06.06.2008
Rachida Dati : quand l’hôpital se moque de la charité…
L’annulation d’un mariage à Lille pour cause de non-conformité de la marchandise reçue, et donc retournée à l’envoyeur – car il s’agit de cela et de rien d’autre, tant le statut de la femme se trouve atrophié au sein de certaines familles – suscite de très vives réactions de la part de notre classe politique. Or, cela fait bien longtemps que de telles histoires se produisent sur la terre de France, terre dite des droits de l’Homme. De même que cela fait bien longtemps qu’une écrasante proportion de mariages « mixtes », qui ne possèdent de mixte que le nom, ne sont dans les faits que l’aboutissement de tractations entre deux parties, dans le but de permettre à l’heureux élu, qui réside de l’autre côté de la Méditerranée, d’obtenir ce que je dénomme dans Le puzzle de l’intégration « le fameux sésame ». Par leur nombre très élevé, ces mariages sont devenus une question centrale, car ils sont une cause directe de l’aggravation du problème de la non-insertion et de la non-intégration. Cette question n’est en effet pas étrangère au refus de plus en plus manifeste de l’utilisation, par les migrants et leurs descendants, de la langue française ; au durcissement des positions des « jeunes » issus de l’immigration ; à l’importation d’attitudes ou de convictions que les Français ne sont pas prêts à reconnaître, car ils les considèrent comme antinomiques de l’identité française… Si le taux de mariages mixtes pouvait, à une époque bien antérieure, être le signe d’une amélioration de l’intégration, il est à présent devenu le signe patent de l’échec de l’intégration.
Alors, quoi de neuf sous nos tropiques ? Ce qui est nouveau, c’est qu’apparaît au grand jour, aux yeux des Français de souche, et grâce à l’inacceptable décision du TGI de Lille, la brutalité de situations bien réelles qui ont cours en France. Et à présent, beaucoup de nos hommes et femmes politiques qui savaient déjà tout cela ne peuvent plus détourner les yeux et faire comme s’ils n’avaient rien vu. La classe politique, dont le devoir est d’anticiper, démontre ici avec brio qu’elle est en réalité à la traîne. Afin que la question des mariages de complaisance, qui rend encore plus improbable l’intégration de ceux qui se trouvent déjà sur le territoire français, soit véritablement prise en considération par notre classe politique, souhaitons qu’une affaire terrible – aux yeux des Français – surgisse dans le paysage public. La gouvernance par scandales successifs viendrait ainsi au secours de notre société.
Extrait du Puzzle de l’intégration : « Les familles de l’immigration récente qui ont des enfants en âge d’être mariés, se trouvent extrêmement sollicitées pour conclure des alliances […] Cela pose un problème d’une extrême gravité aux enfants de l’immigration, qui perdent par la même occasion la liberté du choix de leur conjoint, ou qui s’engagent dans une lutte acharnée et parfois désespérée pour la préserver.
Cette aberration couvre tantôt des mariages de complaisance, tantôt des mariages forcés pour que les heureux bénéficiaires puissent à leur tour devenir « Français ». Ce phénomène est connu depuis très longtemps par notre classe politique. En pensant défendre la liberté de mariage des enfants issus de l’immigration avec des étrangers, les Français soutiennent le plus souvent, dans les faits, la confiscation de la liberté de ces enfants de se marier avec le conjoint de leur choix. »
Dans ce contexte, Rachida Dati fait preuve d’un incroyable toupet en rejetant sur la gauche la responsabilité de tous les errements en matière de politique d’intégration, alors que la droite et la gauche ont partagé le pouvoir à quasi-égalité depuis trois décennies. Comment peut-elle se permettre de telles attaques, elle qui a de prime abord trouvé des justifications à cette annulation de mariage? Rachida Dati est-elle bien placée pour critiquer la politique d’intégration menée par la gauche ? Elle qui fut conseillère à la prévention de la délinquance de Nicolas Sarkozy Place Beauvau ; période qui n’a pas vu la délinquance des enfants issus de l’immigration régresser, mais au contraire exploser, comme elle l’exposait elle-même le 22 juin 2007 au Tribunal de Grande Instance de Bobigny. Le coût de l’incarcération d’un mineur, arme lourde mais impuissante bien que très prisée de l’actuel Ministre de la Justice, est d’environ 230 000 euros par an. Ne serait-ce que pour contribuer au nécessaire allégement de la dépense publique, l’État ne devrait-il pas se muscler davantage sur les dossiers dont il se doit d’assumer la responsabilité, puisque le « bien vivre ensemble » en dépend ? Pour mémoire, je rappellerais ici ce que Rachida Dati ne peut en aucun cas ignorer : contrairement à ce qu’elle a osé affirmer devant la représentation nationale, ce qu’elle dénomme « la politique des grands frères » n’a jamais été fabriquée par la gauche…
Il me semble par ailleurs important de préciser que ni la gauche, ni la droite n’ont souhaité mener la France au chaos. Notre personnel politique a considérablement sous-estimé la complexité des problèmes. Il a parié sur le fait que le temps viendrait à bout de toutes les difficultés. Combien de fois ai-je entendu dans le milieu politique : « la France en a vu d’autres » ! Quel regard la société porterait-elle sur un parent qui aurait observé avec autant de détachement et d’indifférence son enfant soumis à une terrible épreuve ?
Vu la gravité des défis que nous devons tous participer à relever, il est irresponsable de dépenser la moindre énergie à tenter de déterminer qui, de la gauche ou de la droite, sur le sujet de l’intégration, a par le passé perpétré le plus grand nombre de mauvaises actions politiques. Je pense qu'il est désormais bien trop tard pour se permettre un tel luxe. Nous devons veiller à nous focaliser sur ce qui se déroule, et il est manifeste que l'équipe politique qui détient aujourd’hui le pouvoir de décision, si elle n’est pas raisonnée à temps, affaiblira de manière irréversible, sans l’avoir prémédité, les fondations de la maison France ; j’insiste sur le terme « irréversible ». L’ironie du sort pour les Français est que l’élection présidentielle de 2007 se sera gagnée sur le thème de l’identité nationale.
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15.05.2008
Une pensée pour ce si cher Liban, et aussi pour l’Europe
Le Liban plonge à nouveau dans la guerre civile, traduction de la haine que se vouent désormais les différentes sensibilités en présence. Que dire de ce cher Liban, autrefois surnommé « la Suisse du Moyen-Orient » ? Il y a seulement quelques jours, je lisais des spécialistes exprimant la conviction que le Liban ne renouerait plus jamais avec les guerres fratricides : non, les Libanais avaient bien trop souffert pour s’y replonger ; ils avaient désormais compris que leur destin ne pouvait qu’être collectif. La grande naïveté de ces conclusions m’avait sidérée : je savais le contraire plus que probable, pour une multitude de raisons dont je ne citerai qu’une : toute la structure politique du Liban, toute l’organisation de sa société entretiennent, sur le terrain, le séparatisme des Libanais, le communautarisme. Comment, dans ces conditions, espérer faire naître, à moyen ou long terme, un sentiment d’unité des citoyens qui viendrait transcender toutes les autres dimensions, qui tiendrait à distance tout ce qui fournit prétexte à se regarder comme différents et à se déchirer ? C’est tout simplement impossible !
Dans Le puzzle de l’intégration, j’évoque le grand risque qu’encourrait la France à se « libaniser ». Or elle est à présent en voie de libanisation avancée, et les Français l’ont au demeurant déjà compris. Il faudrait véritablement être aveugle pour ne pas le percevoir, tant cette libanisation se conjugue désormais au quotidien. Au Liban, les tensions dévastatrices sont le fait de groupes qui appartiennent pourtant à la même ethnie, qui partagent le même passé. Qu’adviendra-t-il de la société française, alors que nous sommes dans un cas de figure autrement plus complexe ?
Nous disposions de quelques années seulement pour tenter de redresser la barre, quelques années pour tirer l’enseignement des erreurs passées et bâtir un projet de paix pour l’avenir. Or chaque jour nous apporte son lot d’errements politiques, qui nous coûteront à tous. Car il faut en prendre conscience, nul ne sortira vainqueur de l’irréparable ; le Liban et l’Algérie sont là pour en témoigner.
Il manque à notre classe politique un fil conducteur, un esprit de cohérence qui la mènerait vers la réalisation d’une véritable vision au service de l’intérêt général. Cette regrettable faiblesse n’est pas l’apanage de la France ; elle est malheureusement largement partagée par d’autres classes politiques à travers l’Europe. Signe des temps, et il n’y a là nul hasard, la majorité des élections qui se sont tenues en Europe ont donné le pouvoir à des candidats de droite, flirtant avec l’extrême droite. Le risque est là, bien présent, que les peuples européens, désormais trop inquiets pour réfléchir un tant soit peu, ne réinstallent le populisme en Europe. L’Histoire ne serait-elle finalement qu’un éternel recommencement ? L’Humanité aurait-elle donc régulièrement besoin de nuages sombres, puis de déluges, pour savoir apprécier à nouveau à leur juste valeur les bienfaits des rayons du soleil ? Qui sont finalement les plus fautifs dans tout cela ? Sont-ce les populistes qui excellent dans l’exploitation de la faiblesse de peuples rendus hagards par la peur de disparaître ? Ou sont-ce les sages qui n’ont pas su puiser en eux le courage de parler, et surtout de se lever à temps ?
Nous vivons à une époque où le père, le pouvoir politique, a perdu la raison. Non seulement le père ne protège plus ses enfants du pire, mais c’est lui qui leur en fait courir le risque ; celui d’une descente aux enfers. Après l’invitation à peine voilée faite au prêtre, au rabbin, à l’imam de venir s’immiscer dans l’espace public ; après l’alignement de la France sur les positions des adeptes de l’axe du bien et du mal pour départager les Hommes sur Terre ; après la lettre de mission envoyée à la commission Veil pour tenter de subdiviser, de manière officielle, le peuple français, voici l’Europe qui entre dans la danse macabre et demande à la France de transposer une directive qui a trait à la lutte contre les « discriminations ». Et l’impayable Nadine Morano de rappeler aux élus de la Nation encore habités de raison : « La Commission européenne nous a demandé très explicitement de reprendre sa définition des discriminations. Si le Parlement [français] retient une autre définition, la Commission n’hésitera pas à saisir la Cour de justice européenne, qui lui donne raison dans 95% des cas. »
L’Europe organise elle-même sa subdivision en victimes et bourreaux, creusant ainsi le lit du torrent de sang qui pourrait un jour inonder ses plaines. La Saint-Barthélemy est un souvenir à présent trop fugace pour nous rappeler la fragilité du lien de cohésion. William Shakespeare ne conseillait-il pas d’« abandonner ceux qui s’abandonnent eux-mêmes » ? Oui, mais les peuples européens ont-ils jamais souhaité s’abandonner ? N’est-ce pas plutôt le pouvoir politique qui, sans le savoir bien sûr, et sans le vouloir, les conduit au sacrifice ?
Le 6 mai dernier, lors d’un débat à l’université de Paris-Dauphine, l’ancien Premier ministre Dominique de Villepin a tenu les propos suivants : « La politique, c’est le lieu et le moyen d’accompagner un peuple pour le destin qu’il s’est choisi. » C’est là où le bât blesse, car, à n’en point douter, ni le peuple français, ni les autres peuples européens n’ont choisi le destin qui leur est fait. C’est cette méprise qui toujours conduit aux révolutions : un peuple qui prend conscience d’avoir été dessaisi du choix de son destin tente de le reprendre en main.
Rêvons donc que le père, le pouvoir politique, se ressaisisse ! La France doit à nouveau montrer le chemin. Elle doit ouvrir la voie.
14:05 Publié dans -Le blog , Discrimination positive | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Liban, Sarkozy, Morano, Villepin, Europe, discriminations, communautarisme
24.04.2008
Les habits neufs de l’empereur…
Après seulement un an d’exercice du pouvoir, le Président de la République est désavoué par une majorité des Français. Que s’est-il donc passé pour que l’élan de confiance qu’il avait suscité dans le cœur des Français appartienne déjà au passé ?
Il semble que Nicolas Sarkozy ait négligé un élément essentiel : la France n’est pas une terre vierge, et le peuple français est dépositaire d’une longue histoire avec laquelle il n’a nulle envie de rompre. Nicolas Sarkozy est manifestement convaincu que les Français, en l’élisant, lui ont donné carte blanche pour faire table rase de tout, y compris de leur passé. Là réside un réel malentendu ; une terrible méprise.
Nicolas Sarkozy s’est permis, sans aucun complexe, de changer tous les repères des Français, aussi bien ceux qui ont trait à l’image du Président de la République que ceux qui concernent les fondamentaux de l’idéal républicain. Son comportement personnel le place au niveau de n’importe quel quidam, quand il est censé incarner la France, ce qu’il a visiblement encore un peu de mal à intégrer.
Plus préoccupant : depuis qu’il est élu, Nicolas Sarkozy s’emploie à trahir la confiance de ceux qui avaient cru en lui pour traiter en profondeur un certain nombre de sujets qui engagent l’avenir de la France. Non seulement peu de sujets sont traités de manière sérieuse, mais pire, il s’emploie à démolir ceux qui étaient le fruit d’un consensus national très net. Ainsi, il torpille la sage stratégie d’indépendance de la politique française sur la scène internationale, comme en témoigne sa décision de renforcer l’effort de guerre en Afghanistan ou encore sa volonté de faire de la France un pion parmi d’autres au service de la stratégie Otanienne des États-Unis d’Amérique ; ou encore, il bouscule les fondamentaux de l’idéal républicain, comme la laïcité et l’égalité républicaine. Comment les Français qui ont voté pour lui réagiront-ils s’il réussit à faire modifier le préambule de la Constitution pour permettre la mise en œuvre de la discrimination positive ? Il y a fort à parier que le jour où suffisamment de Français de souche se seront trouvés confrontés, dans leurs démarche quotidiennes ou celles de leurs enfants, aux conséquences de la discrimination négative envers eux, c’est dans la rue que cela se résoudra.
Tant que la démocratie nous offrait la possibilité d’une alternance politique crédible, les Français pouvaient encore se tenir « tranquilles ». Ce n’est plus le cas désormais, car ils ne croient plus en une gauche qui s’est montrée bien incapable de regarder la réalité en face ; une gauche qui aura mis des décennies à comprendre que pour répartir la richesse, il fallait d’abord la créer, et qui n’a toujours pas compris que la France était dans l’incapacité d’intégrer des flux d’immigrés sans cesse croissants ; cette gauche inconsciente qui continue à réclamer la régularisation massive de pauvres venus des pays du Sud, alors que l’on sait à présent que les problèmes identitaires que rencontrent ces derniers les empêchent très souvent de s’intégrer, et même parfois de s’insérer. Comment faire admettre à des Français qui ont voté pour l’ordre en mai 2007, que des patrons hors la loi, puisqu’ils bafouent le droit français, ne soient pas sanctionnés alors qu’ils ont eu recours à des clandestins (sans-papiers), quand dans le même temps on explique, à ces mêmes Français, que les jeunes des banlieues peuvent à tout moment incendier la France au motif qu’ils sont sans emploi ? Où est la cohérence de nos hommes politiques ? Où est leur sens des responsabilités ?
Nicolas Sarkozy parviendra-t-il à surmonter son manque flagrant de cohérence, de fil conducteur dans ses décisions, sa carence de vision pour la France, qui le fait désormais apparaître comme une personnalité politique qui manque de stabilité et de sagesse ? Nicolas Sarkozy parviendra-t-il à faire taire Nicolas Sarkozy, pour que naisse enfin la dimension « représentant du peuple de France » ? Celui qui déclarait que l’histoire de France le laissait froid, pourra-t-il s’ouvrir pour accueillir enfin la France en lui ? Depuis le début, c’est à ce niveau que réside le véritable problème de cette présidence. Comment diriger un peuple, comment l’incarner, comment sentir, en fermant les yeux, cette nécessité absolue de respecter le socle sur lequel repose tout l’édifice France, sans cette inscription dans l’Histoire, sans en porter dans son inconscient la charge émotionnelle et affective ? Dans une époque troublée, dans une époque où le peuple doute si fortement de lui-même, cette dimension devient incontournable.
16:10 Publié dans -Le blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Sarkozy, politique, OTAN, politique étrangère, immigration
09.04.2008
Quand le Président largue une bombe à retardement...
Une bombe a été larguée au dernier Conseil des Ministres. Le Président de la République a officiellement lancé le comité qui aura pour mission de réfléchir à la modification du préambule de la Constitution française. Par ces temps où les hommes politiques paraissent convaincus que la Constitution leur appartient, il me semble important de rappeler qu’elle est en réalité celle du peuple français, et qu’il est dangereux qu’ils tentent de l’adapter pour la rendre conforme à leurs desiderata !
Pourtant, le peuple français est très loin d’imaginer quels seront les effets de cette bombe, si la commission présidée par Simone Veil vient à accorder au Président français sa bénédiction pour le « jouet » qu’il réclame depuis si longtemps : la discrimination positive ! Certes, il faudrait encore en passer par le Congrès de Versailles, mais ce dernier ne nous a-t-il pas démontré qu’il ne constitue plus à présent qu’une simple formalité...
Voici un extrait de la lettre de mission : « Faut-il rendre possibles de nouvelles politiques d’intégration valorisant davantage la diversité de la société française pour favoriser le respect effectif du principe d’égalité ? »
Nicolas Sarkozy précise que l’enjeu est de permettre à la Constitution d’être « à nouveau en avance sur son temps ». Que signifie pour lui « être en avance sur son temps », alors qu’il veut à tout prix imposer aux Français une régression de plusieurs siècles, en ouvrant la porte à la fragmentation d’une nation qu’il aura fallu si longtemps pour unifier ?
Ci-dessous, la liste des membres qui auront la lourde tâche de dire si le principe fondamental d’Égalité doit continuer à vivre, ou s’il doit mourir :
Simone Veil, Présidente du comité de réflexion ;
Bernard Accoyer, président de l’Assemblée nationale ;
Francine Bardy, conseillère à la Cour de cassation ;
Claude Bébéar, ancien président d’Axa ;
Denys de Béchillon, professeur de droit public à Pau ;
Philippe Bélaval, conseiller d’État ;
Richard Descoings, directeur de l’Institut d’études politiques de Paris ;
Samia Essabaa, professeur d’anglais dans un lycée professionnel de Noisy-le-Sec ;
Patrice Gélard, sénateur (UMP) de Seine-Maritime ;
Axel Kahn, directeur de recherche à l’Inserm ;
Pierre Manent, directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales;
Jean-François Sirinelli, directeur du Centre d’histoire de Sciences Po.
À première vue y figurent deux farouches apôtres de la discrimination positive, Richard Descoings et Claude Bébéar.
La commission rendra ses conclusions avant l'été 2008. J’espère vivement qu’étant présidée par une femme aussi pleine de sagesse que Simone Veil, elle saura réaliser qu’il est extrêmement dangereux de permettre aux dirigeants politiques de notre pays de rompre avec des éléments constitutifs de l’identité nationale française. Les Français finiraient en effet, tôt ou tard, par en prendre conscience, et là… Ceux qui connaissent un tant soit peu l’Histoire de France savent que c’est le pas de trop qu’il convient de ne pas franchir.
23:30 Publié dans -Le blog , Discrimination positive | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Sarkozy, Veil, discrimination positive, identité
21.03.2008
Tangue navire, tangue…
Extrait du Puzzle de l’intégration : « Parmi ceux qui votent, beaucoup estiment n’avoir pas d’autre choix que de faire tanguer le navire France à chaque élection, éjectant ainsi par le jeu de l’alternance ceux qui détiennent le pouvoir. Ce “jeu” est dangereux, et il ne faudrait pas qu’il fasse un jour chavirer le navire ! »
Malgré les apparences, la gauche n’a pas gagné les dernières élections ; c’est la droite qui a reçu un avertissement, plus que sévère. Une droite boudée par son électorat : le taux d’abstention a atteint un niveau inégalé depuis 1959. Aux optimistes béats, convaincus, vu le taux de participation à la dernière présidentielle, que les Français avaient renoué avec la confiance en leur personnel politique, les présentes élections viennent d’apporter un démenti cinglant.
La situation de la France devient de plus en plus dangereuse car, sans espoir d’une alternative politique crédible à laquelle confier la conduite de son destin, l’étape suivante pourrait bien voir le peuple français, très au fait de la réalité des défis qui se posent à lui, en venir à la moindre étincelle à mettre le feu aux poudres. La nette dégradation des conditions économiques pourrait constituer le détonateur. D’autant que la classe politique, appliquée depuis vingt-cinq ans à niveler par le bas le niveau d’enseignement et obnubilée par la question des banlieues, a magistralement négligé la création de nouvelles perspectives de développement économiques. Or, la capacité d’innovation qui permet de garder une longueur d’avance se prépare très en amont.
L’électorat n’aura pas été abusé bien longtemps. Appâté par l’odeur alléchante d’un discours déterminé aux accents populistes sur l’identité nationale, il avait accouru, nourri du fol espoir que son profond malaise avait été entendu, et surtout convenablement décrypté. Il s’est rapidement aperçu que la droite, pas plus que la gauche, ne semblait vouloir s’atteler à traiter de manière responsable ces problèmes essentiels pour l’avenir de la société française. L’élection présidentielle s’est jouée sur le thème de l’identité nationale, et je ne doute pas un seul instant que les historiens l’écriront un jour. Ce sujet est central, car il participe à engendrer malaise, peur et perte de confiance ; cela empêche les Français de regarder vers l’avenir avec courage.
Au travers de la réflexion sur l’identité nationale se pose la question du choix du projet de société pour la France de demain. C’est la raison pour laquelle un des chapitres du Puzzle de l’intégration s’intitule « Deux identités, deux projets de société ». Je tiens à préciser que je fais ici référence à des projets assis sur des valeurs philosophiques, et non pas sur des considérations de peuplement racial ou ethnique. Il n’est, d’autre part, nullement question d’opérer quelque hiérarchie que ce soit entre différentes identités. Chaque peuple a droit au respect, sur son territoire, de son identité propre ; une identité qui est, bien entendu, dynamique, mais qui ne saurait évoluer au corps défendant du peuple lui-même. Sur ce thème, l’Histoire nous fournit de sages démonstrations et d’utiles avertissements, mais les hommes retiennent-ils les leçons de l’Histoire ? Focalisés sur le passé, ils sont bien trop souvent aveugles au présent. L’éternel recommencement des tragédies en témoigne.
Le repli des Français sur eux-mêmes, lié à l’angoisse générée par ce qui leur est donné d’observer ou de vivre au quotidien, est une réalité. Ce repli est pour l’instant silencieux, mais il ne le restera pas pendant encore des décennies, étant donné que notre classe politique s’emploie à des actions contre-productives qui enveniment de surcroît les relations sur le terrain, telles que les politiques préférentielles ou encore l’obligation pour chaque commune d’accepter un quota de logements sociaux, interprété par les Français comme la promesse de voir fleurir un jour au pas de leurs portes des émeutes de « jeunes » issus de l’immigration.
Certains sujets sont extrêmement complexes à décrypter, et les solutions à mettre en œuvre ne peuvent produire de résultats instantanés. Dans ces conditions, notre société court le danger qu’un programme à la Jean-Marie Le Pen, fondé sur le repli sur soi et la haine d’autrui, ne soit un jour soutenu, en silence, par une majorité. Seuls ceux qui vivent à l’abri des palais dorés peuvent penser que le lepénisme est mort. Non seulement il ne l’est pas, mais tel la poussière dans « Cent ans de solitude », il s’est infiltré par tous les interstices, pour la simple raison qu’il offre le leurre d’une réponse à effet immédiat à des Français déboussolés par une grave crise de confiance ; à des Français également effarés par l’incohérence de leurs « élites » politiques, journalistiques et intellectuelles, qui dans le même temps vont s’offusquer de certains événements à travers le monde, et les taire ou les applaudir lorsqu’ils se produisent dans l’Hexagone, allant parfois jusqu’à les saluer comme autant de manifestations de l’avènement d’une société multiculturelle…
Mon inquiétude ? Que le contexte économique se dégrade fortement. Il est alors à craindre que « l’étranger », ou celui qu’on identifie comme tel, ne devienne le bouc émissaire ou le souffre-douleur.
Je forme un vœu : que la gifle que vient indiscutablement de recevoir le Président de la République le pousse à s’assagir, et à renonçer à tout ce qui participera à éloigner encore un peu plus les enfants issus de l’immigration de l’insertion dans la société française, pour ne pas rapprocher un peu plus la France de tensions civiles dramatiques. Nicolas Sarkozy doit donc renoncer à la mise en danger de la laïcité, à la discrimination positive, à l’inscription de la diversité dans le préambule de la Constitution, à la refonte stérile de la justice des mineurs… J’espère, pour le bien de la France, qu’il choisira d’emprunter la voie de la cohérence.
00:25 Publié dans -Le blog , Discrimination positive , Insertion - intégration | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Sarkozy, identité, discrimination positive, banlieues
13.03.2008
Un épouvantail bien commode, mais très lourd de conséquences...
Les élections sont arrivées, la droite est en difficulté, et comme par enchantement revoilà le sujet de l’immigration-insertion-intégration, qui tente de se rappeler au bon souvenir des électeurs. Christian Estrosi évoque le code de la nationalité ; Nicolas Sarkozy s’invite à Toulon pour évoquer l’immigration et l’intégration. Ne manquent plus à ce tableau que les images de voitures brûlées aux journaux de 20h. Combien d’élections à raviver les tensions, à exacerber les passions, à stigmatiser, à créer de la souffrance parmi les Français issus de l’immigration, mais aussi parmi les Français de souche ? Combien d’élections à tenter de vendanger « les raisins de la colère » ?
Depuis trente ans, un sujet essentiel pour l’avenir de la France est exploité lors des échéances électorales dans le seul but - inutile de jouer les innocents - d’influencer le vote d’électeurs effrayés. Et ensuite ? Ensuite, rien : électroencéphalogramme plat. Au lendemain de chaque élection, notre pays retourne à ces problèmes qui enflent, enflent et qui, sans sursaut rapide, finiront un jour par faire sortir le fleuve France de son lit. Au vu des défis considérables que la France doit à présent affronter et relever, tous nos partis politiques, sans faire de jaloux, méritent un carton rouge. Bien sûr, quelques voix politiques s’élèvent parfois çà et là pour tenter de délivrer un message cohérent ; mais elles sont encore bien trop isolées, et leur message n’est pas toujours aisé à déchiffrer par une population que certains discours faciles d’accès, aux accents un peu trop populistes, ont rendue quelque peu paresseuse.
Ce qui me préoccupe le plus, c’est le cancer de l’ignorance qui semble ronger notre classe politique, entre les mains de laquelle réside pourtant le destin de la France. Ignorance insupportable et incompréhensible de la réalité des causes profondes de l’échec de l’intégration. Ignorance qui a divisé la France en bourreaux et victimes ; ignorance qui a poussé notre système éducatif dans un coma profond, dont les enfants issus de l’immigration paient aujourd’hui le plus lourd tribut, et la France aussi par conséquent ; ignorance qui pousse Valérie Pécresse à s’employer à aggraver la situation, en introduisant la discrimination positive dans l’enseignement supérieur (commission Wieviorka) ; ignorance qui pousse à l’importation de modèles de société qui ont pourtant échoué (comme l’« accommodement raisonnable » canadien, ou la segmentation du corps social par des politiques préférentielles comme aux États-Unis ou en Inde) ; ignorance de la souffrance de nombreux enfants issus de l’immigration, otages d’une dissonance identitaire ; ignorance qui pousse la France sur un chemin qui lui sera fatal, celui de l’inscription de la « diversité » dans le préambule de sa Constitution. Je vous renvoie à la lecture du Puzzle de l’intégration pour saisir la relation de cause à effet.
Aujourd’hui, le dernier témoin de la Grande Guerre nous a quittés. C’est l’occasion pour le peuple français de regarder, mais aussi d’analyser son passé, et de se rappeler que ni la paix, ni la liberté ne sont jamais acquises pour l’éternité, et que pour cette raison elles doivent faire l’objet d’une vigilance et d’un esprit de responsabilité chaque jour renouvelés.
Loin de leur venir en aide, ceux qui utilisent le sujet de l’immigration-insertion-intégration comme épouvantail desservent les Français dans leur ensemble. Ils empêchent en effet l’installation du climat apaisé et serein qui aiderait au traitement sage d’un sujet très sensible, car porteur de grande souffrance.
18:15 Publié dans -Le blog , Insertion - intégration | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : élection, immigration, Sarkozy, Estrosi
28.02.2008
Faites vos jeux, rien ne va plus !
Selon Rama Yade, la gauche l’attaquerait non pas sur la base de considérations politiques, mais en raison de son origine raciale. Rama Yade accuse donc l’un des trois partis les plus importants de la vie politique française d’être raciste : « Cette gauche qui dit défendre les modestes, les minorités et les immigrés, c’est cette gauche qui s’en prend à moi, qui ne suis que numéro 3 de la liste, je le rappelle, qui s’en prend à moi parce que je suis Noire. » (Colombes, le 16 février 2008)
Est-il anodin qu’un ministre de la France porte une telle accusation ? Non, car il est évident que sa voix, celle d’un représentant de l’État, sera entendue comme une vérité par tous ceux qui seraient enclins à s’identifier à elle en raison de la couleur de leur peau. Est-il responsable de jouer avec le feu en attisant la haine ambiante ? Non, c’est totalement irresponsable.
Alors qu’elle participait le 30 janvier dernier au dîner annuel du CRAN (Conseil représentatif des associations Noires), Rama Yade avait déjà illustré sa propension à se vivre comme Noire avant tout : « Après tout, les Blancs votent à droite, à gauche ! Bon, pourquoi, nous, nous devrions tous voter dans le même sens ? […] Ne serait-ce que par intérêt. Y’a Ségolène Royal, y’a Sarkozy. Sarkozy avait 50% de chances. Qu’est-ce qu’on fait s’il gagne ? Et il a gagné. Qu’est-ce qu’on fait ? C’est fini pour les Noirs ? […] »
Rama Yade a été vice-présidente, et reste administratrice, du Club XXIème siècle (créé, entre autres, par Rachida Dati). Ce club affiche publiquement sa détermination à œuvrer pour favoriser l’ascension des personnes d’origine étrangère dans les cercles du pouvoir. Rien ne vous choque ? Imaginez donc la création, demain, d’une organisation qui afficherait comme ambition de favoriser l’ascension des Français de souche… Allô, M. Louis Schweitzer (HALDE) ?
Le 21 décembre 2007, le Roi du Maroc installait le Conseil de la Communauté marocaine à l’étranger (CCME). Parmi les missions qu’il assigne à ses membres, figure celle d’œuvrer à « l’essor de leur mère patrie, au renforcement de son rayonnement international ». Quoi de plus naturel pour des citoyens marocains, me direz-vous ? Bien sûr, sauf que parmi les membres de ce conseil figurent des personnalités très actives au sein de structure nationales françaises à caractère politique. Je vous laisse juges :
-
Najat Belkacem, membre du cabinet du maire de Lyon et porte-parole de la candidate Ségolène Royal aux dernières élections présidentielles ;
-
Abdellah Boussouf, vice-président du Conseil français du culte musulman (CFCM), nommé Secrétaire général du CCME ;
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Najat Azmy, Conseillère municipale de la ville de Roubaix, présentée par le PS à la députation pour la circonscription de Tourcoing ;
-
Driss El Yazami, membre du Conseil d’administration et du Conseil d’orientation de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration en France, nommé Président du CCME.
Trouverait-on acceptable que demain, des Français possédant aussi la nationalité américaine, en position d’influencer les plus hautes sphères du pouvoir politique de la France, puissent accepter une mission officielle de la part de George Bush pour œuvrer à l’essor de leur mère patrie, les États-Unis d’Amérique ? Ou que des concitoyens de sensibilité juive acceptent une telle mission au service de l’État d’Israël ?
Rachida Dati ne figure pas parmi les membres du conseil installé par le Roi du Maroc, mais voici, dans le même registre, ce qu’elle confessait dans un entretien que je cite dans Le puzzle de l’intégration et qu’elle avait accordé le 31 août 2006 à un journal marocain : « C’est toujours comme ça, je bascule entre les affaires d’ici et de là-bas [Maroc] […] Je me sers de mon carnet d’adresses. J’aide aussi des Marocains résidant en France à régler certains problèmes. J’ai créé le Club XXIème siècle avec des personnes d’origine maghrébine qui aident les gens de très haut niveau à être visibles dans la société française […] Je suis toujours allée au Maroc en disant “on est votre première vitrine”. Peut-être considèrent-ils qu’on n’est pas assez malléables. C’est dommage, ils [les pouvoirs politiques marocains] se privent d’une vraie représentation […] Moi, je donne pour le Maroc, j’aimerais aussi un peu de retour. J’ai toujours entendu dire au plus haut niveau de l’État [marocain] qu’on était les bienvenus et qu’on était des Marocains. Tant que ce discours ne sera pas contredit, je continuerai à me battre pour mettre le pied dans la porte de ce pays. »
Un Président de la République française qui se rend au dîner annuel du CRIF escorté d’une armada de ministres ; Alain Juppé qui se dit respectueux des principes républicains, et fait néanmoins ses emplettes municipales guidé par le marketing communautariste, et dans le panier duquel on retrouve, aux élections de Bordeaux, la présidente régionale du CRAN… Pour compléter le décor de cette France atomisée par le manque de vision de sa classe politique, ne manque plus que la création du Conseil représentatif des Français de souche. Faites vos jeux, rien ne va plus !
15:20 Publié dans -Le blog , Insertion - intégration | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Yade, Dati, CRAN, Juppé, Sarkozy, CRIF
23.02.2008
Coup d’envoi de l’escalade des mémoires ?
Paris, 14 janvier 2007, discours de Nicolas Sarkozy : « Au bout du chemin de la repentance et de la détestation de soi il y a, ne nous y trompons pas, le communautarisme et la loi des tribus […] On ne construit rien en demandant aux enfants d’expier les fautes de leurs pères. De Gaulle n’a pas dit à la jeunesse allemande : “Vous êtes coupables des crimes de vos pères”. Il lui a dit : “Je vous félicite d’être les enfants d’un grand peuple, qui parfois au cours de son histoire a commis de grandes fautes.” »
Lyon, 5 avril 2007, discours de Nicolas Sarkozy : « Je déteste cette mode de la repentance qui exprime la détestation de la France et de son Histoire. Je déteste la repentance qui veut nous interdire d’être fiers de notre pays. Je déteste la repentance qui est la porte ouverte à la concurrence des mémoires. Je déteste la repentance qui dresse les Français les uns contre les autres en fonction de leurs origines. Je déteste la repentance qui est un obstacle à l’intégration parce que l’on a rarement envie de s’intégrer à ce que l’on a appris à détester, alors que l’on devrait le respecter et l’aimer. Voilà ma vérité. »
Paris, 6 mai 2007, discours de Nicolas Sarkozy prononcé le jour de son élection à la Présidence de la République : « Je veux en finir avec la repentance qui est une forme de haine de soi, et la concurrence des mémoires qui nourrit la haine des autres. Le peuple français a choisi le changement. Ce changement je le mettrai en œuvre parce que c’est le mandat que j’ai reçu du peuple et parce que la France en a besoin. »
Paris, 14 février 2008, discours de Nicolas Sarkozy, Président de la République, prononcé devant le CRIF : « C’est dans les premières années de l’éveil de sa conscience qu’un enfant doit être élevé dans le rejet absolu du racisme. C’est pourquoi j’ai demandé au gouvernement, et plus particulièrement au ministre de l’éducation nationale Xavier Darcos, de faire en sorte que, chaque année, à partir de la rentrée scolaire 2008, tous les enfants de CM2 se voient confier la mémoire d’un des 11 000 enfants français victimes de la Shoah. […] Les enfants ont payé le plus lourd des tributs à la Shoah. Vous en savez quelque chose, Monsieur le Président, puisque vous êtes né à Gdansk le 7 juillet 1945. Dans cette Pologne où les historiens considèrent que moins d’1% des enfants juifs ont survécu, votre naissance est tout simplement un miracle. Peut-on trouver plus noble dessein que de permettre à ces enfants martyrs d’être les pédagogues éclairés de nos propres enfants ? »
______La parole donnée serait-elle désormais vide de sens ? Comment ne pas s’interroger ?
Pendant combien de générations les Français devront-ils encore mettre genoux en terre ? Quand les dirigeants français prendront-ils véritablement conscience que pour construire la paix avec autrui, il est indispensable de signer d’abord la paix avec soi-même ?
Au-delà de ces interrogations, se pose une terrible question : le Président de la République a-t-il ainsi officiellement donné le signal du départ de la compétition des mémoires avec les conséquences que cela ne manquera pas d’entrainer? Après avoir demandé aux enfants français de porter sur leurs épaules les fantômes d’enfants victimes de la Shoah, leur demandera-t-on un jour de porter également les fantômes de jeunes esclaves, de jeunes colonisés, ou de jeunes de toutes origines que l’on désignera peut-être un jour comme victimes d’une politique étrangère de la France qu’il est souvent de bon ton et fort commode de décrier (Bosnie, Darfour, Rwanda…) ? La réponse, c’est Serge Klarsfeld qui nous l’apporte : « On imprime mieux une histoire quand on est enfant, […] quitte à élargir cet effort de mémoire à d’autres questions, comme la colonisation. » (déclaration du 15 février 2008)
Autre inquiétude, et non des moindres, exprimée par Simone Veil : « Comment réagira une famille très catholique ou musulmane quand on demandera à son fils ou à sa fille d’incarner le souvenir d’un petit juif ? » Sous-entendu, cette initiative pourrait susciter des sentiments ou attitudes antisémites. Et Simone Veil a bien raison de s’en inquiéter. Pascal Bruckner ne dit pas autre chose : « C’est une initiative dangereuse qui va ajouter du pathos et faire dire, une fois de plus : “Y’en a que pour les Juifs.” La compassion, c’est dangereux. » (le Figaro du 15 février 2008)
N’incombe-t-il pas à la classe politique de veiller, au jour le jour, sur la paix civile ?
12:20 Publié dans -Le blog , Insertion - intégration | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Sarkozy, repentance, mémoire, shoah
21.02.2008
La France est-elle en danger ?
Ma réponse est OUI, et c’est au demeurant ce que j’ai exprimé tout au long du Puzzle de l’intégration. C’est même la raison principale de l’écriture de cet essai ; ne jamais me reprocher d’avoir tu ce qui devait être dit. Face aux menaces qui pèsent sur la France, chacun de nous risque de se trouver un jour confronté à l’examen de sa propre conscience.
Le 14 février dernier, dix-sept personnalités politiques, dont l’ancien Chef de cabinet du Général de Gaulle, Pierre Lefranc, ont signé un appel à la vigilance républicaine. Loin d’arborer la même couleur sur notre échiquier politique, ces personnalités exprimaient une même inquiétude : que soient altérés des principes fondamentaux, piliers de la maison France.
J’aurais aimé que leur appel fasse également référence à l’« égalité républicaine », par opposition à la discrimination positive. Je vous renvoie à la première partie du Puzzle de l’intégration pour vous aider à identifier les raisons profondes qui feront de cette politique inégalitaire, le fossoyeur de l’identité française.
Voici un extrait de la conclusion du Puzzle de l’intégration : « Face à des dangers qui menacent sérieusement de faire voler en éclats la cohésion de la France, le clivage gauche-droite n’est plus pertinent. Il est même dangereusement inadapté, car il pousse à des alliances contre nature. C’est ce qu’il nous est aujourd’hui donné de constater sur l’échiquier politique, aussi bien à droite qu’à gauche, où des femmes et des hommes politiques républicains se rangent derrière des personnalités qui défendent la mise en œuvre de politiques qui mineront notre cohésion nationale. Il n’y a aucune nécessité qui soit plus impérieuse que la défense de notre cohésion. Pour s’en convaincre, il suffit de s’interroger sur ce qui adviendrait de la France si elle éclatait et se subdivisait, rompant de ce fait avec une France « une et indivisible ». Il est urgent que tous ceux qui sont attachés à l’idéal républicain qui a maintenu cette France unie et pacifiée se donnent la main pour permettre à notre pays de traverser cette zone de turbulences. »
Toutes les actions politiques qui tendent à diviser le corps social (discrimination positive, instrumentalisation de la mémoire ou de l’Histoire…), toutes les actions politiques qui tendent à introduire, dans l’espace public, des sujets prétextes à affrontements (révision de la laïcité, défense d’une France « diverse » et non d’une France « une et indivisible »…), doivent se voir opposer un front républicain déterminé et aussi large que possible. Ce qui est ici en jeu n’est pas tant de plaire ou de déplaire à quelque homme politique que ce soit, fût-il Président de la République ; non, ce qui est en jeu, c’est simplement de veiller à ce que l’oxygène que respire la France ne soit pas raréfié davantage, à un moment où son cœur bat si faiblement, si difficilement.
N’est-ce pas, en outre, aider le Président de la République, que d’attirer son attention sur le risque qu’il encourt d’entrer dans l’histoire de France comme ayant participé à creuser le tombeau de l’identité française?
16:55 Publié dans -Le blog , Discrimination positive , Insertion - intégration | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Sarkozy, Lefranc, de Gaulle, identité, discrimination positive, vigilance républicaine
18.02.2008
Le Président de la République saura-t-il relever le défi des banlieues?
Mon intention initiale était de vous publier une revue détaillée, point par point, du discours du Président de la République lors de sa présentation du « plan banlieues », le 8 février dernier. J’y renonce finalement, et j’ai même longuement hésité avant de poster le présent billet. Cela me pèse beaucoup de venir vous informer que, sur les sujets traités dans Le puzzle de l’intégration, une trop grande partie des décisions politiques qui sont prises par le pouvoir actuel ne vont malheureusement pas dans le bon sens. Je préfèrerais pouvoir venir vous dire l’inverse, mais sur un sujet qui engage autant l’avenir de la France, je ne peux me résoudre à l’indifférence.
Mon analyse est nourrie par ma connaissance approfondie de deux univers fort différents. Engager encore davantage la France dans une mauvaise voie, c’est lui faire prendre le risque d’être entraînée, sans espoir de retour, vers des sables mouvants. Nous sommes dans une situation où nous n’avons plus le temps de perdre du temps. Doit-on pour autant rester rivé sur le passé et nous lamenter sur toutes les erreurs stratégiques qui ont été commises ? Je ne le pense pas, mais pour nous guider vers un avenir meilleur, le passé doit cependant demeurer constamment présent à l’esprit.
En analysant de bout en bout, et dans le détail, l’ensemble du discours du Président de la République, j’ai été frappée des contradictions qui s’exprimaient en son sein même ; de la trop grande méconnaissance des sources du problème de l’intégration des dernières vagues d’immigration ; du manque de cohérence ; de l’absence de vision d’ensemble, et même de vision tout court, sans compter les sempiternels recours à la théorie de la victimisation, qui fait de chaque personne d’origine étrangère une victime en puissance de la société française.
Certes, le Président de la République reconnaît, dans ce discours, tout comme avant lui Lionel Jospin (au printemps 2002), que le problème des banlieues n’est pas d’ordre économique. L’ennui, c’est que d’un bout à l’autre de ce même discours, il affirme aussi exactement le contraire.
Nicolas Sarkozy avoue également l’impuissance de l’État : « Ce dont je veux parler ne peut pas s’accomplir par la seule volonté de l’État et par la seule action de l’administration. » Or justement, hors de la volonté réelle de l’État, il n’y aura point de salut ! C’est parce que l’État a renoncé à faire vivre la République sur tous ses territoires, que nous en sommes arrivés là. l’État a donc une responsabilité centrale et un rôle déterminant à jouer en faisant vivre de manière ferme et déterminée l’existence du pacte républicain. Se délester d’une partie de sa responsabilité sur les associations ou, comble de l’irresponsabilité, sur les représentants religieux comme cela a d’ailleurs déjà été fait, nous conduira à l’abîme.
Selon le Président de la République, les personnes issues de l’immigration ne bénéficieraient pas, actuellement dans notre pays, des mêmes droits que les Français de souche : « Il y a des quartiers dans notre pays, dans notre démocratie, dans notre République où l’on a moins de droits, moins de chances que les autres. » Non seulement cela est totalement faux, mais de plus, cela fait même 30 ans que par le biais de mesures spécifiques, l’État leur accorde davantage de moyens qu’aux autres Français, et qu’en fermant les yeux sur les outrages faits à la République, à ses représentants et à ses principes, il leur accorde implicitement le droit de déroger au Droit.
Le Président de la République évoque comme « enjeu de civilisation », excusez du peu, la construction de quartiers « beaux » afin que les habitants s’y sentent bien. Il se félicite du travail de l’Agence Nationale de Rénovation Urbaine qui engloutit des milliards d’euros dans la rénovation des quartiers, alors que chacun a pu observer l’absence de retour sur cet investissement. Il lui assure que « cet effort ne sera ni arrêté, ni ralenti, qu’il se poursuivra aussi longtemps que nécessaire ». Je reste sans voix de constater qu’un pays surendetté tel que la France s’évertue à détruire des immeubles pour en construire d’autres, au seul motif que ces bâtiments ne seraient pas « beaux ». Connaissant les deux rives de la Méditerranée, et donc les habitudes de vie et les exigences des habitants des deux côtés, je peux vous assurer que là n’est pas la question.
Le Président de la République s’inquiète des loisirs offerts aux jeunes des banlieues, mais aussi de la possibilité d’accéder à des banques et en tire une conclusion surprenante : « À quoi peuvent s’occuper les jeunes de Grigny qui n’ont ni cinéma, ni théâtre ? Quelle égalité des chances pour les 15 000 habitants du quartier nord de Bondy qui n’ont aucune banque à proximité ? » Je pointe dans Le puzzle de l’intégration les comportements familiaux qui conduisent nombre d’enfants issus de l’immmigration à ne pas savoir s’occuper, finissant par « tenir les murs ». Placer comme enjeu d’égalité des chances « occuper les jeunes de Grigny » et installer des guichets de banques m’amuserait presque, si j’ignorais la façon dont les familles de l’immigration traduisent ce type de propos, à savoir en se délestant sur autrui de la construction de l’avenir de leurs propres enfants. Comment espérer que ces familles puissent un jour établir une quelconque relation entre l’effort qu’exige toute réussite dans la société française, et leur très insuffisant niveau d’investissement dans le projet éducatif de leurs enfants ?
Le Président de la République demande à l’actuel Ministre de l’intérieur, de faire en sorte que le premier devoir de l’État soit respecté : « le premier devoir de l’État, c’est d’assurer la sécurité […] À présent, avec Michèle Alliot-Marie, nous allons mettre fin à la loi des bandes, cette loi du silence et des trafics en renforçant l’efficacité des Groupes d’Intervention Régionaux qui seront recentrés sur la mise à jour de l’économie souterraine. » Laissons ici la parole au Ministre de la Justice Rachida Dati, qui s’exprimait le 22 juin 2007 au Tribunal de Grande Instance de Bobigny (Seine-Saint-Denis) : « Les difficultés en Seine-Saint-Denis sont nombreuses : un taux de criminalité élevé de 104 crimes et délits pour 1000 habitants en 2006, alors qu’il est de 61 pour la France entière […] Et pourtant, il y a ici plus de 30 000 associations, soit 20% de plus que la moyenne nationale […] Le nombre de condamnations en récidive pour les crimes et délits a augmenté de 68% en cinq ans. Pour les délits les plus graves, cette augmentation a été de 145% […] La délinquance des mineurs augmente. Elle est de plus en plus violente. Elle concerne des tranches d’âge de plus en plus jeunes. En 5 ans, le nombre de mineurs condamnés pour des délits de violence a augmenté de près de 40%. » L’actuel Ministre de l’intérieur réussira-t-il ce qui a échoué au cours des cinq dernières années simplement en recentrant l’activité des GIR ? Permettez-moi d’en douter.
Je m’interroge par ailleurs : Le Président de la République mesure-t-il l’importance considérable des moyens alloués depuis trente ans par nos gouvernements successifs, de droite comme de gauche, afin de rompre l’alarmante spirale de l’échec scolaire dans les banlieues ? Pas si sûr : « Et l’on ne voit pas derrière toute cette population, toute cette jeunesse qui ne demande qu’une chose, c’est qu’on lui donne les moyens d’étudier, de travailler, d’entreprendre. »
Dans son plan d’action pour les banlieues, le Président de la République inscrit la discrimination positive, qu’il maquille en « promotion de la diversité » ; discrimination positive qu’il met d’ores et déjà en place, bafouant ainsi la Constitution française. Il exprime également sa volonté d’inscrire la diversité dans le préambule de la Constitution, alors que la France est une République une et indivisible. D’autres passages de son discours confinent à l’absurde, parmi lesquels l’accession à la propriété comme l’une des réponses aux problèmes des banlieues.
L’apothéose du discours du Président de la République se trouve dans sa conclusion : « Je pense à tous ceux qui sont venus et qui ne repartiront pas, je pense à leurs enfants qui n’ont qu’un seul pays, qu’une seule patrie, qui s’appelle la France. » Leur seul pays, leur seule patrie ? Qui l’a décidé ? Doit-on s’enorgueillir que la France, sans le vouloir, s’applique à réemprunter aux discours colonialistes ?
Oui, décidément, je pense que malheureusement pour nous tous, Français de souche comme enfants issus de l’immigration, le Président de la République ignore encore beaucoup des solutions aux problèmes posés par l’immigration-insertion-intégration. Il lui manque pour cela bien des pièces du puzzle de l’intégration. Notre société n’a donc vraisemblablement pas fini de vivre au rythme de l’instrumentalisation de ce très sensible sujet, au gré des échéances électorales. La descente de plus de 1000 policiers accompagnés d’une noria de caméras pour l’arrestation de 33 suspects à Villiers Le Bel, est l’exemple par excellence d’actions hautement contreproductives qu’il conviendrait de ne jamais mener.
14:05 Publié dans -Le blog , Discrimination positive , Insertion - intégration | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Sarkozy, banlieues, discrimination positive, diversité


