorer des pans essentiels de l’histoire de France, parmi lesquels figure l’attachement du peuple français à l’abolition des privilèges liés à la naissance ; abolition conquise dans la fureur de la Révolution française, et cela a une grande importance ! Dans Le puzzle de l’intégration, j’assimile les passe-droits accordés à des personnes issues de l’immigration (promotion de la diversité) à des privilèges liés à la naissance, puisque c’est bien en raison de la naissance dans une communauté précise que ces privilèges sont accordés. Aujourd’hui, la nomination de Jean Sarkozy attire, à juste titre, les foudres de l’opinion publique. J’espère qu’un jour prochain cette même foudre finira par s’abattre sur la discrimination positive ou “promotion de la diversité”, et plus généralement sur l’ensemble des attaques menées contre notre modèle de société.
De par ses prises de positions, Nicolas Sarkozy n’a eu de cesse de venir par ailleurs affaiblir la laïcité. Avec son discours au palais de Latran, le 20 décembre 2007 dans lequel il plaçait la parole du prêtre (demain celle de l’imam ?) au-dessus de celle de l’instituteur, il a participé à affaiblir encore davantage la place de l’école dans notre société.
En approuvant le discours de Barack Obama sur le voile, il a donné des forces, mais aussi de nouvelles armes, à tous ceux qui, dans notre pays, s’emploient à faire reculer la laïcité pour permettre aux religions d’y accroître leur emprise. Et c‘est là que nous retrouvons, marchant main dans la main, les fondamentalistes catholiques et musulmans… Il y a opposition entre le Nicolas Sarkozy qui donne, comme Barack Obama, sa bénédiction au voile dans les sociétés occidentales, et celui qui vient ensuite y dénoncer la burqa… Je n’en suis pas, pour ma part, à mesurer en deçà de combien de centimètres de voile la dépossession de la femme de son propre corps serait jugée acceptable dans la société française du XXIème siècle !
Le fonctionnement de Nicolas Sarkozy recèle une très grande part de mystère. C’est comme s’il faisait appel alternativement à des parties de cerveau différentes et totalement déconnectées l’une de l’autre, ce qui lui permettrait d’affirmer, avec la même force et le même degré de sincérité, des convictions antagonistes.
Nous sommes, comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire, dans un temps historique. Le Président de la République, avec tous les pouvoirs dont il dispose, peut soit secourir la France et lui donner un élan nouveau, soit lui faire franchir le dernier pas qui la sépare désormais du ravin ; le pas fatal. Formons le vœu qu’il en prenne conscience très rapidement !
22:37 | Lien permanent | Commentaires (13) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : sarkozy, égalité, méritocratie, discrimination positive |
|
Trackbacks
Voici l'URL pour faire un trackback sur cette note : http://puzzledelintegration.blogspirit.com/trackback/1838610
Commentaires
les gens n'ont que le pouvoir qu'on leur donne!
il ne faut jamais oublier cette logique. Vous avez entièrement raison de parler de crédibilité mais on ne doit pas omettre que des gens continuent à laisser le pouvoir à sarkozy...
Les élus, et le président le montre très très bien, s'adaptent aux électeurs pour garder le pouvoir. Si cet homme se permet d'avoir un tel comportement c'est bien parce que NOUS l'acceptons! combien de lecteurs écrivent à l'élysée ou aux élus pour manifester leurs mécontentements?
et bien je le fais!
c'est un petit prix à payer pour sauver la démocratie mais la liberté nous le permet.
Si cent mille personnes écrivaient pour se plaindre et bien les zélites seraient obligées de réagir!
rester assis devant un ordinateur ou la tv en râlant est une chose mais agir? oui cela demande des efforts mais Melle Sorel fait bien l'effort d'écrire un livre, de participer à des émissions, à une action gouvernementale et d'entretenir ce blog.
les résultats n'arrivent jamais seuls....
Là je ne vais pas me faire des amis :
En tant que travailleur social, je m'investis énormément pour ceux qui veulent s'en sortir (et ils sont peu nombreux); je ne m'occupe pas ou peu des assistés qui ne font aucun effort pour quitter la voie glissante sur laquelle ils évoluent.
Je suis très critiqué sur cette prise de position mais combien de fois ais je vu des collègues s'épuiser ou jouer le jeu avec des personnes qui étaient en train de se planter!!!
attention, si quelqu'un veut s'en sortir je suis là mais il ne faut pas me mentir et respecter le contrat et le cadre fixés pour évoluer.
et j'ai de très bons résultats avec des toxicos, sdf, alcooliques, femmes battues etc...
tout ceci pour dire que, tant que les gens se mentent malgré des faits flagrants : problèmes d'intégration, d'immigration, de travail, de finances, de violences, d'éducation; donc tant que les gens refusent de se remettre en question, de tout poser et d'arrêter de jeter la faute sur le dos des autres, nous resterons sur cette pente descendante. On parle de révolution à l'échelle mondiale et de dépression (avec crise de nerfs) à l'échelle humaine, ces dénominations symbolisent le moment où l'on touche le fond et l'on remonte.
A nous de savoir comment nous remonterons, avec le front national, avec un pays démembré exangue de ses valeurs, avec un communautarisme à l'anglaise?
Pour l'instant, le plus important est de débattre et d'informer pour que nous, citoyens, puissions agir envers les élus et informer les français. Comme ce que vous faites Melle Sorel
Écrit par Stéphane | 16 octobre 2009
Je n'ai qu'une chose à vous dire : bravo et surtout continuez ! Toute la France vous soutient et vous souhaite bon courage !
Écrit par PP | 16 octobre 2009
"C’est comme s’il faisait appel alternativement à des parties de cerveau différentes ...". J'ai bien peur, Madame, que la réalité soit bien plus prosaïque. Naïvement, j'ai cru aussi, un moment, en la sincérité de Nicolas Sarkozy : il était si "convaincant", après 12 ans de Mr Chirac. Hélas, Nicolas Sarkozy, n'est lui aussi qu'un politicien comme les autres, probablement prêt à vendre sa maman pour rester quelques jours de plus au pouvoir... Il suffit de voir avec quelle facilité il a laissé tomber les réformes qu'il nous avait promises, tout en essayant de nous faire croire qu'elles étaient faites malgré tout... Alors la diversité, tant que ce sera vendeur dans l'"opinion", nous en aurons, et aussi du multiculturalisme, et de la discrimination positive. Je ne crois plus qu'il puisse secourir la France, comme vous le dites, il s'est simplement condamné à suivre l'"opinion" de la France. Et nous, nous en sommes réduits à attendre l'épilogue, en comprenant trop bien que l'évitement du gouffre ne passe plus que par le prévisible revirement de l'"opinion" quant au "vivre ensemble". Hélas, vous et moi savons où cela nous mène.
Écrit par Stephan le Girondin | 16 octobre 2009
Madame,
je lis votre "puzzle de l'intégration".Merci pour ce texte, vraiment merci. Par deux fois je crois je vous ai entendue sur France Culture avant de commander votre étude; vous exprimez, comme je ne saurais le faire , ce que je ressens. Je suis retraité après avoir travaillé toute ma vie dans le secteur social. Enfant je jouais avec Miloud et Taya mes voisins en Auvergne. Nous étions heureux.
Écrit par Picque Christian | 16 octobre 2009
Il n'y a RIEN à attendre de Sarkozy.
Ceux qui n'ont pas encore compris ça aujourd'hui sont irrécupérables.
Sarkozy vit sa vie et la France n'est qu'un moyen pour lui de s'éclater! Point barre!
Écrit par Paris | 16 octobre 2009
Je rejoins l'avis de Paris.
Si l'on observe les actions et les discours de Sarkozy, on voit bien qu'il privilégie avant tout son statut et celui de ses proches, mais en ce qui concerne la France en tant que projet, en tant que Nation, en tant que peuple même, rien ou si peu.
Par ailleurs il est évident qu'il n'est pas républicain dans l'âme, et il est difficile de dire s'il aime la France, dans le sens le plus général du terme.
Son ascenscion politique est manifestement vécue comme au sein d'une multinationale, alors que dans ces entreprises, les carrières sont avant tout individualistes, et l'esprit du collectif n'existe pas. Tout n'est qu'opportunisme. Nous en sommes là au niveau de la politique également, donc.
Dans un certain sens, de l'extérieur il paraît incohérent, mais de l'intérieur je pense qu'il est totalement cohérent avec lui-même et sa philosophie: ascension sociale, promotion de sa famille et des siens, protection et renvois d'ascenseur avec ses amis (politiques mais aussi industriels), etc.
En face, je pense qu'en tant que peuple et en tant qu'individus, nous sommes aliénés. Je ne me fais pas l'avocat de l'anarcho-primitivisme, mais je pense que le libéralisme et le management modernes ont bien réussi leur coup, à créer des individus déracinés et laissés seuls isolés face au libéralisme déchaîné, à la violence de la finance et du capitalisme au service des seules élites, qui créent pour elles-mêmes des règles bien plus souples pour se protéger (parachutes dorés, etc.).
Il n'est donc pas étonnant que les Français soient apathiques. Ils vont d'ailleurs jusqu'à se suicider - quasiment en masse - au travail, alors qu'autrefois ils auraient certainement choisi de se battre, quitte à y laisser leur peau, avant d'y passer eux-mêmes.
Tout n'est donc que rapport de forces, et aujourd'hui la balance n'est pas du côté du peuple, mais cela n'est pas propre à la France, le même phénomène se produit partout dans le Monde à un niveau ou un autre.
Sarkozy n'est donc juste que le produit de son époque... tout cela avait commencé bien avant qu'il n'arrive. Aujourd'hui c'est juste que cela se voit, et que l'on s'approche lentement mais sûrement du point de rupture...
Écrit par Demos | 19 octobre 2009
Le paragr. de Demos relatif aux suicides: "mais c'est bien sûr!" Je n'y avais pas pensé mais le fait est, en effet,assez symbolique.
Pauvre France! Pauvres Européens décatis! Sauve-qui-peut!!!
Écrit par Paris | 19 octobre 2009
c'est bon... on va pas refaire comme en 39!!!!!!
il est l'heure de se serrer les coudes et de ne plus lacher prise
Écrit par Stéphane | 19 octobre 2009
tout sonne creux en ce moment dans ce pauvre pays, j'attends le pas fatal, après, on y verra plus clair
Écrit par padirac | 19 octobre 2009
Stephan le girondin dit que Sarkozy agit en fonction de l'opinion publique.
Non !
Il suit les médias qui se veulent faiseurs d'opinion
Il suit les médias qui prennent souvent des positions en total décalage avec ce que ressentent et pensent les français.
.
Écrit par Loulou | 20 octobre 2009
Monsieur Sarkozy ressemble à une girouette, un ustensile à usage multiple, à géométrie variable dont la position fluctuante obéit, non pas aux principes républicains, ni d’avantage aux valeurs laïques, mais à l‘air du temps où les courants les plus forts, les plus sournois, règnent en maîtres. Voilà un signe que notre dignitaire au-dessus de tous et au-dessous de tout, en véritable caméléon de la pensée, n'a d'autre envergure que celle d'un sophiste dont la rhétorique aussi brillante qu‘inféconde, dirige le navire droit vers son cap funeste. Voyez le triste spectacle du paquebot France avec sa suite de capitaines avertis fonçant sur l’écueil sans crier garde . Alors, reste une évidence: le tribun se réserve avec ses proches les meilleures places au balcon pour un horizon qui chante. Craignons que celui des nôtres soit moins pimpant, plutôt du genre « pin-pon ». Il est vrai, le sinistre avance sur un tapis rouge de fariboles qui embrase plus qu’il n’éteint ou protège!
Écrit par Cyril | 20 octobre 2009
Je ne suis pas sûr que les discours contradictoires du président soient aussi importants que ça, ni même son action.
Je ne suis pas sûr non plus que S. Royal eut mieux réussi (car c'était bien ce choix là qui nous était proposé).
Contrairement à ce que certains posts laissent supposer, "toute" la France n'est pas en phase avec Mlle Sorel. Ca se saurait.
Une minorité importante, aux commandes de nombreux leviers politiques-syndicaux-médiatiques, a réussi non seulement à rendre son discours dominant mais également à faire taire ses opposants.
C'est la raison pour laquelle Finkielkraut, par exemple, est catalogué fasciste (ça le disqualifie a priori), et que Mlle Sorel doit se méfier comme de la peste de la récupération de ses écrits par l'extrême droite (qui saura habilement travestir sa pensée).
La réforme du lycée est à la fois au coeur du propos de Mlle Sorel, mais également au coeur des fragilités de notre régime. Darcos a déménagé après avoir été invité à adoucir son texte. L'éducation nationale est à la fois au centre du débat mais ses manettes sont tenues par des chantres du multiculturalisme benêt, du sanglot permanent de l'homme blanc, de l'antisionisme compulsif, du freudisme mal digéré qui voit toujours des circonstances atténuantes chez l'agresseur, etc.
Et l'UMP n'y peut mais, surtout avec un électorat qui met de plus en plus ses enfants dans le privé, aggravant mécaniquement les problèmes du public.
Écrit par tarnopol | 21 octobre 2009
Bonjour
Avez-vous déjà réfléchi à la question de la double nationalité ? Personnellement, j'y ai pensé et je trouve qu'il ne faut pas l'accepter. Il y a des pays où cela n'est pas possible, où il faut renoncer à sa nationalité d'origine pour prendre celle du nouveau pays. Cela permettrait de faire déjà un bon tri parmi ceux qui "épousent" la France et ceux qui ont des arrière-pensées. Qu'en pensez-vous ? Le droit du sol non plus ne doit pas être automatique.
Écrit par Pascal | 01 novembre 2009
Écrire un commentaire
NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.

