06.06.2008
Rachida Dati : quand l’hôpital se moque de la charité…
L’annulation d’un mariage à Lille pour cause de non-conformité de la marchandise reçue, et donc retournée à l’envoyeur – car il s’agit de cela et de rien d’autre, tant le statut de la femme se trouve atrophié au sein de certaines familles – suscite de très vives réactions de la part de notre classe politique. Or, cela fait bien longtemps que de telles histoires se produisent sur la terre de France, terre dite des droits de l’Homme. De même que cela fait bien longtemps qu’une écrasante proportion de mariages « mixtes », qui ne possèdent de mixte que le nom, ne sont dans les faits que l’aboutissement de tractations entre deux parties, dans le but de permettre à l’heureux élu, qui réside de l’autre côté de la Méditerranée, d’obtenir ce que je dénomme dans Le puzzle de l’intégration « le fameux sésame ». Par leur nombre très élevé, ces mariages sont devenus une question centrale, car ils sont une cause directe de l’aggravation du problème de la non-insertion et de la non-intégration. Cette question n’est en effet pas étrangère au refus de plus en plus manifeste de l’utilisation, par les migrants et leurs descendants, de la langue française ; au durcissement des positions des « jeunes » issus de l’immigration ; à l’importation d’attitudes ou de convictions que les Français ne sont pas prêts à reconnaître, car ils les considèrent comme antinomiques de l’identité française… Si le taux de mariages mixtes pouvait, à une époque bien antérieure, être le signe d’une amélioration de l’intégration, il est à présent devenu le signe patent de l’échec de l’intégration.
Alors, quoi de neuf sous nos tropiques ? Ce qui est nouveau, c’est qu’apparaît au grand jour, aux yeux des Français de souche, et grâce à l’inacceptable décision du TGI de Lille, la brutalité de situations bien réelles qui ont cours en France. Et à présent, beaucoup de nos hommes et femmes politiques qui savaient déjà tout cela ne peuvent plus détourner les yeux et faire comme s’ils n’avaient rien vu. La classe politique, dont le devoir est d’anticiper, démontre ici avec brio qu’elle est en réalité à la traîne. Afin que la question des mariages de complaisance, qui rend encore plus improbable l’intégration de ceux qui se trouvent déjà sur le territoire français, soit véritablement prise en considération par notre classe politique, souhaitons qu’une affaire terrible – aux yeux des Français – surgisse dans le paysage public. La gouvernance par scandales successifs viendrait ainsi au secours de notre société.
Extrait du Puzzle de l’intégration : « Les familles de l’immigration récente qui ont des enfants en âge d’être mariés, se trouvent extrêmement sollicitées pour conclure des alliances […] Cela pose un problème d’une extrême gravité aux enfants de l’immigration, qui perdent par la même occasion la liberté du choix de leur conjoint, ou qui s’engagent dans une lutte acharnée et parfois désespérée pour la préserver.
Cette aberration couvre tantôt des mariages de complaisance, tantôt des mariages forcés pour que les heureux bénéficiaires puissent à leur tour devenir « Français ». Ce phénomène est connu depuis très longtemps par notre classe politique. En pensant défendre la liberté de mariage des enfants issus de l’immigration avec des étrangers, les Français soutiennent le plus souvent, dans les faits, la confiscation de la liberté de ces enfants de se marier avec le conjoint de leur choix. »
Dans ce contexte, Rachida Dati fait preuve d’un incroyable toupet en rejetant sur la gauche la responsabilité de tous les errements en matière de politique d’intégration, alors que la droite et la gauche ont partagé le pouvoir à quasi-égalité depuis trois décennies. Comment peut-elle se permettre de telles attaques, elle qui a de prime abord trouvé des justifications à cette annulation de mariage? Rachida Dati est-elle bien placée pour critiquer la politique d’intégration menée par la gauche ? Elle qui fut conseillère à la prévention de la délinquance de Nicolas Sarkozy Place Beauvau ; période qui n’a pas vu la délinquance des enfants issus de l’immigration régresser, mais au contraire exploser, comme elle l’exposait elle-même le 22 juin 2007 au Tribunal de Grande Instance de Bobigny. Le coût de l’incarcération d’un mineur, arme lourde mais impuissante bien que très prisée de l’actuel Ministre de la Justice, est d’environ 230 000 euros par an. Ne serait-ce que pour contribuer au nécessaire allégement de la dépense publique, l’État ne devrait-il pas se muscler davantage sur les dossiers dont il se doit d’assumer la responsabilité, puisque le « bien vivre ensemble » en dépend ? Pour mémoire, je rappellerais ici ce que Rachida Dati ne peut en aucun cas ignorer : contrairement à ce qu’elle a osé affirmer devant la représentation nationale, ce qu’elle dénomme « la politique des grands frères » n’a jamais été fabriquée par la gauche…
Il me semble par ailleurs important de préciser que ni la gauche, ni la droite n’ont souhaité mener la France au chaos. Notre personnel politique a considérablement sous-estimé la complexité des problèmes. Il a parié sur le fait que le temps viendrait à bout de toutes les difficultés. Combien de fois ai-je entendu dans le milieu politique : « la France en a vu d’autres » ! Quel regard la société porterait-elle sur un parent qui aurait observé avec autant de détachement et d’indifférence son enfant soumis à une terrible épreuve ?
Vu la gravité des défis que nous devons tous participer à relever, il est irresponsable de dépenser la moindre énergie à tenter de déterminer qui, de la gauche ou de la droite, sur le sujet de l’intégration, a par le passé perpétré le plus grand nombre de mauvaises actions politiques. Je pense qu'il est désormais bien trop tard pour se permettre un tel luxe. Nous devons veiller à nous focaliser sur ce qui se déroule, et il est manifeste que l'équipe politique qui détient aujourd’hui le pouvoir de décision, si elle n’est pas raisonnée à temps, affaiblira de manière irréversible, sans l’avoir prémédité, les fondations de la maison France ; j’insiste sur le terme « irréversible ». L’ironie du sort pour les Français est que l’élection présidentielle de 2007 se sera gagnée sur le thème de l’identité nationale.
16:00 Publié dans -Le blog , Insertion - intégration , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Dati, Sarkozy, insertion, intégration
31.05.2008
De l’accommodement raisonnable dans les sociétés dites développées…
L’« accommodement raisonnable », que je décris dans Le puzzle de l’intégration, est une thèse concoctée par de savants experts et reprise par des hommes politiques gourmands de solutions « prêtes à poser » ou « prêtes à penser », et qui n’ont pas su comprendre que l’insertion des flux migratoires n’était pas un luxe, mais une obligation si l’on souhaitait préserver la stabilité des sociétés d’accueil. Je précise bien que j’évoque ici l’insertion (obligatoire), et non l’intégration (facultative). Voir Le puzzle de l’intégration pour les différences fondamentales entre ces deux concepts.
Extrait du préambule de la Constitution :
« Le peuple français proclame solennellement son attachement aux Droits de l’Homme et aux principes de la souveraineté nationale tels qu'ils ont été définis par la Déclaration de 1789 […] »
Art. 5 de la Déclaration des Droits de l'homme et du citoyen :
« La Loi n'a le droit de défendre que les actions nuisibles à la Société. Tout ce qui n'est pas défendu par la Loi ne peut être empêché, et nul ne peut être contraint à faire ce qu'elle n'ordonne pas. »
Que m’inspire la récente annulation d’un mariage par le TGI de Lille ? La réponse figure dans Le puzzle de l’intégration :
« La société française est encore très loin du modèle de société qui saurait être jugé acceptable par nombre de ses migrants. Elle n’est donc qu’au début des demandes de son adaptation. Son attitude freudienne (compréhension, justification et mansuétude) est systématiquement interprétée comme autant de signes de faiblesse, par tous ceux qui ont été éduqués dans une culture privilégiant les attitudes et les modes de communication basés sur l’autorité et le rapport de forces. Plus elle sera perçue comme accommodante, et plus les demandes d’accommodation afflueront, obligeant de fait l’individu d’origine immigrée à se plier aux lois dictées par son groupe d’origine, et non plus à celles que dicte la République. Une République faible ne sera d’aucun secours pour l’immigré confronté au processus d’insertion, et à plus forte raison à celui de l’intégration.
L’engagement de la République à faire respecter ses fondamentaux soutient et guide, par ailleurs, ceux qui hésitent, ceux qui titubent face aux difficultés de l’acceptation d’une identité différente de celle de leurs ancêtres biologiques. Plus la République sera forte, plus elle sera en mesure de donner force et courage à ceux qui souhaitent l’intégrer, car c’est elle qui assumera, face à son groupe d’origine, la responsabilité de l’adaptation de l’individu dans le processus d’insertion, puis dans celui de l’intégration. Plus la République sera faible et le montrera, plus l’individu se trouvera dans l’obligation de la sacrifier.
C’est à l’État qu’incombe la responsabilité de trouver le moyen de faire triompher le respect de ses fondamentaux, et en particulier ceux des Droits de l’Homme. Celui qui veut s’insérer ne le peut pas toujours, car la réplique de son groupe peut s’avérer beaucoup plus insupportable que celle de la société française. Sans une assurance de protection forte, incarnée par une République qui assume ses responsabilités, beaucoup ne sauront pas franchir le pas d’une insertion, et encore moins d’une intégration, dont le coût peut se révéler dissuasif. La République ne doit plus fermer les yeux ou les détourner, pour simuler n’avoir rien vu. Elle se doit de toujours rester aux côtés des « faibles », et de les protéger en étendant sur eux le manteau de ses valeurs fondamentales. »
La France fut une terre des Droits de l’Homme, mais la France ne l’est plus. Le redeviendra-t-elle ? C’est le défi le plus important qu’elle doit relever dans le contexte d’aujourd’hui. Si elle échoue, elle sera au mieux vouée au sort tragique de la société libanaise régulièrement secouée de convulsions, et au pire à la scission.
00:00 Publié dans -Le blog , Insertion - intégration | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : immigration, insertion, intégration, droits de l'homme, accommodement raisonnable
28.04.2008
Regard de Michel Rocard
C’était il y a 18 ans, le Premier ministre Michel Rocard intervenait devant les Députés français au sujet de l’immigration-intégration. Peu importe que l’on partage ou non son positionnement politique, Michel Rocard est, à mon humble avis, une personnalité dont les analyses incitent le plus souvent à la réflexion et au questionnement. Il est terrible de constater que ses recommandations de sagesse n’auront jamais été suivies d’effet, mais que sa prophétie se sera, elle, malheureusement accomplie. On mesure combien notre classe politique, de gauche comme de droite, a été dans l’incapacité de remplir la première de ses missions, celle de préserver la France « des déchirures graves et durables du tissu social français », comme l’exprime Michel Rocard. Malgré cela, je continue de croire, comme je l’ai écrit dans le Puzzle de l’intégration, que « le peuple français va se ressaisir ».
Je vous cite ci-dessous quelques extraits de l’allocution de Michel Rocard. Si vous le souhaitez, vous pourrez la lire ici dans son intégralité.
Intervention de Michel Rocard, Premier ministre, à l’Assemblée nationale, le 22 mai 1990
« Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les Députés,
La France s’est réveillée à Carpentras avec un goût de cendres à la bouche. Il y avait donc pire que les attitudes racistes, le déni de mémoire, il nous a fallu découvrir l’horreur des sépultures violées, le supplice infligé aux morts. Cette transgression inouïe nous a laissés en état de choc. Mais le soulèvement civique des Français face à l’horreur nous donne des raisons d’espérer.
Partout en France, des jeunes et des moins jeunes, des citoyens de toutes conditions, de toutes confessions et de toutes idéologies se sont levés presque instinctivement pour faire barrage.
Ce sursaut national, s’il emprunte aux meilleures traditions de la France dont nous sommes fiers, nous crée à nous, hommes et femmes politiques, des responsabilités particulières.
Certes, on n’abolira pas en quelques semaines un climat délétère fait de peurs irrationnelles habilement exploitées, de fantasmes nourris par des données sciemment déformées, d’exaspérations individuelles, sensibles aux discours insidieux sur l’exclusion. I1 y faudra du temps, une mobilisation continue des consciences politiques et morales, bref il faudra au quotidien et en actes faire vivre nos valeurs.
Notre responsabilité, ici Gouvernement et Assemblée Nationale réunis, est de nous accorder non pas nécessairement sur la totalité des politiques mais sur les données du problème, sur une méthode, une démarche, je dirais presque une éthique du bien public.
Nous devons cela à nos concitoyens, pour que le soulèvement civique perdure, diffuse et s’approfondisse.
[…]
Aujourd’hui, pour peu que l’on remonte aux arrières grands-parents, un Français sur trois est d’ascendance étrangère.
L’intégration s’est donc réalisée. Les discriminations liées à l’origine ont pu être peu à peu surmontées. La France ne présente pas le visage d’une société faite de Communautés juxtaposées.
[…]
Il a fallu que les immigrés supportent des humiliations, consentent les efforts que demandait l’intégration. Au quotidien, elle a été tissée de multiples incompréhensions, d’une foule de petits heurts entre les populations qui ont fait la France. Les tensions ont été parfois vives. Nous nous devons de rappeler les émeutes contre les ouvriers italiens à la fin du siècle dernier, la xénophobie violente des années trente, les attentats contre les maghrébins plus récemment.
Mais, encore une fois, l’intégration s’est faite. La France a su trouver dans ses valeurs, dans ses institutions, la capacité de demeurer elle-même.
[…]
Nous devons aujourd’hui assurer le triomphe de la conception républicaine, ouverte, de la Nation, celle qui assure des droits pour chacun et fait accepter des devoirs pour tous. "Il n’y a qu’une histoire de France !", disait le Général de Gaulle en 1964 et l’immigration fait partie de cette histoire.
L’intégration qui est seule conforme au génie français, demande un effort de la population accueillante et une volonté de la population accueillie pour surmonter les difficultés réelles de la cohabitation. Il revient aux responsables politiques, aux élus de la Nation d’exprimer clairement les termes du contrat d’intégration : la collectivité nationale doit reconnaître aux résidents d’origine étrangère des droits, dont il faut assurer la réalisation effective, mais ceux-ci doivent assumer tous les devoirs de la règle commune.
Nous devons affronter les réalités d’aujourd’hui en ayant présents à l’esprit les enseignements de notre histoire. Ils nous indiquent où est le chemin, où sont nos ressources et nos moyens. Pour mettre en oeuvre une politique cohérente, il faut y ajouter un diagnostic exact sur notre présent.
Le fait majeur, qui domine les problèmes que nous rencontrons, tient à ce que la France n’est plus une terre d’immigration. Nous ne pouvons plus, en effet, recevoir un flux massif et incontrôlé sans que cela n’hypothèque gravement et tout ensemble d’abord l’équilibre social de la Nation, ensuite les chances d’intégration des étrangers installés, enfin l’avenir même de nouvelles vagues d’arrivants et des pays d’où ils viennent.
[…]
C’est justement pour assurer le respect de nos valeurs et préserver efficacement la dignité des étrangers eux-mêmes que nous ne devons en accueillir qu’autant que nous pouvons en intégrer.
A partir de ces constats, nous devons affirmer les principes qui conduisent et continueront d’inspirer la politique de notre pays.
[…]
Je ne ferai pas l’injure aux gouvernements qui nous ont précédés de croire qu’ils sont restés inertes. Nous non plus évidemment.
Refoulements aux frontières, réforme de l’OFPRA, répression du travail clandestin, tout cela commence à produire des effets tangibles.
[…]
Il reste d’une part que ces solutions exigent toujours du temps et d’autre part qu’on doit inlassablement chercher à les améliorer, à les compléter, à les accélérer.
[…]
Ce débat n’est pas législatif et ne peut donc se conclure par des décisions juridiques.
Mais il peut créer l’état d’esprit propice à l’action consensuelle et dépassionnée qu’exigent l’importance et la gravité du sujet.
Nous sommes prêts à parler de tout, loyalement, sérieusement, sereinement.
[…]
On a beaucoup parlé à ce propos du droit de vote des étrangers aux élections locales.
Tout le monde sait que les socialistes l’ont inscrit au nombre de leurs espérances comme aboutissement d’une intégration pleinement réussie, et nous n’en sommes certes pas là.
Tout le monde doit se rappeler également que le Président de la République lui-même, dans sa Lettre à tous les Français, affirmait son souhait de voir la chose se faire un jour, mais prenait acte, quitte à le déplorer, de ce qu’une grande majorité des Français y sont hostiles.
Pour ma part je m’en suis toujours tenu à cette ligne. Et sans même exciper du préalable constitutionnel, sans m’arrêter aux obstacles politiques pourtant évidents, j’ai adhéré au constat de la Lettre à tous les Français.
[…]
Pour en revenir au droit de vote des étrangers, je suis bien décidé, en ce qui me concerne, à ne pas plus en parler demain que je ne l’ai fait hier. Et j’apprécie à sa juste mesure l’effort fait par les instances du Parti socialiste pour s’engager officiellement dans la même voie, quitte à affronter à ce propos quelques difficultés qu’il saura surmonter.
Dès lors, il ne dépend plus que de vous de faire quitter à ce thème le devant de la scène.
Pour le reste, que je crois plus important, il y a deux scénarios possibles.
Premier scénario : les intérêts politiciens à court terme l’emportent. Malgré l’importance du problème chacun cherche avant tout à prendre le pas sur l’autre, consacre les ressources de son imagination non à chercher des solutions mais à prouver que l’autre est responsable, disqualifie tout effort de convergence et de réalisme, multiplie les querelles de préséances, de préjugés et subordonne toute discussion à la renonciation préalable de l’autre à toutes ses convictions.
Et l’aboutissement est connu : dans quelques années d’ici l’efficacité des efforts aura été certes pas anéantie mais largement entamée, l’impression d’échec sera dominante quelle que soit la réalité, et chaque camp renverra sur l’autre la responsabilité rétrospective des dégâts constatés. Au premier rang de ceux-ici figureraient alors des problèmes considérables et insolubles, des déchirures graves et durables du tissu social français et, accessoirement car cela deviendrait accessoire au regard de ce qui précède, nous déplorerions tous une nouvelle progression des idées les plus fausses qui sont aussi les plus indignes. Nous n’aurions plus alors en commun que les yeux pour pleurer.
Second scénario : dès demain ou après-demain, à la lumière de ce débat et de vos réactions au rapport, j’adresse à tous les dirigeants invités à Matignon un document retraçant l’ensemble des orientations ou propositions évoquées aujourd’hui par les divers orateurs, en distinguant celles qui semblent faire déjà l’objet d’un accord, celles sur lesquelles un accord est possible, celles sur lesquelles il n’y a pas d’accord.
[…]
Ces différences et ces discordes qui nourrissent l’opposition entre gauche et droite sont naturelles et saines. Mais il est des sujets et il est des moments qui exigent qu’on s’élève au-dessus des divisions, ou au moins qu’on essaye de bonne foi.
[…]
D’ores et déjà j’insiste cependant sur un point fondamental à mes yeux : nous ne pourrons réussir l’intégration des étrangers qu’à condition de réussir celles des Français exclus ou marginalisés. Nous ne pourrons apporter de réponses aux difficultés cumulées que rencontrent les étrangers qu’en répondant aux difficultés de même nature que rencontrent des Français.
C’est contre toutes les exclusions que nous devons lutter ainsi, et celles qui frappent des Français en situation difficile ne sont certes pas moins graves ou moins prioritaires que celles qui affectent les étrangers. Au demeurant, les remèdes sont souvent les mêmes, qu’il s’agisse de formation, d’emploi ou de logement, et c’est pour ces remèdes que nous devons nous battre indépendamment de l’origine de ceux qui en bénéficieront et qui ne seront pas tous des étrangers, loin s’en faut.
Si la tâche qui nous attend est immense, s’il n’y a guère de solution simple, je ne connais pas d’exemple dans notre histoire d’un défi que la France ait relevé sans succès. Dès lors qu’est fixée une direction claire et conforme à son génie propre, notre peuple est capable de venir à bout de n’importe quelle difficulté et d’étonner le monde.
Nous ne pouvons pas - hélas - soulager toutes les misères de la planète.
Nous pouvons - heureusement - intégrer harmonieusement ceux qui vivent régulièrement sur notre territoire et entendent y rester.
[…]
Mais qu’on ne compte pas sur nous pour nous décharger de l’ensemble des problèmes sur une commission de sages, si compétents soient-ils.
Car je refuse de croire définitivement inconciliables la politique et la sagesse.
C’est donc pour une fois l’ensemble des forces politiques parlementaires que j’invite à être ces sages lucides et volontaires, responsables et pondérés dont la France et les Français ont un besoin urgent. »
18:05 Publié dans -Le blog , Insertion - intégration | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Rocard, immigration, intégration
24.04.2008
Article dans l'Expansion
L’Expansion publie, sur son site internet, l’article que son rédacteur en chef, Bernard Poulet, avait consacré au Puzzle de l’intégration.
00:40 Publié dans -Le blog , Revue de presse | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : l'Expansion, banlieues, immigration, intégration, droit du sol
26.03.2008
Liberté, Égalité, Fraternité: oui, mais lesquelles?
Suite au commentaire de Stéphane : concernant le yacht, la dernière fois que j’ai pris le bateau, c’était il y a quelques années. J’ai eu un sacré mal de mer. Je ne sais pas si je retenterai l’expérience de sitôt ! Plaisanterie mise à part, voici en guise de réponse un extrait de l’entretien que j’avais accordé à Jeune Afrique :
« Parce qu’elle met en garde contre les dangers des mesures qui menacent la cohésion sociale, Malika Sorel est souvent sollicitée pour un engagement politique qu’elle a jusqu’à présent repoussé. “Je voudrais éviter d’être instrumentalisée, comme c’est actuellement la mode à Paris. Je n’ai aucune ambition personnelle, je souhaite simplement servir l’intérêt général, […] en travaillant avec des personnalités qui m’apparaîtront en mesure de pacifier les relations entre les uns et les autres.” »
Le commentaire que vous évoquez, cher Stéphane, est très intéressant. Il va dans le même sens que des publications de mouvements communautaristes, qui montrent qu’une proportion non négligeable de migrants des dernières vagues ne sont habités d’aucune volonté d’appartenir à une autre communauté que celle de leurs ancêtres biologiques. C’est leur droit le plus absolu, mais c’est là que nous constatons combien le droit du sol est fâcheux, pour ne pas dire davantage. Votre commentaire rejoint également les articles de la presse anglo-saxonne auxquels Raph faisait allusion dans un précédent commentaire. Tout cela ne fait que mettre davantage en lumière la justesse des analyses de mon livre. Croyez-moi, je le dis dénuée de tout sentiment de fierté, mais plutôt habitée d’une grande tristesse teintée d’inquiétude car j’aurais préféré, pour la France, qu’il en fût autrement.
Les Français avaient déjà, depuis fort longtemps, l’intuition que l’intégration avait bel et bien échoué pour un très grand nombre d’enfants issus de l’immigration. Même en naissant sur le sol français, et n’ayant parfois jamais connu d’autre société que la société française, ces derniers se vivent et se pensent en effet comme membres de la communauté d’origine de leurs ascendants, et nullement comme membres de la communauté française, et soucieux à ce titre du destin de la France. Éduqués dans des environnements familiaux au fonctionnement tribal qui n’attachent quasiment aucune importance à la liberté de l’individu, ils apprennent, dès le plus jeune âge, à considérer que tous ceux qui sont nés au sein de leur tribu (« droit du sang »), non seulement leur appartiennent, mais ne peuvent, de ce fait, que s’inscrire dans une logique d’opposition à tous ceux qui ne sont pas estampillés membres de la même tribu. La Liberté, telle que les Européens la conçoivent depuis maintenant plusieurs siècles, n’a guère de sens pour eux. Dans ces communautés, l’identité n’est pas dynamique ; elle est figée… avec les conséquences que l’on sait.
En janvier dernier, en plein débat sur la possibilité d’élire un président Noir aux États-Unis, il fut rappelé que Bill Clinton avait été qualifié il y a quelques années, pour les actions qu’il avait menées en faveur des Noirs, de « premier président Noir ». Ce à quoi Barack Obama rétorqua : “I would have to investigate more Bill’s dancing abilities and some of this other stuff before I accurately judged whether he was, in fact, a brother.” Barack Obama, qui aspire à diriger les États-Unis, sous-entendait, avec sa métaphore, qu’un Noir était nécessairement son frère, tandis que ce n’était pas le cas de tous les Blancs. Imaginez le tollé si Hillary Clinton ou John Mc Cain avaient osé évoquer une fraternité Blanche… Barack Obama fut notamment formé par le pasteur Jeremiah Wright qui, bien qu’Américain, préfèrerait entendre dire « que Dieu maudisse l’Amérique » plutôt que « Dieu bénisse l’Amérique ». Une majorité de Noirs américains refusent qu’on les qualifie d’Américains, et préfèrent la dénomination « African-Américan »…
Je l’ai écrit dans « Le puzzle de l’intégration » : la Fraternité, au sens où l’entendent les peuples européens, n’est pas du tout universelle. Barack Obama l’illustre en substance. De même, les valeurs « Liberté » et « Égalité » de la devise républicaine ne revêtent absolument pas la même signification pour tous les peuples. C’est la raison pour laquelle il faut veiller à ne jamais accorder, à ceux qui n’ont pas été éduqués dans un univers familial imprégné de ces valeurs si chères au peuple français, quelque intérêt que ce soit à se replier encore davantage sur leurs « tribus ». Si cette monumentale erreur était commise et que notre société se retrouvait officiellement clivée par la reconnaissance de la « diversité », alors il n’y aurait plus aucun espoir que les enfants issus de l’immigration s’imprègnent un jour des valeurs fondamentales de la société française. Quid alors de la paix civile ?
Le cas des États-Unis est un remarquable exemple de modèle à fuir. Bien que Noirs et Blancs y partagent de nombreuses valeurs fondamentales, basées sur une même culture (ce qui participe à les protéger d’affrontements intercommunautaires), ils ne parviennent toujours pas à se penser autrement qu’en Noirs et Blancs. Quoi de plus normal, puisque ce n’est que la conséquence du clivage entretenu par la discrimination positive (rebaptisée en France « respect de la diversité »). Ces dernières semaines, nos journaux ont largement évoqué l’apparition de la question raciale dans la campagne présidentielle américaine ; mais à ma connaissance, aucun journaliste n’a tenté de pousser l’analyse sur ce point. Pire, certains, dans un même papier, dénonçaient le clivage de la société américaine tout en appelant notre classe politique à tenir compte de l’origine ethnique ou raciale dans la composition des équipes. Cela n’aura pas échappé au Président du groupe UMP à l’Assemblée nationale, Jean-François Copé, qui souhaite profiter de sa tentative de sauvetage du rapport Attali pour y ajouter en prime la question de la diversité. En effet, dans la liste des inepties du rapport Attali, il manquait bien celle-là !!!
Nous vivons une époque paradoxale, où les savoirs sont largement répandus dans les sociétés dites « développées », et où pourtant la misère est immense dans de nombreux domaines sur le plan de la cohérence des idées.
15:45 Publié dans -Le blog , Discrimination positive , Insertion - intégration | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Discrimination positive, intégration, droit du sol, Obama, Copé
26.02.2008
Quand l’État perd la raison
Extrait du Puzzle de l’intégration : « Le même phénomène se produit en France depuis plusieurs années. Plusieurs centaines de milliers d’emplois ne trouvent pas preneur, en majorité dans le bâtiment, la restauration et l’hôtellerie. Dans le même temps pointent au chômage des centaines de milliers de jeunes sans qualification, qui pourraient aisément être formés pour répondre à ces besoins. »
Dépêche Reuters du 25 février 2008 : « Signature d’un accord d’immigration entre Paris et Dakar : Concernant l’immigration professionnelle, l’avenant ouvre le marché du travail français aux ressortissants sénégalais dans 108 métiers, qualifiés et non-qualifiés, correspondant à des secteurs divers de l’économie et dont la liste a été établie en tenant compte à la fois des besoins de main d’œuvre de l’économie française et des souhaits exprimés par le Sénégal. »
Comment peut-on très régulièrement rappeler à tous les Français que le chômage est massif parmi la population issue de l’immigration maghrébine et africaine, et oser dans le même temps signer de tels accords, qui organisent de nouveaux flux migratoires dont une partie concurrencera les chômeurs présents sur le territoire français ? Peut-on se résoudre à l’idée que l’État serait incapable de trouver des solutions pour que les emplois actuellement vacants permettent aux innombrables chômeurs de s’insérer dans le tissu économique ?
Comment ne pas s’inquiéter de la signature de tels accords, lorsqu’on sait qu’ils amèneront de nouvelles familles qui à leur tour connaîtront les mêmes problèmes d’intégration, qui viendront amplifier ceux auxquels nous peinons déjà à faire face ? Car ce sera le cas, à n’en point douter ! Pourquoi l’État ne parvient-il toujours pas à comprendre que la résolution préalable des problèmes de l’immigration-insertion-intégration constitue l’urgence absolue de la France, et représente dans le même temps une obligation morale vis-à-vis des enfants issus de l’immigration ?
Non seulement l’État perd la raison, mais je crains qu’il ne soit guère en voie de se ressaisir ni s’assagir, puisque qu’il affirme, par la bouche de Brice Hortefeux, que l’accord signé avec Dakar est « transparent et concerté et qu’il prend en compte les intérêts du Sénégal et de la France. » Quels intérêts de la France ?
Une autre mesure particulièrement choquante est celle qui encourage la transgression des lois existantes. Ainsi pouvait-on lire dans le Monde du 8 janvier dernier : « Un employeur de “bonne foi”, ayant fait travailler un sans-papiers à son insu, pourra désormais se tourner vers la préfecture pour demander sa régularisation. Il devrait pouvoir compter sur la “bienveillance” des services préfectoraux. Dans une circulaire qui leur a été adressée lundi 7 janvier, et dont Le Monde a obtenu une copie, le ministère de l’immigration demande aux employeurs d’étudier “avec une particulière diligence” les dossiers qu’ils porteront eux-mêmes. »
Pour l’avoir vécue moi-même, pour l’avoir vue vivre autour de moi, je sais combien la question de l’immigration est porteuse de très grandes souffrances humaines. Et c’est justement la raison pour laquelle il est essentiel que l’État rompe avec le manque de cohérence qu’il promène depuis trente ans ; qui s’amplifie à présent ; et qui a, pas à pas, mené la France vers une sérieuse menace d’implosion.
12:00 Publié dans -Le blog , Insertion - intégration | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Hortefeux, chômage, immigration, intégration
26.01.2008
On en parle dans l'Expansion
Dans le numéro 727 de L’Expansion actuellement en kiosque (février 2008), sous le titre « Le prix de l’intégration », Bernard Poulet, Rédacteur en chef de l’Expansion, consacre un article au « Puzzle de l’intégration » qu’il qualifie de « livre important sur l’immigration ». Je vous en livre quelques lignes :
« Le puzzle de l’intégration est un livre qui dérange. Mais c’est un ouvrage essentiel, que l’on soit d’accord avec lui ou pas […] Malika Sorel explique, au rebours des discours angéliques, que le chemin vers l’entrée dans la nationalité d’un autre pays est difficile, et bien souvent douloureux. Elle démonte la plupart des idées reçues, et beaucoup d’intentions plus ou moins bonnes […] Après les émeutes des banlieues, ce livre est devenu indispensable. »
Vous pouvez retrouver ici l’intégralité de l’article.
17:45 Publié dans -Le blog , Revue de presse | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Bernard Poulet, l'Expansion, émeutes, banlieues, immigration, intégration
24.01.2008
Le « plan banlieue » de Fadela Amara : affligeant !
L’annonce du « plan banlieue » a été précédée d’une véritable attaque en règle de la part de membres du gouvernement. Sincèrement, fallait-il attendre un miracle de la part de Fadela Amara, secrétaire d’État qui n’a été choisie qu’au vu de son origine ethnique et qui, dès sa nomination, s’est empressée d’ouvrir un blog pour y recueillir, de la part de la population des quartiers dits « sensibles », des idées pour alimenter sa réflexion ?
Il est consternant de constater que notre équipe dirigeante, élue après avoir « vendu » au peuple qu’elle détenait les meilleures réponses aux grandes questions qui le tourmentaient, s’est empressée, dès sa prise de pouvoir, de créer des commissions à tours de bras et de confier des missions tous azimuts dans le but de savoir ce qu’il convenait de faire. Si je me permets d’aborder cette question éminemment politique, c’est que cette attitude contribue à alimenter le sentiment de défiance, déjà très important, du peuple français envers sa classe politique qui, depuis trop longtemps à présent, lui donne l’impression de jouer de sa naïveté ou de sa crédulité. Contrairement aux apparences, le peuple français a le sang extrêmement chaud, et le cocktail problèmes économiques/problèmes identitaires est véritablement des plus explosifs.
Toutes les dimensions du problème de l’insertion des populations issues des dernières vagues d’immigration dans la société française, doivent être traitées simultanément. S’évertuer, depuis déjà 30 ans, à rejouer au peuple français le disque rayé de la ségrégation territoriale, de la hauteur des tours, du taux de chômage, de la discrimination dûe au supposé racisme des Français de souche européenne…, pour expliquer l’échec de l’insertion, sans même parler de celui de l’intégration, des populations issues de l’immigration maghrébine et africaine, est une entreprise des plus irresponsables qui soit.
Fadela Amara aura beau obtenir des milliards d’euros à destination des quartiers sensibles, ce sera autant d’argent jeté par les fenêtres. Depuis 1977, tous les gouvernements, qu’ils soient de droite ou de gauche, se sont évertués à monter plan de sauvetage sur plan de sauvetage. Ils ont tous espéré que les milliards injectés résoudraient définitivement la crise. Le résultat est là sous leurs yeux, et le plus sidérant est qu’ils persévèrent dans leurs erreurs. Notre classe politique vit en réalité totalement déconnectée du terrain. C’est pour moi la raison principale de son aveuglement et de son incompétence sur ce sujet. Le summum vient d’être atteint par un Jacques Attali qui préconise la relance de l’immigration, alors que la France risque à tout moment d’imploser à cause de l’échec de l’intégration. La commission Attali a-t-elle été rémunérée avec l’argent du contribuable pour nous sortir l’ânerie du siècle, à savoir que l’immigration engendrerait de la croissance en France ? La France a-t-elle si peu d’enfants méritants que l’on soit allé quémander les conseils du sherpa de François Mitterrand, qui porte une lourde responsabilité dans l’état actuel de notre pays ?
Le jour où l’on osera enfin décrypter les raisons pour lesquelles les enfants des quartiers sensibles refusent l’enseignement dispensé par leurs maîtres et maîtresses ;
le jour où l’on commencera à analyser les conséquences de l’image négative renvoyée aux entreprises par les populations issues de l’immigration ;
le jour où l’on osera enfin accepter de regarder en face la source de la violence des voyous des quartiers sensibles envers les forces de l’ordre, les pompiers, le corps enseignant, le corps médical…
le jour où l’on acceptera de décorréler la question de l’insertion (non négociable et obligatoire pour tous) de celle de l’intégration (facultative et personnelle) ;
le jour où nos dirigeants politiques cesseront d’envoyer, comme le fait Nicolas Sarkozy, le signal que les principes républicains peuvent être adaptés pour convenir à ceux qui refusent de les respecter…
ce jour-là, nous aurons alors simplement commencé à aborder sérieusement le problème de l’immigration-insertion-intégration.
Nicolas Sarkozy commet une lourde erreur, car les Français sont majoritairement attachés aux principes qui fondent leur société, et entrent de ce fait dans la composition de leur noyau identitaire. Or, fissurer un noyau peut engendrer la libération d’une énergie incontrôlable ! Espérons donc que Nicolas Sarkozy croisera, sur son chemin de la fission du noyau identitaire du peuple français, des hommes et des femmes qui trouveront moyen de le raisonner, ou à défaut de mettre en échec sa folle entreprise !
Pour finir, je vous propose de substituer au plan banlieue de Mme Amara le contenu du « Puzzle de l’intégration », à mon sens la seule voie qui permettra à notre pays de résoudre le problème des banlieues. Je vous livre ici ce qu’a ressenti le directeur d’une très grande librairie à la lecture de mon livre : « cela prendra le temps qu’il faudra, mais je suis profondément convaincu qu’il y aura un avant et un après “Le puzzle de l’intégration”. »
12:30 Publié dans -Le blog , Insertion - intégration | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Amara, plan banlieues, Sarkozy, Attali, immigration, intégration
14.01.2008
On en parle dans l'hebdomadaire Jeune Afrique
Dans le numéro 2453 de Jeune Afrique actuellement en kiosque (13 au 19 janvier 2008), sous le titre « Désintégration à la française », Gilles Clavel consacre un article au « Puzzle de l’intégration ». En voici un tout petit extrait :
« Malika Sorel passe au crible la politique d’immigration en France. Et renvoie la droite et la gauche à leurs échecs respectifs [...] Avec précision et une solide argumentation, Malika Sorel distingue insertion et intégration [...] Le puzzle de l’intégration est à lire avec intérêt et attention, même s’il peut choquer. Ou justement parce qu’il bouscule ce que l’on devrait appeler des idées reçues. »
Vous pouvez retrouver ici l’intégralité de l’article.
22:30 Publié dans -Le blog , Revue de presse | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Jeune Afrique, intégration, insertion
04.01.2008
Du rôle central de l’école maternelle dans l’Égalité des chances
La « mission Bentolila » sur l’école maternelle a rendu son rapport au Ministre de l’Éducation nationale Xavier Darcos. Ce rapport a le mérite de placer l’école maternelle au centre de la discussion sur la réussite scolaire. Enfin, on reconnaît que l’égalité des chances se prépare dès la maternelle. On comprendra donc peut-être un jour que le chèque de 730 millions d’euros alloué à Valérie Pécresse pour diviser par deux, à l’horizon 2012, le taux d’échec des 52% d’étudiants dont le trop faible niveau les empêche de réussir d’emblée l’épreuve de vérité que constitue la première année universitaire, n’a guère de chance d’atteindre son objectif. Le « Plan réussite en licence » de Valérie Pécresse prévoit que « la licence sera également rénovée avec l’instauration d’une première année fondamentale davantage pluridisciplinaire et recentrée sur les fondamentaux ». Ce qui signifie en bon français que la première année universitaire servira désormais à dispenser les fondamentaux qui auraient dû être acquis auparavant par les étudiants ! À ce stade, ce qui est entrepris là n’est plus une tentative de sauvetage, mais un tour de magie digne de la bonne marraine de Cendrillon, capable de changer une citrouille en carrosse et des souris en splendides chevaux… Je considère pour ma part que pour la réussite scolaire, l’égalité des chances se construit pas à pas depuis la maternelle jusqu’à la fin du CE2.
La mission Bentolila met en lumière l’importance, dans le cursus scolaire, du temps consacré aux comptines, ainsi que la nécessité d’un apprentissage basé sur des écrits de bonne qualité littéraire, et non pas sur des textes « fort médiocres » (je cite). Il est affligeant d’avoir mis si longtemps à prendre conscience de cette triste réalité. En vérité, seuls les enfants qui auront eu le privilège d’évoluer dans un milieu familial dont l’usage de la langue française n’est pas atrophié, disposeront d’une chance d’aborder les apprentissages de l’école primaire sur les deux jambes. Les autres trébucheront dès les premières semaines. Parmi eux, certains se relèveront, mais d’autres seront traînés de classe en classe en attendant l’âge légal de fin de la scolarité obligatoire…
Voici quelques extaits du rapport remis au Ministre de l’Éducation nationale : « Les temps consacrés aux comptines et aux chants doivent devenir des temps d’apprentissage où l’on privilégiera la qualité d’articulation, de mémorisation, d’explication du lexique, plutôt que la quantité de comptines marmonnées. […] Disons enfin que tous les textes ne se valent pas et qu’il en est de superbes et de fort médiocres. En la matière, la “modernité” n’est pas toujours une garantie ; certains textes et poésies classiques charmeront les oreilles et les esprits de jeunes enfants plus sûrement que certains albums de littérature jeunesse. En bref, l’école maternelle doit commencer à créer les fondements d’un patrimoine littéraire de qualité. Le nécessaire labeur qu’ils entreprendront au CP, sera ainsi éclairé par la claire conscience qu’il leur promet des découvertes magnifiques des images merveilleuses qui n’appartiendront qu’à eux mais qui devront tout au texte et à son auteur. »
Un très long passage est consacré aux « enfants venus d’ailleurs ». La mission évoque l’existence d’« un risque transculturel pour tout enfant de migrant ». Elle soulève également la question de la compatibilité culturelle entre l’école et la maison pour ces « enfants venus d’ailleurs » : « Il est temps que parents et enseignants s’accordent ensemble, au sein de chaque établissement, sur les termes d’une compatibilité culturelle entre l’école et la maison. » Comme la sociologue Nicole Mosconi[1], la mission affirme que « Le rapport au savoir des familles est lié à la représentation de l’enfant, de sa nature, de ses besoins, de ses compétences. Mais le rapport au savoir que l’enfant doit habiter pour pouvoir apprendre est celui de l’école française. »
Le rapport recommande alors, et c’est en effet très sage, de réduire le conflit lié au risque transculturel entre l’école et la maison : « […] pour penser la prévention du risque transculturel auquel est soumis tout enfant de migrants. Tout d’abord, diminuer le conflit entre l’école et la maison, les deux lieux d’appartenance de l’enfant. Il s’agit parfois de logiques qui se posent comme antinomiques et qui cherchent à s’exclure ou du moins qui entrent dans un rapport de force stérile. Pour permettre à l’enfant d’acquérir le savoir nécessaire, il ne s’agit pas de changer sa nature, de le rendre pareil à ses enseignants ou à des normes qui seraient celles de la société d’accueil. »
Malheureusement, la voie que préconise d’emprunter la mission Bentolila démontre qu’elle n’a pas encore bien saisi les véritables difficultés que rencontrent les enfants issus de l’immigration dans leurs parcours personnels, et qui entraînent l’exclusion du plus grand nombre d’entre eux d’une réelle « égalité des chances ». Ainsi, la mission recommande de « créer aussi des espaces de pensée de l’altérité à travers l’ouverture de l’école sur les réalités sociales et culturelles de la France, pays de métissages. Ceci peut se faire à travers le soutien d’activités parascolaires en relation avec les multiples origines culturelles des enfants de la seconde génération : ateliers de langues, d’écriture, de calligraphie, d’histoire… »
Savez-vous qu’en France, des formulaires de renseignements remis en début d’année aux élèves des écoles primaires demandent aux parents s’ils souhaitent que leur enfant reçoive un enseignement de sa langue et sa culture d’origine ? Quand prendra-t-on conscience du fait que le seul référentiel culturel qui est aujourd’hui, contrairement à naguère, transmis aux enfants issus de l’immigration par leurs propres familles, est celui de leur pays d’origine, et que pour aider ces enfants à s’insérer dans la société française, l’école a donc une toute autre mission à accomplir auprès d’eux que d’abonder dans le sens des familles ? Le plus souvent, pour toutes les raisons que j’ai abordées dans « Le puzzle de l’intégration », ces dernières n’ont elles-mêmes aucune possibilité d’accompagner leurs enfants sur ce chemin de leur insertion. Vous aurez remarqué que j’évoque ici l’insertion, et non pas l’intégration. Quand notre personnel politique réalisera-t-il que c’est bel et bien la carence de transmission de la culture du pays d’accueil qui creuse le tombeau des enfants issus de l’immigration, et de la France par voie de conséquence ?
Je terminerai en citant le sociologue Alex Mucchielli : « La notion de mentalité (système culturel) recoupe d’ailleurs entièrement le concept de culture intériorisée. Une mentalité c’est un ensemble d’acquis communs aux membres du groupe. Ces acquis, comme dans le cas de la culture intériorisée, servent de références permanentes et inconscientes pour la perception des choses, pour les évaluations faites et interviennent dans l’orientation des conduites. Une mentalité porte en elle une vision du monde et génère des attitudes (c’est-à-dire des manières d’être envers les choses) concernant les éléments de l’environnement. Ces éléments de l’environnement ne sont pas n’importe lesquels. Ce sont les éléments clés de la vision du monde : les référents essentiels de l’identité. Ces éléments importants par rapport auxquels le groupe a pris position sont les éléments dits nodaux, points d’ancrage de son identité. »[2]
____________________________
[1] Nicole Mosconi, Jacky Beillerot, Claudine Blanchard-Laville, « Formes et formations du rapport au savoir », Savoir et formation - L’Harmattan, juin 2000.
[2] Alex Mucchielli, « L’identité », Que sais-je? - PUF, 1986.
15:10 Publié dans -Le blog , Insertion - intégration | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Bentolila, Darcos, Pécresse, maternelle, insertion, intégration, égalité des chances


