06.06.2008

Rachida Dati : quand l’hôpital se moque de la charité…

L’annulation d’un mariage à Lille pour cause de non-conformité de la marchandise reçue, et donc retournée à l’envoyeur – car il s’agit de cela et de rien d’autre, tant le statut de la femme se trouve atrophié au sein de certaines familles – suscite de très vives réactions de la part de notre classe politique. Or, cela fait bien longtemps que de telles histoires se produisent sur la terre de France, terre dite des droits de l’Homme. De même que cela fait bien longtemps qu’une écrasante proportion de mariages « mixtes », qui ne possèdent de mixte que le nom, ne sont dans les faits que l’aboutissement de tractations entre deux parties, dans le but de permettre à l’heureux élu, qui réside de l’autre côté de la Méditerranée, d’obtenir ce que je dénomme dans Le puzzle de l’intégration « le fameux sésame ». Par leur nombre très élevé, ces mariages sont devenus une question centrale, car ils sont une cause directe de l’aggravation du problème de la non-insertion et de la non-intégration. Cette question n’est en effet pas étrangère au refus de plus en plus manifeste de l’utilisation, par les migrants et leurs descendants, de la langue française ; au durcissement des positions des « jeunes » issus de l’immigration ; à l’importation d’attitudes ou de convictions que les Français ne sont pas prêts à reconnaître, car ils les considèrent comme antinomiques de l’identité française… Si le taux de mariages mixtes pouvait, à une époque bien antérieure, être le signe d’une amélioration de l’intégration, il est à présent devenu le signe patent de l’échec de l’intégration.

Alors, quoi de neuf sous nos tropiques ? Ce qui est nouveau, c’est qu’apparaît au grand jour, aux yeux des Français de souche, et grâce à l’inacceptable décision du TGI de Lille, la brutalité de situations bien réelles qui ont cours en France. Et à présent, beaucoup de nos hommes et femmes politiques qui savaient déjà tout cela ne peuvent plus détourner les yeux et faire comme s’ils n’avaient rien vu. La classe politique, dont le devoir est d’anticiper, démontre ici avec brio qu’elle est en réalité à la traîne. Afin que la question des mariages de complaisance, qui rend encore plus improbable l’intégration de ceux qui se trouvent déjà sur le territoire français, soit véritablement prise en considération par notre classe politique, souhaitons qu’une affaire terrible – aux yeux des Français – surgisse dans le paysage public. La gouvernance par scandales successifs viendrait ainsi au secours de notre société.

Extrait du Puzzle de l’intégration : « Les familles de l’immigration récente qui ont des enfants en âge d’être mariés, se trouvent extrêmement sollicitées pour conclure des alliances […] Cela pose un problème d’une extrême gravité aux enfants de l’immigration, qui perdent par la même occasion la liberté du choix de leur conjoint, ou qui s’engagent dans une lutte acharnée et parfois désespérée pour la préserver.

Cette aberration couvre tantôt des mariages de complaisance, tantôt des mariages forcés pour que les heureux bénéficiaires puissent à leur tour devenir « Français ». Ce phénomène est connu depuis très longtemps par notre classe politique. En pensant défendre la liberté de mariage des enfants issus de l’immigration avec des étrangers, les Français soutiennent le plus souvent, dans les faits, la confiscation de la liberté de ces enfants de se marier avec le conjoint de leur choix. »

Dans ce contexte, Rachida Dati fait preuve d’un incroyable toupet en rejetant sur la gauche la responsabilité de tous les errements en matière de politique d’intégration, alors que la droite et la gauche ont partagé le pouvoir à quasi-égalité depuis trois décennies. Comment peut-elle se permettre de telles attaques, elle qui a de prime abord trouvé des justifications à cette annulation de mariage? Rachida Dati est-elle bien placée pour critiquer la politique d’intégration menée par la gauche ? Elle qui fut conseillère à la prévention de la délinquance de Nicolas Sarkozy Place Beauvau ; période qui n’a pas vu la délinquance des enfants issus de l’immigration régresser, mais au contraire exploser, comme elle l’exposait elle-même le 22 juin 2007 au Tribunal de Grande Instance de Bobigny. Le coût de l’incarcération d’un mineur, arme lourde mais impuissante bien que très prisée de l’actuel Ministre de la Justice, est d’environ 230 000 euros par an. Ne serait-ce que pour contribuer au nécessaire allégement de la dépense publique, l’État ne devrait-il pas se muscler davantage sur les dossiers dont il se doit d’assumer la responsabilité, puisque le « bien vivre ensemble » en dépend ? Pour mémoire, je rappellerais ici ce que Rachida Dati ne peut en aucun cas ignorer : contrairement à ce qu’elle a osé affirmer devant la représentation nationale, ce qu’elle dénomme « la politique des grands frères » n’a jamais été fabriquée par la gauche…

Il me semble par ailleurs important de préciser que ni la gauche, ni la droite n’ont souhaité mener la France au chaos. Notre personnel politique a considérablement sous-estimé la complexité des problèmes. Il a parié sur le fait que le temps viendrait à bout de toutes les difficultés. Combien de fois ai-je entendu dans le milieu politique : « la France en a vu d’autres » ! Quel regard la société porterait-elle sur un parent qui aurait observé avec autant de détachement et d’indifférence son enfant soumis à une terrible épreuve ?

Vu la gravité des défis que nous devons tous participer à relever, il est irresponsable de dépenser la moindre énergie à tenter de déterminer qui, de la gauche ou de la droite, sur le sujet de l’intégration, a par le passé perpétré le plus grand nombre de mauvaises actions politiques. Je pense qu'il est désormais bien trop tard pour se permettre un tel luxe. Nous devons veiller à nous focaliser sur ce qui se déroule, et il est manifeste que l'équipe politique qui détient aujourd’hui le pouvoir de décision, si elle n’est pas raisonnée à temps, affaiblira de manière irréversible, sans l’avoir prémédité, les fondations de la maison France ; j’insiste sur le terme « irréversible ». L’ironie du sort pour les Français est que l’élection présidentielle de 2007 se sera gagnée sur le thème de l’identité nationale.

 

31.05.2008

De l’accommodement raisonnable dans les sociétés dites développées…

L’« accommodement raisonnable », que je décris dans Le puzzle de l’intégration, est une thèse concoctée par de savants experts et reprise par des hommes politiques gourmands de solutions « prêtes à poser » ou « prêtes à penser », et qui n’ont pas su comprendre que l’insertion des flux migratoires n’était pas un luxe, mais une obligation si l’on souhaitait préserver la stabilité des sociétés d’accueil. Je précise bien que j’évoque ici l’insertion (obligatoire), et non l’intégration (facultative). Voir Le puzzle de l’intégration pour les différences fondamentales entre ces deux concepts.

Extrait du préambule de la Constitution :

« Le peuple français proclame solennellement son attachement aux Droits de l’Homme et aux principes de la souveraineté nationale tels qu'ils ont été définis par la Déclaration de 1789 […] »

Art. 5 de la Déclaration des Droits de l'homme et du citoyen :

« La Loi n'a le droit de défendre que les actions nuisibles à la Société. Tout ce qui n'est pas défendu par la Loi ne peut être empêché, et nul ne peut être contraint à faire ce qu'elle n'ordonne pas. »

Que m’inspire la récente annulation d’un mariage par le TGI de Lille ? La réponse figure dans Le puzzle de l’intégration :

« La société française est encore très loin du modèle de société qui saurait être jugé acceptable par nombre de ses migrants. Elle n’est donc qu’au début des demandes de son adaptation. Son attitude freudienne (compréhension, justification et mansuétude) est systématiquement interprétée comme autant de signes de faiblesse, par tous ceux qui ont été éduqués dans une culture privilégiant les attitudes et les modes de communication basés sur l’autorité et le rapport de forces. Plus elle sera perçue comme accommodante, et plus les demandes d’accommodation afflueront, obligeant de fait l’individu d’origine immigrée à se plier aux lois dictées par son groupe d’origine, et non plus à celles que dicte la République. Une République faible ne sera d’aucun secours pour l’immigré confronté au processus d’insertion, et à plus forte raison à celui de l’intégration.

L’engagement de la République à faire respecter ses fondamentaux soutient et guide, par ailleurs, ceux qui hésitent, ceux qui titubent face aux difficultés de l’acceptation d’une identité différente de celle de leurs ancêtres biologiques. Plus la République sera forte, plus elle sera en mesure de donner force et courage à ceux qui souhaitent l’intégrer, car c’est elle qui assumera, face à son groupe d’origine, la responsabilité de l’adaptation de l’individu dans le processus d’insertion, puis dans celui de l’intégration. Plus la République sera faible et le montrera, plus l’individu se trouvera dans l’obligation de la sacrifier.

C’est à l’État qu’incombe la responsabilité de trouver le moyen de faire triompher le respect de ses fondamentaux, et en particulier ceux des Droits de l’Homme. Celui qui veut s’insérer ne le peut pas toujours, car la réplique de son groupe peut s’avérer beaucoup plus insupportable que celle de la société française. Sans une assurance de protection forte, incarnée par une République qui assume ses responsabilités, beaucoup ne sauront pas franchir le pas d’une insertion, et encore moins d’une intégration, dont le coût peut se révéler dissuasif. La République ne doit plus fermer les yeux ou les détourner, pour simuler n’avoir rien vu. Elle se doit de toujours rester aux côtés des « faibles », et de les protéger en étendant sur eux le manteau de ses valeurs fondamentales. »

La France fut une terre des Droits de l’Homme, mais la France ne l’est plus. Le redeviendra-t-elle ? C’est le défi le plus important qu’elle doit relever dans le contexte d’aujourd’hui. Si elle échoue, elle sera au mieux vouée au sort tragique de la société libanaise régulièrement secouée de convulsions, et au pire à la scission.

29.05.2008

Pourquoi faire compliqué quand on peut faire simpliste ?

Les exemples ci-dessous étant tirés de notre vie politique, je ne peux même pas me permettre la mention « toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite.

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Notre école maternelle ne parvient pas à mettre tous les enfants debout. Beaucoup d’entre eux parviennent encore à quatre pattes à l’école primaire. Cela les empêche de saisir toutes les perches que leur tendent les enseignants du primaire.

Solution : supprimer la maternelle.

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La carte scolaire est contournée par les parents qui ont la possibilité de ne pas faire payer à leurs enfants plusieurs décennies d’errements de notre classe politique.

Solution : supprimer la carte scolaire.

Pour les effets pervers, voir les pays qui ont déjà testé et en sont revenus.

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Les enfants des banlieues sensibles qui souhaitent étudier en sont parfois, et même de plus en plus souvent, empêchés par leurs petits camarades de classe.

Solution : encourager les meilleurs d’entre eux à fuir les établissements de leurs quartiers.

Tout a été prévu. Comme cela condamnera à terme les établissements des banlieues les plus sensibles, désertés par leurs meilleurs éléments, les plus problématiques d’entre eux seront alors fermés, et leurs effectifs répartis dans d’autres établissements. C’est une nouvelle technique d’extinction des incendies : lorsque subsistent des braises, les récupérer et les disséminer. Il faudrait breveter le procédé, puis aller le proposer à tous les pompiers de la planète.

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Le baccalauréat semble n’avoir plus guère de valeur. Même en faisant plus d’un mois de grève par an, la majorité des élèves de Terminale décrochent d’ailleurs leur bout de papier. Un mois d’absentéisme n’a donc aucune incidence sur le taux et le niveau d’acquisition des programmes.

Solution : supprimer le baccalauréat. En prime, cela ferait économiser à l’État le coût de l’organisation des épreuves de vérification des connaissances.

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Nos entreprises rencontrent de plus en plus de difficultés à recruter des thésards pour nourrir leurs activités de recherche. Sur certains sujets de très haute technologie, elles ne trouvent plus un seul Français.

Solution : importer des étudiants étrangers (souvent moins bien formés que nos propres étudiants dans les domaines scientifiques). Tout est prévu : pour les domaines qui touchent à la Défense nationale, la Délégation Générale pour l’Armement tient la liste des pays à éviter ; ceux qui présentent un risque fort de secréter en leur sein de potentiels futurs terroristes, ainsi que les pays actuels ou potentiels concurrents de la France.

Mais, me direz-vous, pourquoi ne pas mettre en place les moyens de garder nos propres chercheurs qui se résolvent, souvent à contrecœur, à l’exil vers les laboratoires étrangers ? Et ne faudrait-il pas également motiver nos jeunes têtes bien formées à s’orienter davantage vers la recherche et l’innovation ?

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De plus en plus de filles sont en détresse, car les garçons les respectent de moins en moins. Ils leur mènent la vie dure. Cela empêche les filles d’étudier dans des conditions normales. Sans compter que beaucoup d’entre elles ne font plus de sport, surtout dans certains quartiers (car ça ne se fait pas… et ne parlons même pas de la piscine !!!)

Solution : inscrire dans la loi la possibilité de séparer dorénavant filles et garçons dans certains cours. Oui, c’est bien ainsi que l’on propose de traiter certains des maux auxquels se trouve soumise la société française du XXIème siècle. Des maux que Fadela Amara identifiait comme liés à l’évolution du machisme de la société française. Il fallait oser une telle explication ; elle l’a fait, et sans complexe !

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Plus de 500 000 emplois ne trouvent pas preneur en France et ce, malgré notre taux de chômage élevé.

Solution : demander au ministère de l’immigration d’importer des quotas d’immigrés.

Mais, me direz-vous, plus de 30% des jeunes sont au chômage dans les quartiers sensibles. Peu importe, puisque Jacques Attali a sorti sa calculette et déclaré : tant d’immigrés importés = tant de points de croissance en plus…

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Les nouveaux entrants rencontrent de très grandes difficultés d’insertion.

Solution : adopter la discrimination positive, et modifier pour cela le préambule de la Constitution.

Pas grand risque de faire des remous, car personne ne dira rien ou presque, et les Français n’en seront même pas avertis. C’est bien plus prudent, car ces derniers tiennent encore trop au legs de leur Histoire : pas assez modernes en effet, pas assez mondialisés.

Seul un député, Jean-Pierre Grand, a tenté, le 21 mai, d’alerter ses pairs au micro de l’Assemblée nationale : « Le préambule et l’ensemble des articles de la Constitution forment philosophiquement, juridiquement et politiquement un tout cohérent. Aussi, vous comprendrez que l’on puisse s’interroger sur les motivations du Gouvernement de dissocier l’examen du préambule de la Constitution du texte aujourd’hui soumis au vote du Parlement, alors qu’une nouvelle rédaction a été confiée par le Président de la République à une commission présidée par Simone Veil. » La presse, quant à elle, a à peine évoqué la question du préambule. Circulez, il n’y a rien à voir !

Comme me le disait très récemment l’un de mes anciens professeurs : un texte aussi fondamental, auquel on aurait apporté une modification qui ferait régresser la France de plusieurs siècles, et qui plus est, sans même en avoir prévenu le peuple, n’a aucune chance de perdurer.

L’avenir nous dira si mon professeur avait vu juste, et si c’est le cas, l’avenir nous dira également par quels moyens le peuple aura alors défait ce que son élite politique aura voulu lui imposer « à l’insu de son plein gré ».

Je tiens à dire le grand respect et l’immense admiration que j’éprouve pour les députés et sénateurs qui parviennent à rester concentrés sur la nature des véritables enjeux, et à garder la tête froide malgré la tension et la fébrilité qui règnent actuellement au palais Bourbon et au palais du Luxembourg, malgré aussi les pressions qui s’y exercent.

Une réforme qui bouleverserait le fonctionnement de nos institutions et la vie dans notre société, ne mériterait-elle pas sagesse et réflexion, plutôt que tractations politiciennes dans et entre les groupes parlementaires ?

28.04.2008

Regard de Michel Rocard

C’était il y a 18 ans, le Premier ministre Michel Rocard intervenait devant les Députés français au sujet de l’immigration-intégration. Peu importe que l’on partage ou non son positionnement politique, Michel Rocard est, à mon humble avis, une personnalité dont les analyses incitent le plus souvent à la réflexion et au questionnement. Il est terrible de constater que ses recommandations de sagesse n’auront jamais été suivies d’effet, mais que sa prophétie se sera, elle, malheureusement accomplie. On mesure combien notre classe politique, de gauche comme de droite, a été dans l’incapacité de remplir la première de ses missions, celle de préserver la France « des déchirures graves et durables du tissu social français », comme l’exprime Michel Rocard. Malgré cela, je continue de croire, comme je l’ai écrit dans le Puzzle de l’intégration, que « le peuple français va se ressaisir ».

Je vous cite ci-dessous quelques extraits de l’allocution de Michel Rocard. Si vous le souhaitez, vous pourrez la lire ici dans son intégralité.


Intervention de Michel Rocard, Premier ministre, à l’Assemblée nationale, le 22 mai 1990

« Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les Députés,

La France s’est réveillée à Carpentras avec un goût de cendres à la bouche. Il y avait donc pire que les attitudes racistes, le déni de mémoire, il nous a fallu découvrir l’horreur des sépultures violées, le supplice infligé aux morts. Cette transgression inouïe nous a laissés en état de choc. Mais le soulèvement civique des Français face à l’horreur nous donne des raisons d’espérer.

Partout en France, des jeunes et des moins jeunes, des citoyens de toutes conditions, de toutes confessions et de toutes idéologies se sont levés presque instinctivement pour faire barrage.

Ce sursaut national, s’il emprunte aux meilleures traditions de la France dont nous sommes fiers, nous crée à nous, hommes et femmes politiques, des responsabilités particulières.

Certes, on n’abolira pas en quelques semaines un climat délétère fait de peurs irrationnelles habilement exploitées, de fantasmes nourris par des données sciemment déformées, d’exaspérations individuelles, sensibles aux discours insidieux sur l’exclusion. I1 y faudra du temps, une mobilisation continue des consciences politiques et morales, bref il faudra au quotidien et en actes faire vivre nos valeurs.

Notre responsabilité, ici Gouvernement et Assemblée Nationale réunis, est de nous accorder non pas nécessairement sur la totalité des politiques mais sur les données du problème, sur une méthode, une démarche, je dirais presque une éthique du bien public.

Nous devons cela à nos concitoyens, pour que le soulèvement civique perdure, diffuse et s’approfondisse.

[…]

Aujourd’hui, pour peu que l’on remonte aux arrières grands-parents, un Français sur trois est d’ascendance étrangère.

L’intégration s’est donc réalisée. Les discriminations liées à l’origine ont pu être peu à peu surmontées. La France ne présente pas le visage d’une société faite de Communautés juxtaposées.

[…]

Il a fallu que les immigrés supportent des humiliations, consentent les efforts que demandait l’intégration. Au quotidien, elle a été tissée de multiples incompréhensions, d’une foule de petits heurts entre les populations qui ont fait la France. Les tensions ont été parfois vives. Nous nous devons de rappeler les émeutes contre les ouvriers italiens à la fin du siècle dernier, la xénophobie violente des années trente, les attentats contre les maghrébins plus récemment.

Mais, encore une fois, l’intégration s’est faite. La France a su trouver dans ses valeurs, dans ses institutions, la capacité de demeurer elle-même.

[…]

Nous devons aujourd’hui assurer le triomphe de la conception républicaine, ouverte, de la Nation, celle qui assure des droits pour chacun et fait accepter des devoirs pour tous. "Il n’y a qu’une histoire de France !", disait le Général de Gaulle en 1964 et l’immigration fait partie de cette histoire.

L’intégration qui est seule conforme au génie français, demande un effort de la population accueillante et une volonté de la population accueillie pour surmonter les difficultés réelles de la cohabitation. Il revient aux responsables politiques, aux élus de la Nation d’exprimer clairement les termes du contrat d’intégration : la collectivité nationale doit reconnaître aux résidents d’origine étrangère des droits, dont il faut assurer la réalisation effective, mais ceux-ci doivent assumer tous les devoirs de la règle commune.

Nous devons affronter les réalités d’aujourd’hui en ayant présents à l’esprit les enseignements de notre histoire. Ils nous indiquent où est le chemin, où sont nos ressources et nos moyens. Pour mettre en oeuvre une politique cohérente, il faut y ajouter un diagnostic exact sur notre présent.

Le fait majeur, qui domine les problèmes que nous rencontrons, tient à ce que la France n’est plus une terre d’immigration. Nous ne pouvons plus, en effet, recevoir un flux massif et incontrôlé sans que cela n’hypothèque gravement et tout ensemble d’abord l’équilibre social de la Nation, ensuite les chances d’intégration des étrangers installés, enfin l’avenir même de nouvelles vagues d’arrivants et des pays d’où ils viennent.

[…]

C’est justement pour assurer le respect de nos valeurs et préserver efficacement la dignité des étrangers eux-mêmes que nous ne devons en accueillir qu’autant que nous pouvons en intégrer.

A partir de ces constats, nous devons affirmer les principes qui conduisent et continueront d’inspirer la politique de notre pays.

[…]

Je ne ferai pas l’injure aux gouvernements qui nous ont précédés de croire qu’ils sont restés inertes. Nous non plus évidemment.

Refoulements aux frontières, réforme de l’OFPRA, répression du travail clandestin, tout cela commence à produire des effets tangibles.

[…]

Il reste d’une part que ces solutions exigent toujours du temps et d’autre part qu’on doit inlassablement chercher à les améliorer, à les compléter, à les accélérer.

[…]

Ce débat n’est pas législatif et ne peut donc se conclure par des décisions juridiques.

Mais il peut créer l’état d’esprit propice à l’action consensuelle et dépassionnée qu’exigent l’importance et la gravité du sujet.

Nous sommes prêts à parler de tout, loyalement, sérieusement, sereinement.

[…]

On a beaucoup parlé à ce propos du droit de vote des étrangers aux élections locales.

Tout le monde sait que les socialistes l’ont inscrit au nombre de leurs espérances comme aboutissement d’une intégration pleinement réussie, et nous n’en sommes certes pas là.

Tout le monde doit se rappeler également que le Président de la République lui-même, dans sa Lettre à tous les Français, affirmait son souhait de voir la chose se faire un jour, mais prenait acte, quitte à le déplorer, de ce qu’une grande majorité des Français y sont hostiles.

Pour ma part je m’en suis toujours tenu à cette ligne. Et sans même exciper du préalable constitutionnel, sans m’arrêter aux obstacles politiques pourtant évidents, j’ai adhéré au constat de la Lettre à tous les Français.

[…]

Pour en revenir au droit de vote des étrangers, je suis bien décidé, en ce qui me concerne, à ne pas plus en parler demain que je ne l’ai fait hier. Et j’apprécie à sa juste mesure l’effort fait par les instances du Parti socialiste pour s’engager officiellement dans la même voie, quitte à affronter à ce propos quelques difficultés qu’il saura surmonter.

Dès lors, il ne dépend plus que de vous de faire quitter à ce thème le devant de la scène.

Pour le reste, que je crois plus important, il y a deux scénarios possibles.

Premier scénario : les intérêts politiciens à court terme l’emportent. Malgré l’importance du problème chacun cherche avant tout à prendre le pas sur l’autre, consacre les ressources de son imagination non à chercher des solutions mais à prouver que l’autre est responsable, disqualifie tout effort de convergence et de réalisme, multiplie les querelles de préséances, de préjugés et subordonne toute discussion à la renonciation préalable de l’autre à toutes ses convictions.

Et l’aboutissement est connu : dans quelques années d’ici l’efficacité des efforts aura été certes pas anéantie mais largement entamée, l’impression d’échec sera dominante quelle que soit la réalité, et chaque camp renverra sur l’autre la responsabilité rétrospective des dégâts constatés. Au premier rang de ceux-ici figureraient alors des problèmes considérables et insolubles, des déchirures graves et durables du tissu social français et, accessoirement car cela deviendrait accessoire au regard de ce qui précède, nous déplorerions tous une nouvelle progression des idées les plus fausses qui sont aussi les plus indignes. Nous n’aurions plus alors en commun que les yeux pour pleurer.

Second scénario : dès demain ou après-demain, à la lumière de ce débat et de vos réactions au rapport, j’adresse à tous les dirigeants invités à Matignon un document retraçant l’ensemble des orientations ou propositions évoquées aujourd’hui par les divers orateurs, en distinguant celles qui semblent faire déjà l’objet d’un accord, celles sur lesquelles un accord est possible, celles sur lesquelles il n’y a pas d’accord.

[…]

Ces différences et ces discordes qui nourrissent l’opposition entre gauche et droite sont naturelles et saines. Mais il est des sujets et il est des moments qui exigent qu’on s’élève au-dessus des divisions, ou au moins qu’on essaye de bonne foi.

[…]

D’ores et déjà j’insiste cependant sur un point fondamental à mes yeux : nous ne pourrons réussir l’intégration des étrangers qu’à condition de réussir celles des Français exclus ou marginalisés. Nous ne pourrons apporter de réponses aux difficultés cumulées que rencontrent les étrangers qu’en répondant aux difficultés de même nature que rencontrent des Français.

C’est contre toutes les exclusions que nous devons lutter ainsi, et celles qui frappent des Français en situation difficile ne sont certes pas moins graves ou moins prioritaires que celles qui affectent les étrangers. Au demeurant, les remèdes sont souvent les mêmes, qu’il s’agisse de formation, d’emploi ou de logement, et c’est pour ces remèdes que nous devons nous battre indépendamment de l’origine de ceux qui en bénéficieront et qui ne seront pas tous des étrangers, loin s’en faut.

Si la tâche qui nous attend est immense, s’il n’y a guère de solution simple, je ne connais pas d’exemple dans notre histoire d’un défi que la France ait relevé sans succès. Dès lors qu’est fixée une direction claire et conforme à son génie propre, notre peuple est capable de venir à bout de n’importe quelle difficulté et d’étonner le monde.

Nous ne pouvons pas - hélas - soulager toutes les misères de la planète.

Nous pouvons - heureusement - intégrer harmonieusement ceux qui vivent régulièrement sur notre territoire et entendent y rester.

[…]

Mais qu’on ne compte pas sur nous pour nous décharger de l’ensemble des problèmes sur une commission de sages, si compétents soient-ils.

Car je refuse de croire définitivement inconciliables la politique et la sagesse.

C’est donc pour une fois l’ensemble des forces politiques parlementaires que j’invite à être ces sages lucides et volontaires, responsables et pondérés dont la France et les Français ont un besoin urgent. »

26.03.2008

Liberté, Égalité, Fraternité: oui, mais lesquelles?

Suite au commentaire de Stéphane : concernant le yacht, la dernière fois que j’ai pris le bateau, c’était il y a quelques années. J’ai eu un sacré mal de mer. Je ne sais pas si je retenterai l’expérience de sitôt ! Plaisanterie mise à part, voici en guise de réponse un extrait de l’entretien que j’avais accordé à Jeune Afrique :

« Parce qu’elle met en garde contre les dangers des mesures qui menacent la cohésion sociale, Malika Sorel est souvent sollicitée pour un engagement politique qu’elle a jusqu’à présent repoussé. “Je voudrais éviter d’être instrumentalisée, comme c’est actuellement la mode à Paris. Je n’ai aucune ambition personnelle, je souhaite simplement servir l’intérêt général, […] en travaillant avec des personnalités qui m’apparaîtront en mesure de pacifier les relations entre les uns et les autres. »

Le commentaire que vous évoquez, cher Stéphane, est très intéressant. Il va dans le même sens que des publications de mouvements communautaristes, qui montrent qu’une proportion non négligeable de migrants des dernières vagues ne sont habités d’aucune volonté d’appartenir à une autre communauté que celle de leurs ancêtres biologiques. C’est leur droit le plus absolu, mais c’est là que nous constatons combien le droit du sol est fâcheux, pour ne pas dire davantage. Votre commentaire rejoint également les articles de la presse anglo-saxonne auxquels Raph faisait allusion dans un précédent commentaire. Tout cela ne fait que mettre davantage en lumière la justesse des analyses de mon livre. Croyez-moi, je le dis dénuée de tout sentiment de fierté, mais plutôt habitée d’une grande tristesse teintée d’inquiétude car j’aurais préféré, pour la France, qu’il en fût autrement.

Les Français avaient déjà, depuis fort longtemps, l’intuition que l’intégration avait bel et bien échoué pour un très grand nombre d’enfants issus de l’immigration. Même en naissant sur le sol français, et n’ayant parfois jamais connu d’autre société que la société française, ces derniers se vivent et se pensent en effet comme membres de la communauté d’origine de leurs ascendants, et nullement comme membres de la communauté française, et soucieux à ce titre du destin de la France. Éduqués dans des environnements familiaux au fonctionnement tribal qui n’attachent quasiment aucune importance à la liberté de l’individu, ils apprennent, dès le plus jeune âge, à considérer que tous ceux qui sont nés au sein de leur tribu (« droit du sang »), non seulement leur appartiennent, mais ne peuvent, de ce fait, que s’inscrire dans une logique d’opposition à tous ceux qui ne sont pas estampillés membres de la même tribu. La Liberté, telle que les Européens la conçoivent depuis maintenant plusieurs siècles, n’a guère de sens pour eux. Dans ces communautés, l’identité n’est pas dynamique ; elle est figée… avec les conséquences que l’on sait.

En janvier dernier, en plein débat sur la possibilité d’élire un président Noir aux États-Unis, il fut rappelé que Bill Clinton avait été qualifié il y a quelques années, pour les actions qu’il avait menées en faveur des Noirs, de « premier président Noir ». Ce à quoi Barack Obama rétorqua : “I would have to investigate more Bill’s dancing abilities and some of this other stuff before I accurately judged whether he was, in fact, a brother.” Barack Obama, qui aspire à diriger les États-Unis, sous-entendait, avec sa métaphore, qu’un Noir était nécessairement son frère, tandis que ce n’était pas le cas de tous les Blancs. Imaginez le tollé si Hillary Clinton ou John Mc Cain avaient osé évoquer une fraternité Blanche… Barack Obama fut notamment formé par le pasteur Jeremiah Wright qui, bien qu’Américain, préfèrerait entendre dire « que Dieu maudisse l’Amérique » plutôt que « Dieu bénisse l’Amérique ». Une majorité de Noirs américains refusent qu’on les qualifie d’Américains, et préfèrent la dénomination « African-Américan »…

Je l’ai écrit dans « Le puzzle de l’intégration » : la Fraternité, au sens où l’entendent les peuples européens, n’est pas du tout universelle. Barack Obama l’illustre en substance. De même, les valeurs « Liberté » et « Égalité » de la devise républicaine ne revêtent absolument pas la même signification pour tous les peuples. C’est la raison pour laquelle il faut veiller à ne jamais accorder, à ceux qui n’ont pas été éduqués dans un univers familial imprégné de ces valeurs si chères au peuple français, quelque intérêt que ce soit à se replier encore davantage sur leurs « tribus ». Si cette monumentale erreur était commise et que notre société se retrouvait officiellement clivée par la reconnaissance de la « diversité », alors il n’y aurait plus aucun espoir que les enfants issus de l’immigration s’imprègnent un jour des valeurs fondamentales de la société française. Quid alors de la paix civile ?

Le cas des États-Unis est un remarquable exemple de modèle à fuir. Bien que Noirs et Blancs y partagent de nombreuses valeurs fondamentales, basées sur une même culture (ce qui participe à les protéger d’affrontements intercommunautaires), ils ne parviennent toujours pas à se penser autrement qu’en Noirs et Blancs. Quoi de plus normal, puisque ce n’est que la conséquence du clivage entretenu par la discrimination positive (rebaptisée en France « respect de la diversité »). Ces dernières semaines, nos journaux ont largement évoqué l’apparition de la question raciale dans la campagne présidentielle américaine ; mais à ma connaissance, aucun journaliste n’a tenté de pousser l’analyse sur ce point. Pire, certains, dans un même papier, dénonçaient le clivage de la société américaine tout en appelant notre classe politique à tenir compte de l’origine ethnique ou raciale dans la composition des équipes. Cela n’aura pas échappé au Président du groupe UMP à l’Assemblée nationale, Jean-François Copé, qui souhaite profiter de sa tentative de sauvetage du rapport Attali pour y ajouter en prime la question de la diversité. En effet, dans la liste des inepties du rapport Attali, il manquait bien celle-là !!!

Nous vivons une époque paradoxale, où les savoirs sont largement répandus dans les sociétés dites « développées », et où pourtant la misère est immense dans de nombreux domaines sur le plan de la cohérence des idées.

21.03.2008

Tangue navire, tangue…

Extrait du Puzzle de l’intégration : « Parmi ceux qui votent, beaucoup estiment n’avoir pas d’autre choix que de faire tanguer le navire France à chaque élection, éjectant ainsi par le jeu de l’alternance ceux qui détiennent le pouvoir. Ce “jeu” est dangereux, et il ne faudrait pas qu’il fasse un jour chavirer le navire ! »

Malgré les apparences, la gauche n’a pas gagné les dernières élections ; c’est la droite qui a reçu un avertissement, plus que sévère. Une droite boudée par son électorat : le taux d’abstention a atteint un niveau inégalé depuis 1959. Aux optimistes béats, convaincus, vu le taux de participation à la dernière présidentielle, que les Français avaient renoué avec la confiance en leur personnel politique, les présentes élections viennent d’apporter un démenti cinglant.

La situation de la France devient de plus en plus dangereuse car, sans espoir d’une alternative politique crédible à laquelle confier la conduite de son destin, l’étape suivante pourrait bien voir le peuple français, très au fait de la réalité des défis qui se posent à lui, en venir à la moindre étincelle à mettre le feu aux poudres. La nette dégradation des conditions économiques pourrait constituer le détonateur. D’autant que la classe politique, appliquée depuis vingt-cinq ans à niveler par le bas le niveau d’enseignement et obnubilée par la question des banlieues, a magistralement négligé la création de nouvelles perspectives de développement économiques. Or, la capacité d’innovation qui permet de garder une longueur d’avance se prépare très en amont.

L’électorat n’aura pas été abusé bien longtemps. Appâté par l’odeur alléchante d’un discours déterminé aux accents populistes sur l’identité nationale, il avait accouru, nourri du fol espoir que son profond malaise avait été entendu, et surtout convenablement décrypté. Il s’est rapidement aperçu que la droite, pas plus que la gauche, ne semblait vouloir s’atteler à traiter de manière responsable ces problèmes essentiels pour l’avenir de la société française. L’élection présidentielle s’est jouée sur le thème de l’identité nationale, et je ne doute pas un seul instant que les historiens l’écriront un jour. Ce sujet est central, car il participe à engendrer malaise, peur et perte de confiance ; cela empêche les Français de regarder vers l’avenir avec courage.

Au travers de la réflexion sur l’identité nationale se pose la question du choix du projet de société pour la France de demain. C’est la raison pour laquelle un des chapitres du Puzzle de l’intégration s’intitule « Deux identités, deux projets de société ». Je tiens à préciser que je fais ici référence à des projets assis sur des valeurs philosophiques, et non pas sur des considérations de peuplement racial ou ethnique. Il n’est, d’autre part, nullement question d’opérer quelque hiérarchie que ce soit entre différentes identités. Chaque peuple a droit au respect, sur son territoire, de son identité propre ; une identité qui est, bien entendu, dynamique, mais qui ne saurait évoluer au corps défendant du peuple lui-même. Sur ce thème, l’Histoire nous fournit de sages démonstrations et d’utiles avertissements, mais les hommes retiennent-ils les leçons de l’Histoire ? Focalisés sur le passé, ils sont bien trop souvent aveugles au présent. L’éternel recommencement des tragédies en témoigne.

Le repli des Français sur eux-mêmes, lié à l’angoisse générée par ce qui leur est donné d’observer ou de vivre au quotidien, est une réalité. Ce repli est pour l’instant silencieux, mais il ne le restera pas pendant encore des décennies, étant donné que notre classe politique s’emploie à des actions contre-productives qui enveniment de surcroît les relations sur le terrain, telles que les politiques préférentielles ou encore l’obligation pour chaque commune d’accepter un quota de logements sociaux, interprété par les Français comme la promesse de voir fleurir un jour au pas de leurs portes des émeutes de « jeunes » issus de l’immigration.

Certains sujets sont extrêmement complexes à décrypter, et les solutions à mettre en œuvre ne peuvent produire de résultats instantanés. Dans ces conditions, notre société court le danger qu’un programme à la Jean-Marie Le Pen, fondé sur le repli sur soi et la haine d’autrui, ne soit un jour soutenu, en silence, par une majorité. Seuls ceux qui vivent à l’abri des palais dorés peuvent penser que le lepénisme est mort. Non seulement il ne l’est pas, mais tel la poussière dans « Cent ans de solitude », il s’est infiltré par tous les interstices, pour la simple raison qu’il offre le leurre d’une réponse à effet immédiat à des Français déboussolés par une grave crise de confiance ; à des Français également effarés par l’incohérence de leurs « élites » politiques, journalistiques et intellectuelles, qui dans le même temps vont s’offusquer de certains événements à travers le monde, et les taire ou les applaudir lorsqu’ils se produisent dans l’Hexagone, allant parfois jusqu’à les saluer comme autant de manifestations de l’avènement d’une société multiculturelle…

Mon inquiétude ? Que le contexte économique se dégrade fortement. Il est alors à craindre que « l’étranger », ou celui qu’on identifie comme tel, ne devienne le bouc émissaire ou le souffre-douleur.

Je forme un vœu : que la gifle que vient indiscutablement de recevoir le Président de la République le pousse à s’assagir, et à renonçer à tout ce qui participera à éloigner encore un peu plus les enfants issus de l’immigration de l’insertion dans la société française, pour ne pas rapprocher un peu plus la France de tensions civiles dramatiques. Nicolas Sarkozy doit donc renoncer à la mise en danger de la laïcité, à la discrimination positive, à l’inscription de la diversité dans le préambule de la Constitution, à la refonte stérile de la justice des mineurs… J’espère, pour le bien de la France, qu’il choisira d’emprunter la voie de la cohérence.

13.03.2008

Un épouvantail bien commode, mais très lourd de conséquences...

Les élections sont arrivées, la droite est en difficulté, et comme par enchantement revoilà le sujet de l’immigration-insertion-intégration, qui tente de se rappeler au bon souvenir des électeurs. Christian Estrosi évoque le code de la nationalité ; Nicolas Sarkozy s’invite à Toulon pour évoquer l’immigration et l’intégration. Ne manquent plus à ce tableau que les images de voitures brûlées aux journaux de 20h. Combien d’élections à raviver les tensions, à exacerber les passions, à stigmatiser, à créer de la souffrance parmi les Français issus de l’immigration, mais aussi parmi les Français de souche ? Combien d’élections à tenter de vendanger « les raisins de la colère » ?

Depuis trente ans, un sujet essentiel pour l’avenir de la France est exploité lors des échéances électorales dans le seul but - inutile de jouer les innocents - d’influencer le vote d’électeurs effrayés. Et ensuite ? Ensuite, rien : électroencéphalogramme plat. Au lendemain de chaque élection, notre pays retourne à ces problèmes qui enflent, enflent et qui, sans sursaut rapide, finiront un jour par faire sortir le fleuve France de son lit. Au vu des défis considérables que la France doit à présent affronter et relever, tous nos partis politiques, sans faire de jaloux, méritent un carton rouge. Bien sûr, quelques voix politiques s’élèvent parfois çà et là pour tenter de délivrer un message cohérent ; mais elles sont encore bien trop isolées, et leur message n’est pas toujours aisé à déchiffrer par une population que certains discours faciles d’accès, aux accents un peu trop populistes, ont rendue quelque peu paresseuse.

Ce qui me préoccupe le plus, c’est le cancer de l’ignorance qui semble ronger notre classe politique, entre les mains de laquelle réside pourtant le destin de la France. Ignorance insupportable et incompréhensible de la réalité des causes profondes de l’échec de l’intégration. Ignorance qui a divisé la France en bourreaux et victimes ; ignorance qui a poussé notre système éducatif dans un coma profond, dont les enfants issus de l’immigration paient aujourd’hui le plus lourd tribut, et la France aussi par conséquent ; ignorance qui pousse Valérie Pécresse à s’employer à aggraver la situation, en introduisant la discrimination positive dans l’enseignement supérieur (commission Wieviorka) ; ignorance qui pousse à l’importation de modèles de société qui ont pourtant échoué (comme l’« accommodement raisonnable » canadien, ou la segmentation du corps social par des politiques préférentielles comme aux États-Unis ou en Inde) ; ignorance de la souffrance de nombreux enfants issus de l’immigration, otages d’une dissonance identitaire ; ignorance qui pousse la France sur un chemin qui lui sera fatal, celui de l’inscription de la « diversité » dans le préambule de sa Constitution. Je vous renvoie à la lecture du Puzzle de l’intégration pour saisir la relation de cause à effet.

Aujourd’hui, le dernier témoin de la Grande Guerre nous a quittés. C’est l’occasion pour le peuple français de regarder, mais aussi d’analyser son passé, et de se rappeler que ni la paix, ni la liberté ne sont jamais acquises pour l’éternité, et que pour cette raison elles doivent faire l’objet d’une vigilance et d’un esprit de responsabilité chaque jour renouvelés.

Loin de leur venir en aide, ceux qui utilisent le sujet de l’immigration-insertion-intégration comme épouvantail desservent les Français dans leur ensemble. Ils empêchent en effet l’installation du climat apaisé et serein qui aiderait au traitement sage d’un sujet très sensible, car porteur de grande souffrance.

28.02.2008

Faites vos jeux, rien ne va plus !

Selon Rama Yade, la gauche l’attaquerait non pas sur la base de considérations politiques, mais en raison de son origine raciale. Rama Yade accuse donc l’un des trois partis les plus importants de la vie politique française d’être raciste : « Cette gauche qui dit défendre les modestes, les minorités et les immigrés, c’est cette gauche qui s’en prend à moi, qui ne suis que numéro 3 de la liste, je le rappelle, qui s’en prend à moi parce que je suis Noire. » (Colombes, le 16 février 2008)

Est-il anodin qu’un ministre de la France porte une telle accusation ? Non, car il est évident que sa voix, celle d’un représentant de l’État, sera entendue comme une vérité par tous ceux qui seraient enclins à s’identifier à elle en raison de la couleur de leur peau. Est-il responsable de jouer avec le feu en attisant la haine ambiante ? Non, c’est totalement irresponsable.

Alors qu’elle participait le 30 janvier dernier au dîner annuel du CRAN (Conseil représentatif des associations Noires), Rama Yade avait déjà illustré sa propension à se vivre comme Noire avant tout : « Après tout, les Blancs votent à droite, à gauche ! Bon, pourquoi, nous, nous devrions tous voter dans le même sens ? […] Ne serait-ce que par intérêt. Y’a Ségolène Royal, y’a Sarkozy. Sarkozy avait 50% de chances. Qu’est-ce qu’on fait s’il gagne ? Et il a gagné. Qu’est-ce qu’on fait ? C’est fini pour les Noirs ? […] »

Rama Yade a été vice-présidente, et reste administratrice, du Club XXIème siècle (créé, entre autres, par Rachida Dati). Ce club affiche publiquement sa détermination à œuvrer pour favoriser l’ascension des personnes d’origine étrangère dans les cercles du pouvoir. Rien ne vous choque ? Imaginez donc la création, demain, d’une organisation qui afficherait comme ambition de favoriser l’ascension des Français de souche… Allô, M. Louis Schweitzer (HALDE) ?

Le 21 décembre 2007, le Roi du Maroc installait le Conseil de la Communauté marocaine à l’étranger (CCME). Parmi les missions qu’il assigne à ses membres, figure celle d’œuvrer à « l’essor de leur mère patrie, au renforcement de son rayonnement international ». Quoi de plus naturel pour des citoyens marocains, me direz-vous ? Bien sûr, sauf que parmi les membres de ce conseil figurent des personnalités très actives au sein de structure nationales françaises à caractère politique. Je vous laisse juges :

  • Najat Belkacem, membre du cabinet du maire de Lyon et porte-parole de la candidate Ségolène Royal aux dernières élections présidentielles ;

  • Abdellah Boussouf, vice-président du Conseil français du culte musulman (CFCM), nommé Secrétaire général du CCME ;

  • Najat Azmy, Conseillère municipale de la ville de Roubaix, présentée par le PS à la députation pour la circonscription de Tourcoing ;

  • Driss El Yazami, membre du Conseil d’administration et du Conseil d’orientation de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration en France, nommé Président du CCME.

Trouverait-on acceptable que demain, des Français possédant aussi la nationalité américaine, en position d’influencer les plus hautes sphères du pouvoir politique de la France, puissent accepter une mission officielle de la part de George Bush pour œuvrer à l’essor de leur mère patrie, les États-Unis d’Amérique ? Ou que des concitoyens de sensibilité juive acceptent une telle mission au service de l’État d’Israël ?

Rachida Dati ne figure pas parmi les membres du conseil installé par le Roi du Maroc, mais voici, dans le même registre, ce qu’elle confessait dans un entretien que je cite dans Le puzzle de l’intégration et qu’elle avait accordé le 31 août 2006 à un journal marocain : « C’est toujours comme ça, je bascule entre les affaires d’ici et de là-bas [Maroc] […] Je me sers de mon carnet d’adresses. J’aide aussi des Marocains résidant en France à régler certains problèmes. J’ai créé le Club XXIème siècle avec des personnes d’origine maghrébine qui aident les gens de très haut niveau à être visibles dans la société française […] Je suis toujours allée au Maroc en disant “on est votre première vitrine”. Peut-être considèrent-ils qu’on n’est pas assez malléables. C’est dommage, ils [les pouvoirs politiques marocains] se privent d’une vraie représentation […] Moi, je donne pour le Maroc, j’aimerais aussi un peu de retour. J’ai toujours entendu dire au plus haut niveau de l’État [marocain] qu’on était les bienvenus et qu’on était des Marocains. Tant que ce discours ne sera pas contredit, je continuerai à me battre pour mettre le pied dans la porte de ce pays. »

Un Président de la République française qui se rend au dîner annuel du CRIF escorté d’une armada de ministres ; Alain Juppé qui se dit respectueux des principes républicains, et fait néanmoins ses emplettes municipales guidé par le marketing communautariste, et dans le panier duquel on retrouve, aux élections de Bordeaux, la présidente régionale du CRAN… Pour compléter le décor de cette France atomisée par le manque de vision de sa classe politique, ne manque plus que la création du Conseil représentatif des Français de souche. Faites vos jeux, rien ne va plus !

26.02.2008

Quand l’État perd la raison

Extrait du Puzzle de l’intégration : « Le même phénomène se produit en France depuis plusieurs années. Plusieurs centaines de milliers d’emplois ne trouvent pas preneur, en majorité dans le bâtiment, la restauration et l’hôtellerie. Dans le même temps pointent au chômage des centaines de milliers de jeunes sans qualification, qui pourraient aisément être formés pour répondre à ces besoins. »

Dépêche Reuters du 25 février 2008 : « Signature d’un accord d’immigration entre Paris et Dakar : Concernant l’immigration professionnelle, l’avenant ouvre le marché du travail français aux ressortissants sénégalais dans 108 métiers, qualifiés et non-qualifiés, correspondant à des secteurs divers de l’économie et dont la liste a été établie en tenant compte à la fois des besoins de main d’œuvre de l’économie française et des souhaits exprimés par le Sénégal. »

Comment peut-on très régulièrement rappeler à tous les Français que le chômage est massif parmi la population issue de l’immigration maghrébine et africaine, et oser dans le même temps signer de tels accords, qui organisent de nouveaux flux migratoires dont une partie concurrencera les chômeurs présents sur le territoire français ? Peut-on se résoudre à l’idée que l’État serait incapable de trouver des solutions pour que les emplois actuellement vacants permettent aux innombrables chômeurs de s’insérer dans le tissu économique ?

Comment ne pas s’inquiéter de la signature de tels accords, lorsqu’on sait qu’ils amèneront de nouvelles familles qui à leur tour connaîtront les mêmes problèmes d’intégration, qui viendront amplifier ceux auxquels nous peinons déjà à faire face ? Car ce sera le cas, à n’en point douter ! Pourquoi l’État ne parvient-il toujours pas à comprendre que la résolution préalable des problèmes de l’immigration-insertion-intégration constitue l’urgence absolue de la France, et représente dans le même temps une obligation morale vis-à-vis des enfants issus de l’immigration ?

Non seulement l’État perd la raison, mais je crains qu’il ne soit guère en voie de se ressaisir ni s’assagir, puisque qu’il affirme, par la bouche de Brice Hortefeux, que l’accord signé avec Dakar est « transparent et concerté et qu’il prend en compte les intérêts du Sénégal et de la France. » Quels intérêts de la France ?

Une autre mesure particulièrement choquante est celle qui encourage la transgression des lois existantes. Ainsi pouvait-on lire dans le Monde du 8 janvier dernier : « Un employeur de “bonne foi”, ayant fait travailler un sans-papiers à son insu, pourra désormais se tourner vers la préfecture pour demander sa régularisation. Il devrait pouvoir compter sur la “bienveillance” des services préfectoraux. Dans une circulaire qui leur a été adressée lundi 7 janvier, et dont Le Monde a obtenu une copie, le ministère de l’immigration demande aux employeurs d’étudier “avec une particulière diligence” les dossiers qu’ils porteront eux-mêmes. »

Pour l’avoir vécue moi-même, pour l’avoir vue vivre autour de moi, je sais combien la question de l’immigration est porteuse de très grandes souffrances humaines. Et c’est justement la raison pour laquelle il est essentiel que l’État rompe avec le manque de cohérence qu’il promène depuis trente ans ; qui s’amplifie à présent ; et qui a, pas à pas, mené la France vers une sérieuse menace d’implosion.

23.02.2008

Coup d’envoi de l’escalade des mémoires ?

Paris, 14 janvier 2007, discours de Nicolas Sarkozy : « Au bout du chemin de la repentance et de la détestation de soi il y a, ne nous y trompons pas, le communautarisme et la loi des tribus […] On ne construit rien en demandant aux enfants d’expier les fautes de leurs pères. De Gaulle n’a pas dit à la jeunesse allemande : “Vous êtes coupables des crimes de vos pères”. Il lui a dit : “Je vous félicite d’être les enfants d’un grand peuple, qui parfois au cours de son histoire a commis de grandes fautes.” »

Lyon, 5 avril 2007, discours de Nicolas Sarkozy : « Je déteste cette mode de la repentance qui exprime la détestation de la France et de son Histoire. Je déteste la repentance qui veut nous interdire d’être fiers de notre pays. Je déteste la repentance qui est la porte ouverte à la concurrence des mémoires. Je déteste la repentance qui dresse les Français les uns contre les autres en fonction de leurs origines. Je déteste la repentance qui est un obstacle à l’intégration parce que l’on a rarement envie de s’intégrer à ce que l’on a appris à détester, alors que l’on devrait le respecter et l’aimer. Voilà ma vérité. »

Paris, 6 mai 2007, discours de Nicolas Sarkozy prononcé le jour de son élection à la Présidence de la République : « Je veux en finir avec la repentance qui est une forme de haine de soi, et la concurrence des mémoires qui nourrit la haine des autres. Le peuple français a choisi le changement. Ce changement je le mettrai en œuvre parce que c’est le mandat que j’ai reçu du peuple et parce que la France en a besoin. »

Paris, 14 février 2008, discours de Nicolas Sarkozy, Président de la République, prononcé devant le CRIF : « C’est dans les premières années de l’éveil de sa conscience qu’un enfant doit être élevé dans le rejet absolu du racisme. C’est pourquoi j’ai demandé au gouvernement, et plus particulièrement au ministre de l’éducation nationale Xavier Darcos, de faire en sorte que, chaque année, à partir de la rentrée scolaire 2008, tous les enfants de CM2 se voient confier la mémoire d’un des 11 000 enfants français victimes de la Shoah. […] Les enfants ont payé le plus lourd des tributs à la Shoah. Vous en savez quelque chose, Monsieur le Président, puisque vous êtes né à Gdansk le 7 juillet 1945. Dans cette Pologne où les historiens considèrent que moins d’1% des enfants juifs ont survécu, votre naissance est tout simplement un miracle. Peut-on trouver plus noble dessein que de permettre à ces enfants martyrs d’être les pédagogues éclairés de nos propres enfants ? »

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La parole donnée serait-elle désormais vide de sens ? Comment ne pas s’interroger ?

Pendant combien de générations les Français devront-ils encore mettre genoux en terre ? Quand les dirigeants français prendront-ils véritablement conscience que pour construire la paix avec autrui, il est indispensable de signer d’abord la paix avec soi-même ?

Au-delà de ces interrogations, se pose une terrible question : le Président de la République a-t-il ainsi officiellement donné le signal du départ de la compétition des mémoires avec les conséquences que cela ne manquera pas d’entrainer? Après avoir demandé aux enfants français de porter sur leurs épaules les fantômes d’enfants victimes de la Shoah, leur demandera-t-on un jour de porter également les fantômes de jeunes esclaves, de jeunes colonisés, ou de jeunes de toutes origines que l’on désignera peut-être un jour comme victimes d’une politique étrangère de la France qu’il est souvent de bon ton et fort commode de décrier (Bosnie, Darfour, Rwanda…) ? La réponse, c’est Serge Klarsfeld qui nous l’apporte : « On imprime mieux une histoire quand on est enfant, […] quitte à élargir cet effort de mémoire à d’autres questions, comme la colonisation. » (déclaration du 15 février 2008)

Autre inquiétude, et non des moindres, exprimée par Simone Veil : « Comment réagira une famille très catholique ou musulmane quand on demandera à son fils ou à sa fille d’incarner le souvenir d’un petit juif ? » Sous-entendu, cette initiative pourrait susciter des sentiments ou attitudes antisémites. Et Simone Veil a bien raison de s’en inquiéter. Pascal Bruckner ne dit pas autre chose : « C’est une initiative dangereuse qui va ajouter du pathos et faire dire, une fois de plus : “Y’en a que pour les Juifs.” La compassion, c’est dangereux. » (le Figaro du 15 février 2008)

N’incombe-t-il pas à la classe politique de veiller, au jour le jour, sur la paix civile ?

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