02.05.2008

De la liberté de pensée et de jugement

« Ne demande pas ce que ton pays peut faire pour toi, demande ce que tu peux faire pour ton pays.» John Fitzgerald Kennedy

Pour que les Français recommencent à penser à leur pays et acceptent de s’engager dans la construction d’un projet collectif, il sera incontournable de leur restituer un droit élémentaire, qui leur a été confisqué : celui d’exprimer et d’assumer ce que « Français » et « France » signifient dans leur cœur, dans leur âme, dans leur esprit, mais surtout dans leur inconscient collectif.

Moi, à qui les hasards de la vie ont permis d’approcher au plus près l’intimité de deux peuples, je mesure combien le sort fait au peuple français est de pure folie. Notre classe politique s’alarme des misères de nombreux autres peuples sur Terre, et semble en effet dans le même temps rester sourde et aveugle à la détresse psychologique de son propre peuple. La « liberté de pensée et de jugement » ne doit pas se fixer de frontières ! L’homme politique qui réussira à relever ce défi confèrera aux Français la force qui leur permettra de puiser en eux le courage d’affronter, puis de vaincre, les difficultés qui se posent à la France. C’est la confiance en ce que l’on est, qui constitue la clef de voûte de tout l’édifice commun. C’est elle qui permettra de redonner de la cohérence aux projets politiques, qui s’inscriront alors naturellement et spontanément dans le respect de l’intérêt général. La vision de la France, ce sont les Français qui la portent en eux.

Pour bien surfer sur la vague de la mondialisation, les Français ont plus que jamais besoin qu’on ne les prive pas de la possibilité de « faire France ».

09.04.2008

Quand le Président largue une bombe à retardement...

Une bombe a été larguée au dernier Conseil des Ministres. Le Président de la République a officiellement lancé le comité qui aura pour mission de réfléchir à la modification du préambule de la Constitution française. Par ces temps où les hommes politiques paraissent convaincus que la Constitution leur appartient, il me semble important de rappeler qu’elle est en réalité celle du peuple français, et qu’il est dangereux qu’ils tentent de l’adapter pour la rendre conforme à leurs desiderata !

Pourtant, le peuple français est très loin d’imaginer quels seront les effets de cette bombe, si la commission présidée par Simone Veil vient à accorder au Président français sa bénédiction pour le « jouet » qu’il réclame depuis si longtemps : la discrimination positive ! Certes, il faudrait encore en passer par le Congrès de Versailles, mais ce dernier ne nous a-t-il pas démontré qu’il ne constitue plus à présent qu’une simple formalité...

Voici un extrait de la lettre de mission : « Faut-il rendre possibles de nouvelles politiques d’intégration valorisant davantage la diversité de la société française pour favoriser le respect effectif du principe d’égalité ? »

Nicolas Sarkozy précise que l’enjeu est de permettre à la Constitution d’être « à nouveau en avance sur son temps ». Que signifie pour lui « être en avance sur son temps », alors qu’il veut à tout prix imposer aux Français une régression de plusieurs siècles, en ouvrant la porte à la fragmentation d’une nation qu’il aura fallu si longtemps pour unifier ?

Ci-dessous, la liste des membres qui auront la lourde tâche de dire si le principe fondamental d’Égalité doit continuer à vivre, ou s’il doit mourir :

Simone Veil, Présidente du comité de réflexion ;
Bernard Accoyer, président de l’Assemblée nationale ;
Francine Bardy, conseillère à la Cour de cassation ;
Claude Bébéar, ancien président d’Axa ;
Denys de Béchillon, professeur de droit public à Pau ;
Philippe Bélaval, conseiller d’État ;
Richard Descoings, directeur de l’Institut d’études politiques de Paris ;
Samia Essabaa, professeur d’anglais dans un lycée professionnel de Noisy-le-Sec ;
Patrice Gélard, sénateur (UMP) de Seine-Maritime ;
Axel Kahn, directeur de recherche à l’Inserm ;
Pierre Manent, directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales;
Jean-François Sirinelli, directeur du Centre d’histoire de Sciences Po.

À première vue y figurent deux farouches apôtres de la discrimination positive, Richard Descoings et Claude Bébéar.

La commission rendra ses conclusions avant l'été 2008. J’espère vivement qu’étant présidée par une femme aussi pleine de sagesse que Simone Veil, elle saura réaliser qu’il est extrêmement dangereux de permettre aux dirigeants politiques de notre pays de rompre avec des éléments constitutifs de l’identité nationale française. Les Français finiraient en effet, tôt ou tard, par en prendre conscience, et là… Ceux qui connaissent un tant soit peu l’Histoire de France savent que c’est le pas de trop qu’il convient de ne pas franchir.

21.03.2008

Tangue navire, tangue…

Extrait du Puzzle de l’intégration : « Parmi ceux qui votent, beaucoup estiment n’avoir pas d’autre choix que de faire tanguer le navire France à chaque élection, éjectant ainsi par le jeu de l’alternance ceux qui détiennent le pouvoir. Ce “jeu” est dangereux, et il ne faudrait pas qu’il fasse un jour chavirer le navire ! »

Malgré les apparences, la gauche n’a pas gagné les dernières élections ; c’est la droite qui a reçu un avertissement, plus que sévère. Une droite boudée par son électorat : le taux d’abstention a atteint un niveau inégalé depuis 1959. Aux optimistes béats, convaincus, vu le taux de participation à la dernière présidentielle, que les Français avaient renoué avec la confiance en leur personnel politique, les présentes élections viennent d’apporter un démenti cinglant.

La situation de la France devient de plus en plus dangereuse car, sans espoir d’une alternative politique crédible à laquelle confier la conduite de son destin, l’étape suivante pourrait bien voir le peuple français, très au fait de la réalité des défis qui se posent à lui, en venir à la moindre étincelle à mettre le feu aux poudres. La nette dégradation des conditions économiques pourrait constituer le détonateur. D’autant que la classe politique, appliquée depuis vingt-cinq ans à niveler par le bas le niveau d’enseignement et obnubilée par la question des banlieues, a magistralement négligé la création de nouvelles perspectives de développement économiques. Or, la capacité d’innovation qui permet de garder une longueur d’avance se prépare très en amont.

L’électorat n’aura pas été abusé bien longtemps. Appâté par l’odeur alléchante d’un discours déterminé aux accents populistes sur l’identité nationale, il avait accouru, nourri du fol espoir que son profond malaise avait été entendu, et surtout convenablement décrypté. Il s’est rapidement aperçu que la droite, pas plus que la gauche, ne semblait vouloir s’atteler à traiter de manière responsable ces problèmes essentiels pour l’avenir de la société française. L’élection présidentielle s’est jouée sur le thème de l’identité nationale, et je ne doute pas un seul instant que les historiens l’écriront un jour. Ce sujet est central, car il participe à engendrer malaise, peur et perte de confiance ; cela empêche les Français de regarder vers l’avenir avec courage.

Au travers de la réflexion sur l’identité nationale se pose la question du choix du projet de société pour la France de demain. C’est la raison pour laquelle un des chapitres du Puzzle de l’intégration s’intitule « Deux identités, deux projets de société ». Je tiens à préciser que je fais ici référence à des projets assis sur des valeurs philosophiques, et non pas sur des considérations de peuplement racial ou ethnique. Il n’est, d’autre part, nullement question d’opérer quelque hiérarchie que ce soit entre différentes identités. Chaque peuple a droit au respect, sur son territoire, de son identité propre ; une identité qui est, bien entendu, dynamique, mais qui ne saurait évoluer au corps défendant du peuple lui-même. Sur ce thème, l’Histoire nous fournit de sages démonstrations et d’utiles avertissements, mais les hommes retiennent-ils les leçons de l’Histoire ? Focalisés sur le passé, ils sont bien trop souvent aveugles au présent. L’éternel recommencement des tragédies en témoigne.

Le repli des Français sur eux-mêmes, lié à l’angoisse générée par ce qui leur est donné d’observer ou de vivre au quotidien, est une réalité. Ce repli est pour l’instant silencieux, mais il ne le restera pas pendant encore des décennies, étant donné que notre classe politique s’emploie à des actions contre-productives qui enveniment de surcroît les relations sur le terrain, telles que les politiques préférentielles ou encore l’obligation pour chaque commune d’accepter un quota de logements sociaux, interprété par les Français comme la promesse de voir fleurir un jour au pas de leurs portes des émeutes de « jeunes » issus de l’immigration.

Certains sujets sont extrêmement complexes à décrypter, et les solutions à mettre en œuvre ne peuvent produire de résultats instantanés. Dans ces conditions, notre société court le danger qu’un programme à la Jean-Marie Le Pen, fondé sur le repli sur soi et la haine d’autrui, ne soit un jour soutenu, en silence, par une majorité. Seuls ceux qui vivent à l’abri des palais dorés peuvent penser que le lepénisme est mort. Non seulement il ne l’est pas, mais tel la poussière dans « Cent ans de solitude », il s’est infiltré par tous les interstices, pour la simple raison qu’il offre le leurre d’une réponse à effet immédiat à des Français déboussolés par une grave crise de confiance ; à des Français également effarés par l’incohérence de leurs « élites » politiques, journalistiques et intellectuelles, qui dans le même temps vont s’offusquer de certains événements à travers le monde, et les taire ou les applaudir lorsqu’ils se produisent dans l’Hexagone, allant parfois jusqu’à les saluer comme autant de manifestations de l’avènement d’une société multiculturelle…

Mon inquiétude ? Que le contexte économique se dégrade fortement. Il est alors à craindre que « l’étranger », ou celui qu’on identifie comme tel, ne devienne le bouc émissaire ou le souffre-douleur.

Je forme un vœu : que la gifle que vient indiscutablement de recevoir le Président de la République le pousse à s’assagir, et à renonçer à tout ce qui participera à éloigner encore un peu plus les enfants issus de l’immigration de l’insertion dans la société française, pour ne pas rapprocher un peu plus la France de tensions civiles dramatiques. Nicolas Sarkozy doit donc renoncer à la mise en danger de la laïcité, à la discrimination positive, à l’inscription de la diversité dans le préambule de la Constitution, à la refonte stérile de la justice des mineurs… J’espère, pour le bien de la France, qu’il choisira d’emprunter la voie de la cohérence.

21.02.2008

La France est-elle en danger ?

Ma réponse est OUI, et c’est au demeurant ce que j’ai exprimé tout au long du Puzzle de l’intégration. C’est même la raison principale de l’écriture de cet essai ; ne jamais me reprocher d’avoir tu ce qui devait être dit. Face aux menaces qui pèsent sur la France, chacun de nous risque de se trouver un jour confronté à l’examen de sa propre conscience.

Le 14 février dernier, dix-sept personnalités politiques, dont l’ancien Chef de cabinet du Général de Gaulle, Pierre Lefranc, ont signé un appel à la vigilance républicaine. Loin d’arborer la même couleur sur notre échiquier politique, ces personnalités exprimaient une même inquiétude : que soient altérés des principes fondamentaux, piliers de la maison France.

J’aurais aimé que leur appel fasse également référence à l’« égalité républicaine », par opposition à la discrimination positive. Je vous renvoie à la première partie du Puzzle de l’intégration pour vous aider à identifier les raisons profondes qui feront de cette politique inégalitaire, le fossoyeur de l’identité française.

Voici un extrait de la conclusion du Puzzle de l’intégration : « Face à des dangers qui menacent sérieusement de faire voler en éclats la cohésion de la France, le clivage gauche-droite n’est plus pertinent. Il est même dangereusement inadapté, car il pousse à des alliances contre nature. C’est ce qu’il nous est aujourd’hui donné de constater sur l’échiquier politique, aussi bien à droite qu’à gauche, où des femmes et des hommes politiques républicains se rangent derrière des personnalités qui défendent la mise en œuvre de politiques qui mineront notre cohésion nationale. Il n’y a aucune nécessité qui soit plus impérieuse que la défense de notre cohésion. Pour s’en convaincre, il suffit de s’interroger sur ce qui adviendrait de la France si elle éclatait et se subdivisait, rompant de ce fait avec une France « une et indivisible ». Il est urgent que tous ceux qui sont attachés à l’idéal républicain qui a maintenu cette France unie et pacifiée se donnent la main pour permettre à notre pays de traverser cette zone de turbulences. »

Toutes les actions politiques qui tendent à diviser le corps social (discrimination positive, instrumentalisation de la mémoire ou de l’Histoire…), toutes les actions politiques qui tendent à introduire, dans l’espace public, des sujets prétextes à affrontements (révision de la laïcité, défense d’une France « diverse » et non d’une France « une et indivisible »…), doivent se voir opposer un front républicain déterminé et aussi large que possible. Ce qui est ici en jeu n’est pas tant de plaire ou de déplaire à quelque homme politique que ce soit, fût-il Président de la République ; non, ce qui est en jeu, c’est simplement de veiller à ce que l’oxygène que respire la France ne soit pas raréfié davantage, à un moment où son cœur bat si faiblement, si difficilement.

N’est-ce pas, en outre, aider le Président de la République, que d’attirer son attention sur le risque qu’il encourt d’entrer dans l’histoire de France comme ayant participé à creuser le tombeau de l’identité française?

07.12.2007

La « tolérance zéro », une fausse bonne idée

Il est confortable, et séduisant aussi, d’imaginer qu’en sanctionnant toute infraction, à commencer par la plus minime, on pourrait prévenir les suivantes, dissuader ceux qui n’ont pas encore franchi le pas et guérir ainsi une société malade d’insécurité.

Mais tout d’abord, comment mesurer l’efficacité d’une politique dont l’ambition est de lutter contre la violence et le sentiment d’insécurité qu’elle induit ? Autrement dit, qu’attendons-nous d’une politique efficace ? Est-ce la réduction durable du nombre d’actes de délinquance, ou est-ce l’éviction des éléments perturbateurs de l’espace public, afin de les mettre « hors d’état de nuire » ? Si c’est ce dernier objectif qui est retenu, dans la mesure où les délinquants finissent un jour ou l’autre par sortir de prison, à l’évidence ils réapparaitront tôt ou tard dans l’espace public. La sanction les aura-t-elle alors dissuadés de récidiver ? Autrement dit, la sanction les aura-t-elle responsabilisés ?


L’échec de l’expérience américaine

La politique de « tolérance zéro », dite aussi théorie du « carreau cassé » ou de la « vitre brisée », a vu le jour aux États-Unis au début des années 1980, avant d’être progressivement exportée vers d’autres contrées, dont l’Europe. Ce sont les chercheurs James Q. Wilson et Georges Keeling qui ont formalisé cette théorie. Elle postule que tout « désordre » non traité peut dégénérer en actes de délinquance très graves. Ainsi, tout graffiti, toute incivilité seraient susceptibles de conduire leurs auteurs sur la voie de la grande délinquance, voire du crime. Aucune explication d’un tel cheminement, d’ailleurs largement invalidé par les statistiques, n’est avancée par les auteurs pour étayer leur théorie.

Un rapport publié en novembre 2007 par le JFA Institute, cercle de réflexion basé à Washington aux travaux duquel participent des criminologues de compétence reconnue, vient à nouveau de rappeler que la politique de « tolérance zéro » n’avait eu aucun impact sur le niveau de criminalité aux États-Unis, qui est à ce jour le même que celui qu’on enregistrait dans les années 1970. Pourtant, pour défendre une prétendue réussite, les défenseurs de cette politique donnent très souvent en exemple le cas de la ville de New-York, où la délinquance aurait diminué. Qu’en est-il en réalité ? Les nombreux sociologues américains qui se sont penchés de manière approfondie sur l’analyse de la situation à New-York avancent plusieurs explications, parmi lesquelles :

  • les forts taux d’incarcération mettent les délinquants temporairement hors circuit ;

  • la délinquance s’est déplacée vers des zones moins protégées que New-York, mais elle ne s’est pas résorbée. Les délinquants ou auteurs d’incivilités qui empoisonnent la vie quotidienne des citoyens, partent en effet effectuer leur commerce illicite ou leur atteinte aux autres, dans des lieux moins protégés. Le taux de criminalité dans les petites villes, lui, n’a pas baissé ;

  • la démographie a évolué à New-York, où le nombre de jeunes a baissé ;

  • l’apparition d’une véritable prise de conscience de la fraction des jeunes qui ont assisté aux ravages de la cocaïne parmi leurs proches (parents, amis ou voisins), les dissuadant de verser eux-mêmes dans la toxicomanie. La consommation de cette drogue a diminué, réduisant de ce fait le trafic de stupéfiants qui s’accompagnait de nombreux actes de délinquance ;

  • dans d’autres villes et sur une même période, on observe également une diminution temporaire du taux de délinquance, alors que ces villes n’appliquaient pas de politique de « tolérance zéro ».

Le rapport du JFA Institute s’alarme du fort taux d’incarcération aux États-Unis. Avec la politique de « tolérance zéro », les prisons ont vu leurs effectifs augmenter dans de très fortes proportions, d’une part parce que les peines infligées sont de plus en plus longues, d’autre part parce qu’il y a de moins en moins de recherche de sanctions alternatives à l’enfermement. L’effet dissuasif tant espéré de politiques fortement répressives ne s’est donc jamais produit. Citons les chiffres américains : le taux d’incarcération était de 125 pour 100 000 dans la période 1925-1975. Il a fait un bond pour passer à 700 pour 100 000 dans les années 1980, et n’a pas décru depuis. Pour mémoire, rappelons que le taux d’incarcération en France se situe à environ 90 pour 100 000.

La raison de l’échec de la politique de « tolérance zéro » réside dans la non-adéquation de la réponse apportée au travers de l’enfermement. En effet, cette réponse ne travaille que sur le très court terme. Si cette théorie fut adoptée si promptement, c’est que son caractère simpliste et son immédiateté a séduit les hommes politiques qui souvent, et pas simplement dans notre pays, sont à l’affût de baguettes magiques. Il s’agit véritablement là d’une approche qui s’apparente à de la prestidigitation : un problème surgit, il est aussitôt éliminé du champ visuel des électeurs. On ne s’interroge malheureusement que très rarement sur les retombées sur la société de mesures si radicales. On oublie également de développer une vision de long terme, qui exigerait inévitablement une réflexion un peu plus poussée au sujet des actions à développer très en amont, afin de réduire la masse de problèmes à traiter en aval. L’objectif devrait être de tarir les sources des différentes formes de violence, et ces sources sont multiples. Elles ne sont, il faut le souligner, pas toujours identiques d’un pays à l’autre.

La politique de « tolérance zéro » présente par ailleurs le défaut majeur de conduire à l’abandon de la philosophie qui consiste à toujours travailler à l’identification de voies qui permettraient à l’être humain d’œuvrer à sa propre réhabilitation. Cette politique abandonne aussi, dans le même temps, la dimension de dissuasion. Nous le vérifions aujourd’hui en France : la loi sur la récidive, avec l’instauration de peines planchers, est tout simplement impuissante. Il est capital de réaliser qu’il ne peut y avoir à ce problème de réponse simpliste à effet immédiat.


Alors, que faire ?

En abordant la réponse à cette question, nous allons mieux comprendre pourquoi la politique de « tolérance zéro » ne peut conduire à une diminution réelle de la délinquance, alors qu’elle concourt à banaliser l’acte d’emprisonnement. Celui-ci constitue malheureusement à présent, pour certains délinquants, dans notre pays, une marque de valorisation au sein de leur groupe.

Pour traiter le problème spécifique de la violence dans notre société, dans laquelle la forte implication des enfants issus de l’immigration n’est plus à démontrer, plusieurs axes doivent être déployés de concert. Je les ai parsemés au long du « Puzzle de l’intégration : les pièces qui vous manquent », en donnant à chaque fois les raisons profondes. Les relations de cause à effet y ont été développées de façon que le lecteur puisse ensuite, avec son propre jugement, participer à porter un regard critique et constructif sur les débats qui agitent l’ensemble de notre classe politique. Je ne vous livre ici que quelques-uns de ces axes, et vous renvoie à mon livre pour compléter cette liste et approfondir le sujet :

  • L’abandon de la théorie de la victimisation est une absolue nécessité : se reporter au contenu de mon livre pour comprendre le poison que cela constitue pour les enfants issus de l’immigration, et la haine que cette « attitude » instille dans le cœur et l’esprit des familles issues de l’immigration.

  • La responsabilisation des parents des délinquants mineurs est incontournable. Il est indispensable qu’ils assument, vis-à-vis de la société, leurs responsabilités en cas de mauvais agissements de leurs enfants. Il faut appliquer le principe de « tolérance zéro » sur un point : les parents de délinquants mineurs doivent financièrement, ou par le biais d’actions de restauration, participer à la réparation des dégâts matériels commis par leurs enfants. Eu égard à une certaine « sensibilité » au matériel, les « jeunes » réfléchiraient à deux fois avant de saccager. Cela enclencherait à terme un cercle vertueux. J’explique également dans mon livre les raisons, liées à la sociologie des groupes, pour lesquelles le fait de « toucher » les ascendants contribuera à ramener plus facilement leurs enfants dans le rang.

  • Les sanctions appliquées directement aux « jeunes » doivent avoir une visée réparatrice et éducative. Elles doivent systématiquement prévoir un accompagnement en vue d’une insertion dans la société. Je ne parle pas de « réinsertion » car souvent, ces « jeunes » ne sont pas même insérés dans la vie sociale française. Nos juges le savent fort bien, mais le manque de moyens de notre Justice conduit à ce que l’immense majorité de ces peines éducatives ne sont tout simplement jamais appliquées.

  • Il faut remettre à l’ordre du jour, dans toutes les écoles maternelles et primaires de France, une grande ambition dans la transmission de la langue française, qui est la langue officielle de la République, mais que les enfants issus de l’immigration pratiquent de moins en moins, et donc de plus en plus mal. Cet apprentissage est essentiel, car c’est à travers la langue et par le biais de la littérature que seront transmises, à ceux des enfants qui n’y ont pas accès dans leur environnement familial, la culture et les règles de savoir-vivre propres à la société française.

  • La sensibilisation à la culture française doit veiller à inclure tout ce qui n’est que peu, voire pas du tout, transmis au sein des familles, à commencer par l’art sous toutes ses formes. C’est cela qui participera à ouvrir les enfants issus de l’immigration à d’autres cultures que celle de leur milieu familial. De plus, en développant le registre de la sensibilité, la culture artistique participe à adoucir, à pacifier, mais aussi à appréhender le respect de l’être humain dans sa dimension individuelle, et pas seulement dans sa dimension collective comme c’est le cas par exemple dans les sociétés maghrébines ou africaines. Loin d’être futile, cette préoccupation est en réalité centrale, car c’est autour de ce noyau que se cristallisera ou non la possibilité d’une cohabitation dans l’espace public. Cette sensibilisation doit se dérouler tout au long de l'école maternelle et primaire. Au collège, il est en géréral bien trop tard.

  • Il faudra cesser d’encourager fiscalement les familles à délocaliser leur argent vers leur pays d’origine (lois Sarkozy 2006 et Hortefeux 2007). Les fonds transférés sont autant de ressources qui ne seront pas consacrées par les parents à l’insertion de leurs enfants dans la société française. L’aide au développement devrait toujours se faire directement d’État à État, assortie bien entendu de contraintes sur l’affectation des fonds, ou par interventions directes sur des projets.

  • La lutte contre l’économie parallèle est essentielle, pour des raisons évidentes que j’ai déjà évoquées dans un précédent billet. Il est capital  dans ce dossier de toujours accompagner la sanction d’enfermement de la privation du « butin », sans quoi cette sanction n’a aucune incidence. Passer quelques années en prison, lorsque cela n’empêche pas de disposer et/ou de faire disposer son entourage d’une amélioration substantielle du niveau de vie, n’est en rien dissuasif.

  • Il faut rouvrir la discussion sur le droit du sol, comme l’avait souhaité Jacques Chirac il y déjà vingt ans. « Le puzzle de l’intégration : les pièces qui vous manquent » expose en détail les raisons pour lesquelles le droit du sol s’apparente à une forme de colonisation. La violence de nombreux « jeunes », qui crient à la moindre occasion leur haine de la France, aurait déjà dû alerter sur la souffrance morale et psychologique que leur fait endurer cette identité que la France leur impose ; la France ne recueille finalement que la monnaie de sa pièce. Sur un sujet aussi délicat, il est important de garder à l’esprit que la souffrance et l’incompréhension sont aussi vives du côté des Français de souche que de celui de nombre d’enfants issus de l’immigration, réputés Français mais qui ne se pensent ni ne se vivent comme tels, et c’est leur droit le plus absolu. Le fait que les parents des deux adolescents décédés dans l’accident de Villiers-le-Bel aient souhaité les enterrer dans leur pays d’origine est bien plus éloquent qu’une montagne de discours. L’appartenance à une terre ne se décrète pas, et ne se décrétera jamais ; elle ne devrait jamais être imposée à quiconque. Pour cette raison, les questions matérielles doivent être définitivement décorrélées des questions identitaires, et la question de l’identité doit être traitée avec le sérieux et le respect qu’elle mérite, car à travers elle c’est le destin d’un peuple qui se joue.

Je n’aurai abordé dans ce billet qu’une petite partie des raisons pour lesquelles la politique de « tolérance zéro » est simpliste et réductrice, et ne peut répondre à la violence dans notre société. Je n’aurai pas non plus abordé ici la question du coût financier de cette politique pour le contribuable ; il est si lourd que de très nombreux États américains envisagent à présent de le faire supporter par les détenus eux-mêmes.

Pour clore, provisoirement, ce sujet, je souhaite signaler que l’instauration dans certaines villes des États-Unis d’une police qui s’apparente à une police de proximité s’y est accompagnée de l’apparition d’une certaine corruption. C’est un phénomène qu’il ne faut pas négliger, si une volonté politique de tisser des liens de proximité avec la population passe, comme certains le préconisent, par le recrutement de policiers au seul motif qu’ils connaîtraient bien les habitants des quartiers et même qu’ils en seraient eux-mêmes issus. La Police républicaine doit continuer d’avoir pour mission essentielle de faire respecter les lois de la République. Il est choquant de suggérer que seuls des policiers connus des habitants mériteraient le respect qui leur est doublement dû en tant que représentants de l’État. Sur ce point, je rejoins la position adoptée par le Premier ministre François Fillon au sujet de la récurrente controverse autour de la création d’une police de proximité : ce n’est pas à la population de choisir sa police, et comme je l’ai exprimé dans mon livre, ce n’est nullement un hasard si tous ceux qui symbolisent un tant soi peu la République sont devenus, ces dernières années, cibles d’actes de violence, verbale ou physique. Il faudra un jour que, dans l’intérêt de tous, Français de souche et enfants issus de l’immigration, nous réalisions que la plupart des « jeunes » qui avaient participé aux échauffourées des banlieues en novembre 2005 n’avaient aucun antécédent judicaire, et que l’explication du malaise par la question sociale est une totale imposture.

16.10.2007

Entretien audio avec « La Luette »

J’ai récemment accordé un entretien au site "la Luette". Vous pouvez l’écouter ici.

20.09.2007

Quand la représentation nationale œuvre, sans le savoir, à la destruction de l’identité française

Hier, l’Assemblée Nationale (c’est-à-dire l’Assemblée qui représente le peuple français, l’Assemblée qui se doit de veiller sur ce qu’il y a de plus précieux pour la survie d’un peuple, à savoir, son identité), eh bien, l’Assemblée Nationale a voté l’autorisation du comptage ethnique. Nos députés ont donc réussi à introduire ce redoutable ver dans le fruit de la cohésion nationale. Je ne redévelopperai pas ici les arguments qui occupent nombre de pages du « Puzzle de l’intégration », et qui expliquent pourquoi et comment le comptage ethnique minera notre cohésion nationale et mettra sérieusement en danger l’identité du peuple français.

Devons-nous nous réjouir que les communautaristes, les anti-Républicains, ceux qui travaillent depuis des années à affaiblir le peuple français, aient enfin trouvé des « moutons noirs » pour faire aboutir leur projet ? Je pense que nous devons fortement nous en inquiéter, car les conséquences à moyen terme en seront désastreuses.

Comment ont-ils réussi ce tour de force ? Ils pouvaient, malheureusement pour les Français, compter sur la situation lamentable dans laquelle se trouve actuellement notre classe politique. Je m’explique : l’opposition est K.O. debout, et ne s’occupe plus que des guerres de ses « chefs », les intérêts particuliers passant manifestement bien avant la défense de l’intérêt général. Les députés de droite sont muselés et leur liberté de réflexion et d’expression s’amenuise de jour en jour. En témoigne le nouveau mode de fonctionnement du groupe UMP à l’Assemblée Nationale, dont le président Jean-François Copé a recruté de jeunes « têtes chercheuses » chargées de rédiger ce que les députés UMP doivent penser et répandre !!! À cela s’ajoute la calamité des cumuls de mandats et d’honneurs, qui conduit à ce que les députés qui possèdent encore le temps de traiter des dossiers complexes de manière sérieuse et réfléchie, se font aussi rares que les trèfles à quatre feuilles. Sans compter enfin le manque de connaissance des problématiques abordées, qui encourage nombre de députés qui ne disposent pas de la faculté de se forger par eux-mêmes une opinion, à s’aligner aveuglément sur les consignes de vote. À leur décharge, il est vrai que l’immense diversité des sujets traités rend l’exercice plutôt difficile. Je ne résiste pas à vous rapporter verbatim les propos d’un ancien membre du Conseil Constitutionnel, croisé lors d’une conférence consacrée à la réflexion autour d’une évolution du fonctionnement de l’Assemblée Nationale qui lui permettrait de pleinement jouer son rôle dans notre vie démocratique : « Ce n’est vraiment pas important que les députés soient compétents ». Oui, vous avez bien lu !

Alors, que reste-t-il à présent à espérer au sujet du redoutable ver du comptage ethnique ? Eh bien, que le Sénat « retoque » cette partie du texte de loi (il devrait examiner le texte mardi 25 septembre : cette précipitation, qui empêche tout débat sur un thème aussi important, est déjà en soi une injure à l’esprit de la démocratie), ou que l’opposition saisisse le Conseil Constitutionnel sur cette partie de la loi. Et dire que parfois, certains songeraient à supprimer le Sénat ! Dans ce genre de situation, on comprend combien il est finalement important qu’existe une autre Assemblée, qui aie la possibilité de corriger les errances de nos députés. À ceux qui réfléchissent à l’évolution du fonctionnement de nos institutions, je voudrais suggérer que soit introduite un jour la possibilité de nouveaux modes de saisine du Conseil Constitutionnel. Pourquoi les Français du peuple ne pourraient-ils en effet disposer, bien entendu sous condition d’un certain nombre de signataires, d’une possibilité de saisine directe ?

Chers amis, si certains d’entre vous avez les moyens de sensibiliser des sénateurs pour corriger ce texte de loi, ou de convaincre un groupe de députés de saisir le Conseil Constitutionnel, surtout, n’hésitez pas ! Vous rendrez un fier service en aidant à préserver la France « une et indivisible », et ce sont vos descendants qui vous en sauront gré !

Dans « Répliques », Alain Finkielkraut s'appuie sur « Le puzzle de l'intégration »

Dans son émission « Répliques » du samedi 1er septembre, intitulée « Identité française et immigration », Alain Finkielkraut s’est appuyé à plusieurs reprises sur « Le puzzle de l’intégration », dont il a cité quelques passages, afin de donner la réplique à Patrick Weil, Directeur de Recherche au CNRS et spécialiste des questions d’immigration.

De même, Jean-Philippe Moinet, ancien Secrétaire général du Haut Conseil à l’intégration et fondateur de l’Observatoire de l’extrémisme, a fait appel à mes propos pour asseoir ses démonstrations.

Je les en remercie d’autant plus chaleureusement, que la diffusion de mon livre fait face au redoutable barrage de la « bien-pensance » des milieux journalistiques (radio et papier), qui n’est en vérité que de la « bien-errance », et qui a largement participé à creuser le tombeau des enfants issus de l’immigration.

26.06.2007

Entretien avec Julien Landfried

J'ai accordé un entretien à Julien Landfried, de l'Observatoire du Communautarisme.

L'Observatoire en conclut que « Sur des sujets délicats (victimisation, discrimination positive, questions identitaires, droit du sol), Malika Sorel apporte une analyse tonique et des réponses se moquant du politiquement correct. »

J'en profite pour vous signaler que Julien Landfried vient de publier « Contre le communautarisme », aux éditions Armand Colin. Je vous encourage à le lire !

06.04.2007

Menace sur l’identité de la France : la «discrimination positive» !

Les Français ne le réalisent pas encore, mais l’une des menaces les plus lourdes qui pèse sur l’identité de la France s’appelle « discrimination positive ». C’est elle qui enterrera la cohésion nationale, en mettant fin à une France « République indivisible ». Mon livre, « Le puzzle de l’intégration », explique pourquoi.

Sa parution était programmée pour début mars dernier. Contre toute attente, elle a été repoussée après le premier tour de l’élection présidentielle (!) Aux dernières nouvelles, le livre sera enfin rendu accessible au public à la date du 25 avril. Il est pourtant essentiel que les Français soient en mesure de se forger une opinion éclairée sur des sujets qui concernent véritablement l’identité nationale et engagent, à ce titre, le destin de la France.

Les Français doivent savoir que la discrimination positive, si elle est mise en œuvre, nous fera rompre, et sans aucun espoir de retour, avec notre sentiment de justice qui est un pilier essentiel de la société française: « Tous les citoyens sont égaux à ses yeux, sont également admissibles à toutes dignités, places et emplois publics, selon leur capacité et sans autre distinction que celle de leurs vertus et de leurs talents » (article 6 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen) ; la discrimination positive introduira en effet l’ethnie, la race ou la religion comme critères déterminants d’accès aux mondes du travail et de l’enseignement.

Alors qu’elle n’a jamais résolu aucun problème dans les pays où elle fut mise en œuvre, la discrimination positive y a engendré de sérieux dysfonctionnements sociaux. Elle y a introduit de nouvelles lignes de fractures sociales. En France, ce sont les classes populaires françaises d’origine européenne qui subiront de plein fouet ses dégâts collatéraux, et qui lui paieront le plus lourd tribut. Cette politique inégalitaire présente également des effets pervers très lourds de conséquences pour les populations à intégrer, c’est-à-dire, en France, celles qui sont issues des dernières vagues d’immigration.

Parce que les décisions prises en son nom sont perpétuellement contestées devant les tribunaux, elle a renforcé la judiciarisation des sociétés qui l’ont adoptée, et durci les relations entre citoyens issus de différentes communautés d’origine. Aussi, sur notre territoire national, elle aggravera les tensions qui existent entre les classes populaires de souche et celles qui sont issues de l’immigration. Interrogeons-nous : est-il actuellement raisonnable d’accroître les tensions au sein de notre société ? Est-il, d’autre part, responsable d’adopter une telle politique inégalitaire au moment où de nombreuses familles des classes moyennes basculent chaque jour dans la pauvreté ?

Au travers de la question de la discrimination positive, les Français réaliseront que c’est en réalité du choix de la société de demain, de celle de leurs enfants, dont il s’agit ; car la discrimination positive divisera la communauté nationale et transformera la société française en une société multiculturelle. Les Français d’origine étrangère trouveront davantage d’intérêt à se rattacher à leurs groupes d’origine qu’à la communauté nationale française, faisant ainsi peser une lourde menace sur la cohésion nationale, puisque leur intégration sera alors définitivement compromise.

Depuis maintenant 25 ans, le sujet de l’intégration (ou, au choix, de la non-intégration) a été sans cesse instrumentalisé, aussi bien par la gauche que par la droite et cela perdure. Si nous n’y prenons garde, ce sujet ne sera jamais traité de manière responsable, et il est pourtant urgent qu’il le soit. L’Histoire ne nous fera pas de cadeau, car dès demain, nous-mêmes et nos enfants subiront les conséquences de nos décisions ou de nos indécisions. Mesurons donc, avec calme, humanisme mais détermination, la portée des enjeux avant d’accepter de renoncer à nos principes républicains qui sont partie intégrante de l’identité française.

Ouvrons le débat dans le respect, avec sagesse, mesure mais sans aucun tabou. Disons enfin oui à l’esprit de responsabilité en refusant la haine primaire qui est mauvaise conseillère, car nous devons prendre conscience que la souffrance est aussi importante du côté des Français de souche, que de ceux qui sont issus de l’immigration. Pour prendre des décisions courageuses, il n’est nullement besoin de blesser, car dans une société, les cicatrices des blessures deviennent le plus souvent les foyers de violentes secousses ultérieures.

En attendant la publication du « Puzzle de l’intégration », je vous propose de profiter dès à présent de l’existence de ce merveilleux outil de communication qu’est la Toile. Tissons donc les fils de discussion. Osons ouvrir le débat avec nos proches, nos collègues, nos amis ! Le débat est en effet un élément essentiel de tout pays qui se veut demeurer une démocratie. J’attends vos réactions et vos interrogations, et je vous en remercie vivement !